Chapitre 51
Traduction: Moonkissed
« Bonsoir à toutes et à tous ! SuperSingerK, l’ultime grand voyage, la dernière ligne droite ! La finale en direct, le jour du duel décisif est enfin arrivé ! Ici votre MC, Kim Juseong ! »
À peine ces mots prononcés qu’une clameur titanesque déferla sur la salle. Les gradins vibraient comme une caisse de résonance. Les banderoles de soutien, bien plus nombreuses qu’aux lives précédents, ondulaient au-dessus des têtes.
« Oui ! On dirait que vos cris suffisent à remplir tout ce gigantesque hall ! Et on comprend pourquoi… Aujourd’hui, le dernier vainqueur sera couronné. 100 millions de wons, un soutien premium pour la production d’un album, une scène au KAMA 2011… tous ces privilèges n’attendent plus qu’un seul nom ! »
À “le vainqueur”, le public s’enflamma encore davantage. Dans les coulisses, devant le moniteur du vestiaire, les cinq finalistes sentaient une tension feutrée se glisser entre eux, comme un fil invisible tendu au-dessus d’un précipice.
Arriver en finale donnait forcément faim. La victoire brillait là-bas, au bout du couloir.
Mais Yuseong, lui, ressentait une autre sorte de pression.
Même si sa présence avait légèrement modifié la composition du Top 5 par rapport à l’histoire d’origine… Park Hyesung, le vainqueur “prévu”, était toujours là. Yuseong pensait donc qu’il gagnerait encore.
Alors plutôt que de rêver à une couronne, Yuseong voulait surtout quelque chose de plus pur, de plus frontal.
Monter sur scène et réussir, parfaitement, la performance qu’il avait préparée au maximum de ses capacités.
Et surtout… cette fois, la chanson était celle de son père.
Pour la plupart des gens, ce serait une première rencontre avec ce titre.
Une chanson inconnue, c’est un pari. Et un pari, ça ne se gagne qu’avec une chose : l’exécution.
On a assez répété. Il suffit de reproduire, proprement. Rien d’autre.
Il inspira doucement pour détendre ses épaules. C’est à ce moment qu’un membre du staff entra et lança :
« Numéro 1, Hanbin, stand-by ! »
« Oui ! »
Hanbin se leva d’un bond. C’était le premier à passer ce soir. Yuseong lui glissa un encouragement :
« Fighting, hyung. Fais-le bien, reviens en beauté. »
« Merci, Yuseong. »
Il avait un peu de nervosité sur le visage, mais rien d’aussi inquiétant que lors du premier live. Il sourit et s’éclipsa vers la scène.
Quelques minutes plus tard, sa performance apparut sur le moniteur.
Hanbin chantait “Paresseux” de Lee Jeokjae, une chanson pleine d’espoir : même si la vie est lourde, on avance. Lentement, peut-être, mais on avance.
Là où l’original avait une rugosité volontaire, la version de Hanbin s’enveloppait d’un arrangement plus lyrique, et sa voix claire, encore intacte de la mue, donnait au morceau un charme entièrement nouveau.
Le coaching minutieux de Baek Seong-a, la juge qui privilégiait l’émotion avant tout, se sentait dans chaque nuance. Tout semblait respirer au bon endroit.
Ça lui va parfaitement. L’arrangement et le mentorat sont tombés juste. Et surtout… sur scène, on ne voit presque plus la peur.
Yuseong observa la manière dont Hanbin posait ses regards, ses gestes, ses expressions. Même sa relation avec la caméra était fluide, presque naturelle.
Normal… on ne devient pas une idole “world class” par accident.
Yuseong se surprit à sourire, imaginant leur futur côte à côte.
Après Hanbin, Choi Jeonghan puis Alice Kim enchaînèrent. Et bientôt, le moment de Yuseong se rapprocha.
« Finale de SuperSingerK… il ne reste plus que deux performances ! Et le candidat que vous allez voir maintenant est le plus jeune du Top 5… mais avec une maîtrise qui dépasse l’âge ! »
À cette description, le public comprit immédiatement.
« Oui ! C’est bien Chae Yuseong ! D’abord, regardons sa vidéo de préparation ! »
L’écran géant lança la séquence préenregistrée. En coulisses, déjà en stand-by, Yuseong fixa l’écran.
On y voyait la discussion de sélection avec Funny : ses blagues sur “demander à un enfant né en 2000 de chanter une chanson d’avant 2000”, les échanges dramatisés par les sous-titres, et surtout… le moment où Yuseong annonçait avoir une chanson en tête.
La réaction de Funny, très expressive, déclencha des rires, accentués par un sous-titre insolent :
“C’est quoi ce gosse… il vit sa deuxième vie ou quoi ?”
Puis, quand la vidéo révéla que la chanson était celle de son père, et que ce père était désormais chorégraphe, la salle se mit à bruisser.
« Oh là là… donc ça vient de là, son talent. »
« Mais oui… il était littéralement programmé pour chanter et danser, c’est pas possible. »
Un extrait très bref de la performance originale de Chae Hyeongseok glissa à l’écran, suivi d’une liste rapide de chorégraphies qu’il avait signées. La réaction fut immédiate, plus forte encore.
« Wouah… les chorés qu’il a faites, c’est du lourd ! Il a plein de hits ! »
« Et il était stylé, en plus. Pourquoi il n’a pas percé comme chanteur ? J’ai envie d’entendre la chanson pour de vrai ! »
Pendant que la curiosité de la salle gonflait comme une vague, Yuseong jeta un coup d’œil au premier rang.
Son père.
Léger rouge sur les joues, oui… mais pas d’inconfort. Juste un sourire doux, presque fragile.
Yuseong sentit sa propre bouche se courber, sans même s’en rendre compte.
La vidéo conclut sur ses mots :
« C’est un immense honneur de pouvoir vous présenter sur scène la chanson culte de mon père, que j’aime et respecte. J’ai tout donné pour la préparer… s’il vous plaît, regardez-la avec bienveillance ! »
« Waaaaaah ! »
« Yuseong fighting !! »
La vidéo s’éteignit. Yuseong monta sur scène, porté par l’ovation.
Chemise bordeaux impeccable, pantalon blanc, et un fedora bien ajusté : Yuseong s’installa au centre de la scène sur une chaise solitaire, jambes croisées, penché légèrement en avant, une main posée sur le front comme quelqu’un qui se perd dans ses pensées.
Un prélude simple, piano seul, se déversa dans la salle.
Pas de couches de sons. Pas d’excès. Une ligne unique, pure, qui forçait l’attention comme une lumière braquée sur un visage.
Yuseong releva lentement la tête, fixa la caméra d’un regard lointain, presque transparent.
Et il chanta.
« Quand il pleut comme ça… je pense encore à toi, my Darling.
À l’époque… on était tellement heureux. »
Il termina l’introduction avec un petit sourire, comme s’il revivait un souvenir doux, puis ferma brièvement les yeux.
Dans sa poitrine, il lança un compte à rebours.
3… 2… 1… maintenant.
BOUM.
Le New Jack Swing explosa, vif, claquant, irrésistible. La scène passa du mélancolique au flamboyant en une fraction de seconde, comme si on venait de retourner un décor.
Au battement exact, Yuseong décocha une pose : un bras en diagonale, l’autre main pressant légèrement le chapeau, la jambe opposée tendue, nette, tranchante.
Un panneau lumineux qui disait : la danse commence.
La salle hurla.
« Quoi ?! Le retournement de vibe ?! »
« Kyaaa !! »
« Le jour où je t’ai vue pour la première fois… je n’ai jamais oublié cet instant.
Au milieu de tous ces gens… toi, tu brillais, en dansant. »
Il chantait en posant les syllabes avec précision, tout en lançant des mouvements de hanches secs, propres, “yummys” comme des coups de pinceau. Le rythme se collait à lui.
Puis, sur les côtés, quatre danseurs débarquèrent en courant… chacun portant une chaise.
Avec des sourires confiants, ils s’alignèrent. Main sur le dossier, pas glissés, tours élégants. Une choré d’objets, de lignes, de poses : assis, debout, jambes croisées, jambes ouvertes, pivot, pause.
« Et avant même de reprendre mes esprits… mon corps s’approchait, un pas, deux pas…
Et j’ai pris la place à côté de toi… Darling. »
Les mouvements étaient grands, lisibles, magnétisants. La scène volait le regard.
Et alors que tout le monde pensait avoir déjà vu “le moment fort”…
Le deuxième acte se prépara.
Fin du premier couplet. Début du deuxième.
Les danseurs s’écartèrent et disparurent sur les côtés, laissant soudain Yuseong seul au centre, comme si toute la lumière lui appartenait.
Le public fut surpris.
« Hein ? Pourquoi les danseurs sortent ? »
« C’est fini la danse ? »
Yuseong, lui, savourait cette attention concentrée. Il avança vers l’avant-scène.
« Darling, I miss you so much…
Mais toi, tu es partie… et je ne peux plus te voir.
Quand tu me manques… je danse comme ça.
Comme cette nuit-là… si je danse jusqu’à en devenir fou…
Peut-être que tu reviendras… »
Il laissa le couplet respirer, puis…
Sur l’instrumental, il lâcha une danse explosive.
Il prit le “Running Man” 90s, cette vibe “lapin” typique, et le fusionna avec le shuffle de 2011, fluide, rapide, brillant.
Rétro et moderne soudés par une seule chose : son corps.
La salle explosa.
« WOOOOAAAH !! »
Les gens n’avaient plus de mots, juste des cris. Ses appuis étaient précis, ses angles nets, sa respiration maîtrisée. On aurait dit qu’il avait avalé le beat et que le beat battait désormais à sa place.
La performance se conclut dans une vague de hurlements et d’applaudissements.
Et à ce moment-là…
Le regard de Yuseong accrocha celui de son père, au premier rang.
Ses yeux étaient humides. Mais ses lèvres dessinaient un sourire doux, solide.
Et il leva le pouce.
Yuseong sentit quelque chose de brûlant monter dans sa poitrine, comme si la scène s’élargissait soudain au-delà de la musique.
Comme si, pendant une seconde, il n’y avait plus ni compétition, ni scores, ni caméras.
Juste un fils… qui rendait une chanson à son père.