Chapitre 50
Traduction: Moonkissed
« Une chanson que tu veux faire t’est venue à l’esprit ? Laquelle ? »
« Darling de Lee Jun. »
« Hein ? Je ne connais pas du tout. Même le chanteur ne me dit rien. Tu es sûr que ça date bien d’avant les années 2000 ? »
« Oui, c’est sûr. »
« D’accord. Alors on va l’écouter. Peut-être qu’en l’entendant, je me rendrai compte que je la connais. »
Funny lança la chanson sur son ordinateur portable. Et aussitôt, une mélodie familière se déversa dans les oreilles de Yuseong.
Un New Jack Swing mêlé de R&B, net, accrocheur, qui s’imprimait instantanément en mémoire. Par-dessus, la voix chaude et pleine de soul de Chae Hyeongseok s’enroulait autour du rythme avec une harmonie parfaite.
Funny écoutait avec sérieux, en suivant le tempo du buste, hochant parfois la tête, comme s’il examinait la chanson à la loupe tout en la savourant.
Quand le morceau s’acheva, il leva les yeux vers Yuseong avec un air intrigué, un sourire discret au coin des lèvres.
« Elle est vraiment bien, cette chanson. Comment ça se fait que je ne la connaissais pas ? Et toi, Yuseong… comment tu connais ça ? Attends, c’est de quelle année ? »
Tout en parlant, Funny vérifia les informations du morceau.
« Quoi… 94 ?! Il y avait ce genre de son chez nous en 94 ?! Mais… à cette époque, ce style n’était même pas vraiment installé en Corée. Ce Lee Jun… c’était un pionnier, alors. »
Yuseong prit une petite inspiration.
« En fait… c’est mon père. »
« Hein ?! Le chanteur de cette chanson… c’est ton père ? »
Funny resta bouche bée, incapable de masquer sa surprise.
« Oui. C’est pour ça que je connais la chanson. Dès la première fois que je l’ai entendue, je l’ai trouvée géniale, et je l’ai écoutée souvent depuis. »
« Ahhh… voilà d’où ça vient, alors. Je me demandais d’où sortait ton “truc”, ton aura. C’est héréditaire. Ton père a continué sa carrière après ça ? »
« Non. C’est sa première chanson… et sa dernière. Il a sorti un seul album, puis il a arrêté complètement. Il est passé dans des émissions musicales et il a essayé sérieusement, mais d’après ce qu’on m’a dit, les réactions étaient tellement mauvaises qu’il a tout arrêté. »
« Aïe… c’est vraiment dommage. Et si moi je ne connaissais pas, c’est que ça n’avait pas dû exploser à l’époque. Il était trop en avance sur son temps. À ce moment-là, ce genre de son devait sembler étranger pour beaucoup de gens, ici. »
« Oui, j’ai déjà entendu ça. Mais moi, j’aime vraiment cette chanson. Et j’avais envie de la faire sur scène, cette fois. J’aimerais que d’autres la découvrent… et l’aiment. »
Funny hocha la tête, convaincu.
« La chanson est moderne, classe, presque “tendance”. Honnêtement, si je n’avais pas vu l’année, j’aurais pensé que c’était un morceau récent. Et si tu la fais… ton père va être heureux, c’est sûr. »
Yuseong sourit doucement et acquiesça.
« Probablement. Ah, et… je pense que vous connaissez mon père, sunbaenim. »
« Moi ? »
« Oui. Maintenant, il travaille comme chorégraphe. »
« Chorégraphe… Attends… ne me dis pas que c’est… Maître Chae Hyeongseok ?! »
« Oui, c’est lui. »
« Ahhh ! Mais oui ! On a travaillé ensemble, même si ça date. Je le connais bien. Donc tu es son fils… Je ne savais pas du tout qu’il avait été chanteur. Il ne l’a jamais mentionné. »
Funny avait l’air à la fois stupéfait et sincèrement content.
« Il n’est pas du genre à se mettre en avant, c’est tout. »
« Je vois. En tout cas, ça va faire une scène pleine de sens. Franchement, j’ai encore plus hâte, là. Mais… il faudrait qu’on voie une vidéo de scène aussi, pour préparer. Sauf que c’est tellement vieux que ça va être introuvable même sur YouTube. »
Funny chercha “Lee Jun”, “Darling” et autres variations, mais aucune vraie vidéo de performance ne sortit. Il se tourna alors vers la production.
« PD-nim, vous pourriez retrouver des images de scène de cette chanson dans les archives des émissions musicales ? On peut refaire complètement la choré sans souci, mais j’aimerais voir à quoi ressemblait l’original. »
« Si on connaît la période exacte, on devrait pouvoir trouver vite. C’est quand, la date de sortie ? »
« Le 20 avril 1994. »
« Parfait. Je contacte l’équipe concernée et je leur demande de chercher. De toute façon, ce serait bien d’insérer un extrait de la performance d’origine comme comparaison dans la vidéo d’introduction avant la scène du live. »
« Merci. Alors, on laisse la danse pour plus tard, et on planifie d’abord l’arrangement et le chant. »
« Oui ! »
Funny se pencha un peu vers lui, curieux.
« Tu as déjà une idée précise de ce que tu veux ? Jusqu’ici, toutes tes scènes avaient des concepts et des idées excellentes. Donc forcément, j’ai envie de voir ce que tu as en tête pour celle-là. »
Yuseong hésita un instant, puis répondit calmement :
« En fait… pour cette chanson, je voudrais minimiser les changements. Faire le moins de modifications possible et garder au maximum le charme de l’original. »
« Oh ? Je vois. Et tu as raison: ce n’est pas parce qu’on modifie beaucoup qu’on fait forcément une meilleure scène. Mais… c’est surprenant venant de toi. Jusqu’ici, tu réinventais toujours les morceaux, donc je pensais que tu ferais pareil. »
« C’est parce que, jusque-là, je chantais des chansons très connues. Je me disais qu’il fallait montrer une couleur différente, un autre attrait. Mais cette fois, comme c’est une chanson peu connue… je veux d’abord la montrer telle qu’elle est. »
Funny resta bouche entrouverte une seconde, puis son visage s’illumina d’un large sourire.
« Incroyable… avoir ce genre de sens à ton âge. D’accord. Alors on commence par travailler le chant sur la version originale. Je vais t’écouter de près, et si je repère quelque chose à ajuster ou à arranger, on corrigera ensemble. »
« Oui ! »
Pendant un moment, Yuseong s’entraîna sérieusement au chant avec le coaching de Funny. Puis la production arriva avec une bonne nouvelle.
« Funny-ssi, on a trouvé la vidéo de scène que vous aviez demandée. Tenez. »
« Ah, merci. »
Funny inséra immédiatement la clé USB apportée par la jeune scénariste et lança la performance de Chae Hyeongseok.
Il se concentra d’un seul coup, comme aspiré par l’écran. Yuseong aussi observa attentivement la scène de son père, qu’il n’avait pas revue en détail depuis longtemps, tout en jetant parfois des coups d’œil à la réaction de Funny.
« Waouh… »
Funny laissa échapper des exclamations d’admiration, presque malgré lui.
La danse était bien plus dynamique et technique qu’il ne l’aurait imaginé. La progression de la scène avait un vrai “début-milieu-fin” parfaitement construit. Et même la coiffure, les vêtements… rien ne semblait ringard. Au contraire: ça respirait le style.
Quand la vidéo se termina, Funny applaudit carrément.
« Wow. Normal, c’est Maître Chae. C’est vraiment impressionnant. Comment il a pu faire une scène comme ça à cette époque ? Le niveau de danse est vraiment élevé. Je suis choqué. »
Yuseong, un peu gêné, sourit et hocha la tête.
Funny prit un ton prudent, comme pour ménager la sensibilité d’un fils.
« Mais faire exactement cette choré et chanter en live… c’est extrêmement difficile. Tu ne préfères pas qu’on simplifie un peu ? »
La réponse de Yuseong fut inattendue.
« Hm… en fait, je ne veux pas baisser la difficulté. Modifier certaines parties à niveau équivalent, ou ajouter un point fort spécial, oui. Mais… pas “simplifier”. »
Funny releva légèrement les sourcils, surpris, presque amusé.
« Vraiment ? Tu penses pouvoir tout faire parfaitement, chant et danse ? Avec une choré aussi intense, tu vas être essoufflé, et ta voix peut en pâtir. »
« Je sais que ce ne sera pas facile. Mais… j’ai envie d’essayer. »
Le sourire de Funny s’élargit franchement. Son regard disait presque “trop fier”.
« Tu es sûr de ne pas regretter ? Moi je suis un performer, donc je vais évaluer la scène dans son ensemble. Mais les autres juges… ils privilégient surtout le chant. Si tu te rates vocalement, tu pourrais perdre des points. »
Il vérifia encore, une seconde fois. Yuseong répondit sans trembler.
« Oui. Avoir un bon score serait évidemment génial, mais même si je n’ai pas la note la plus haute… je veux tenter la meilleure scène dont je suis capable. Je ne sais pas quand j’aurai à nouveau une occasion pareille. Et je ne dois pas forcément gagner aujourd’hui pour devenir chanteur. »
Une réponse bien trop mature pour un enfant. Funny éclata de rire, incapable de se retenir.
Il est vraiment à part. Je veux voir son futur.
« D’accord. Si c’est ta décision, alors on fait comme ça. On va préparer ça sérieusement, toi et moi. Mais tu sais ce que ça implique: tu vas devoir t’entraîner comme un fou. Tu es prêt ? »
« Oui, sunbaenim ! »
Le jour de la finale en direct, pendant le trajet du dortoir vers la salle de spectacle, Yuseong appela son père.
Les participants n’ayant pas le droit d’utiliser leur téléphone au dortoir, la production les gardait. Il n’avait donc pas encore pu lui annoncer le choix de la chanson.
– Oh, Yuseong ! Tu es en route pour le live ? Ça va, tu es prêt ? Tu as bien mangé ? Ton état est bon ? Tu te sens comment ?
Au bout du fil, Chae Hyeongseok enchaîna les questions, comme s’il voulait le “scanner” de la tête aux pieds.
« Oui, papa. On est en route, j’ai bien préparé, j’ai bien mangé, et je me sens bien. Et toi et maman ? »
– Vraiment ? Bien joué, mon fils. Nous aussi, on va bientôt partir, on se prépare. Au fait… tu chantes quelle chanson aujourd’hui ?
« Justement, c’est pour ça que j’appelle. Cette fois… je vais chanter ta chanson. Ça te va ? »
– Hein ??? Qu’est-ce que tu racontes ? Ma chanson ? Ne me dis pas… Darling ?
Hyeongseok monta d’un ton, choqué pour de vrai.
« Oui, c’est celle-là. »
– Mais… pourquoi tout d’un coup ? Je veux dire, oui, tu peux la faire, bien sûr… mais il y a tellement de titres connus. Pourquoi tu as choisi une chanson que les gens ne connaissent pas ? Ce serait désavantageux pour toi.
« Parce que c’est une chanson que j’aime. Et aussi… j’avais envie que les gens sachent à quel point tu étais un chanteur incroyable. »
– Quoi…? Mon fils… Tu… tu me dis ça…? Tu sais à quel point ça me touche ?
Sa voix trembla légèrement, comme si plusieurs émotions se bousculaient en même temps.
« Hé, papa… c’est juste la vérité. Tu t’émeus trop facilement, non ? »
– Hahaha… peut-être.
« Bref, alors j’ai ton autorisation. Je vais tout donner sur scène en pensant à toi. Alors viens m’encourager fort, d’accord ? »
– D’accord. Tu as toujours bien fait jusqu’ici, alors je te fais confiance. Et même arriver jusque-là, c’est déjà énorme. Ne te mets pas la pression avec les points. Ne te tends pas, fais ça tranquillement. Fighting !
« Oui, fighting ! »
Yuseong raccrocha en sentant son feu intérieur grandir encore davantage.