Chapitre 281
Traduction: Moonkissed
Le lendemain matin, Yuseong se réveilla tôt, seul. Dans le silence, il tâtonna pour trouver son téléphone et le serra dans sa main. Il restait encore un bon moment avant que l’alarme de Dohun ne sonne. Il se dit qu’il allait en profiter pour jeter un œil aux réactions d’hier.
D’ordinaire, il aurait commencé par les communautés en ligne coréennes. Mais aujourd’hui, c’était différent.
Comme la scène d’hier marquait leur tout premier “débarquement” sur une chaîne américaine, il voulait surtout lire les réactions à l’étranger. Il ouvrit donc d’abord le moteur de recherche “Gogle”, le portail numéro un au monde, celui que les Américains utilisaient le plus.
Yuseong tapota « Masterpiece » dans la barre de recherche.
En une seconde, une avalanche de résultats apparut : leur profil en tête, suivi de dizaines d’articles. Les titres se ressemblaient : soit des louanges sur la performance, soit des papiers sur l’incident raciste de Jaydoc.
Il allait cliquer sur un article pour lire les commentaires quand une phrase, affichée en petit juste sous la barre, lui accrocha l’œil. En gros, ça disait :
« Ce mot-clé fait partie des recherches les plus populaires d’hier. Pour voir les autres tendances, cliquez “ici” ! »
« Des recherches tendance… ? »
Les yeux de Yuseong s’agrandirent. Le cœur déjà en train d’accélérer, il cliqua.
Là, comme une liste de “recherches en temps réel” version étrangère, un classement des vingt tendances principales s’afficha. À la différence de Neiper, Gogle semblait compiler les volumes de recherche sur vingt-quatre heures.
Et ce qu’il vit lui arracha presque un cri.
Masterpiece était numéro 1.
Yuseong se figea, la bouche entrouverte, et dut se retenir de hurler.
‘C’est… c’est une blague ? On est numéro 1 sur Gogle ? Pas Gogle Corée… Gogle États-Unis ?’
Il se frotta les yeux, regarda à nouveau. Toujours pareil : 1re place, leur photo de profil en vignette à côté, et surtout un chiffre qui le fit avaler sa salive.
Plus d’un million de recherches.
‘Un million… ? Putain…’
Un frisson jouissif lui traversa la poitrine. L’onde de choc des AMA était bien plus puissante qu’il ne l’avait imaginé.
Être numéro 1 en Corée, c’était déjà énorme. Mais être numéro 1 aux États-Unis… c’était presque irréel. Il resta un moment à fixer l’écran, incapable de refermer la bouche, puis se força enfin à se ressaisir et à “monitorer” correctement.
Les recherches associées indiquaient « AMA », « Jaydoc », et d’autres mots-clés liés à la soirée. Dans les commentaires sous les articles américains, les louanges coulaient à flots.
Bien sûr, il y avait aussi énormément de messages qui condamnaient Jaydoc, et beaucoup de discussions sur la dimension raciste de l’incident.
En lisant, Yuseong découvrit même un détail qu’il ignorait.
Les fans avaient déjà compris ce qui s’était passé avant le début de la cérémonie : le moment où Jaydoc avait fait le geste des yeux étirés, ce racisme “muet” mais évident. Les Muses l’avaient vu.
‘Ah… donc ils avaient vu ça aussi… C’est pour ça que toutes les lightsticks ont pu s’éteindre d’un coup. Ils avaient déjà décidé de le boycotter. Le diss-rap n’a fait que jeter de l’essence sur le feu.’
En comprenant enfin le “dessous”, un mélange de gratitude et de culpabilité lui serra la gorge.
Voir son artiste se faire humilier sous leurs yeux… ce n’était pas juste désagréable. C’était violent. Et malgré ça, ils avaient tenu bon, ils l’avaient soutenu, ils avaient même agi avec une discipline collective presque militaire.
‘Je dois… je dois être encore meilleur pour eux.’
Il reprit sa lecture. Apparemment, plusieurs artistes présents aux AMA avaient aussi posté des réactions sur leurs réseaux.
« La performance de Masterpiece était un véritable “masterpiece”, à la hauteur de leur nom. Et celle de Jaydoc… probablement la pire de sa carrière. »
« Je comprends totalement pourquoi les fans de Masterpiece ont boycotté la scène de Jaydoc. Moi-même, j’ai vu Masterpiece et je suis devenu fan en une seconde. Et même si la cible avait été un autre artiste, j’aurais quand même été furieux. »
« Merci, Masterpiece, pour cette scène exceptionnelle. Et Jaydoc, tu dois des excuses dignes de ce nom. Le racisme est un poison social qui doit disparaître. »
Forcément, quand des célébrités parlaient comme ça, même ceux qui n’avaient pas regardé les AMA se mettaient à s’intéresser au groupe. Le volume de recherches avait dû exploser encore plus.
Yuseong avait bien senti que le scandale prendrait de l’ampleur dès que Jaydoc avait lâché son diss, mais la réalité dépassait largement ce qu’il avait anticipé.
‘Bon… au final, tant mieux pour nous. Même si c’est tordu de le dire.’
Bien sûr, il existait aussi des commentaires négatifs.
Des insultes de racistes assumés. Des attaques absurdes. Et puis ce vieux réflexe américain, très “macho”, qui traitait de “gay” quiconque portait du maquillage.
Mais Yuseong avait déjà encaissé des torrents de haine gratuite en Corée. Et il savait très bien qu’il existait, aux États-Unis aussi, des gens de ce genre. Ça ne le détruisait pas.
Le plus important, c’était que ces voix-là restaient minoritaires. La majorité, elle, saluait la performance et découvrait Masterpiece avec une première impression éclatante.
‘Oui… pour un premier pas, c’est gigantesque. Ah ! Mais je suis bête. Il faut que je fasse une capture d’écran !’
Il prit immédiatement le classement en photo et envoya la capture dans le grand groupe de discussion où se trouvaient les membres, l’agence et les responsables.
« Les gars, on est numéro 1 sur Gogle US !!ㅋㅋ »
Il faisait encore nuit à Los Angeles, mais en Corée, c’était déjà le soir. Résultat : les réactions vinrent d’abord des personnes restées au pays.
« Quoiiiii ?! C’est fou !! Aaaah les garsㅠㅠ »
« Waouh !! Mais c’est quoi ce délire ? On doit envoyer un communiqué tout de suiteㅋㅋ Vous avez bossé comme des dingues, nos porte-bonheur !! »
Et parmi eux, Kang Taemin fut celui qui explosa le plus : une pluie d’émojis hystériques, des confettis, des feux d’artifice.
Puis une phrase, simple et brûlante de fierté :
« Les gars… vous avez vraiment, vraiment assuré. Je suis tellement fier de vous. »
Trois jours exactement après les AMA, Jaydoc publia enfin des excuses sur ses réseaux. La pression était devenue irrespirable sous les attaques et les critiques des Muses.
Mais il ne s’agissait pas d’un repentir sincère.
Il postait surtout pour se protéger, pour se soustraire à l’incendie. Il ne contacta même pas Masterpiece directement.
Malgré tout, un fait rendait cette “excuse” presque historique : alors que Jaydoc avait déjà été mêlé plusieurs fois à des polémiques racistes, il n’avait jamais, auparavant, reconnu officiellement quoi que ce soit ni présenté d’excuses.
Les médias américains relayèrent donc la publication en grand. Pourtant, au lieu d’éteindre la colère, le texte l’alimenta encore plus.
À cause d’un passage, notamment.
« Je souhaite présenter mes excuses à Masterpiece, qui a pu se sentir humilié, ainsi qu’à toutes les personnes qui se sont senties offensées. Je reconnais qu’il y avait, dans mon rap, des éléments à caractère raciste.
Cependant, comme vous le savez, je suis un artiste hip-hop, et je pensais que ce type de propos pouvait être reçu comme un diss “courant”. Et je ne savais pas que Masterpiece avait une influence aussi importante. »
Les réactions furent immédiates.
« ??? Un diss “courant” ? T’es sérieux ? Même un diss a des limites, espèce de crétin. »
« C’est n’importe quoi. “Je ne savais pas qu’ils avaient autant d’influence” ? C’est une phrase à mettre dans des excuses, ça ? »
« Donc en gros… “je ne savais pas qu’ils étaient influents” = s’ils l’avaient été moins, tu ne t’excuserais même pas. »
« Il n’a même pas l’air de comprendre en quoi le racisme est mal. Il poste juste parce qu’il se fait harceler et qu’il veut survivre. Des excuses creuses. »
Et quand tout le monde vit qu’il venait de creuser sa tombe encore plus profondément, Masterpiece répondit à son tour, sur leurs réseaux, avec un message très court.
« Nous acceptons les excuses de Jaydoc. Et nous prions sincèrement pour qu’un jour, le racisme disparaisse totalement de ce monde. »
Cette brièveté, volontaire, frappa les gens comme une claque silencieuse.
Quelques jours plus tard, Masterpiece arriva sur le plateau de <Night Talk Show>.
C’était leur première fois sur un talk-show américain, et une nervosité discrète leur collait à la peau. Le producteur Fred Riley et l’animateur James Gord les accueillirent pourtant avec une chaleur presque explosive.
« Bonjour !! Merci infiniment d’être venus aujourd’hui. »
« Haha, bonjour ! Merci à vous de nous avoir invités. On compte sur vous aujourd’hui. »
Mais à peine les salutations terminées qu’une voix tremblante s’éleva dans le studio.
« Oh my gosh !!! I can’t breathe !! »
Les membres sursautèrent et tournèrent la tête.
Une petite fille blonde, blanche, qui devait avoir l’âge des dernières années de primaire, sautillait sur place, le visage incandescent d’excitation. Elle semblait prête à courir vers eux, mais une femme d’âge mûr, sûrement sa mère, la tenait fermement par les épaules en la réprimandant avec un sourire gêné.
« Luna, on attend que papa t’appelle, d’accord ? Tu restes tranquille. »
« Je sais… mais Masterpiece est juste là, devant moi ! Mon cœur bat trop vite !! Aaaah !! Il m’a regardée… oh non !! »
James Gord, embarrassé, s’éclaircit la gorge et expliqua.
« Haha… désolé. Ça vous surprend, hein ? En fait, c’est ma fille. Elle est… votre fan absolue. »
« Ah, vraiment ? Waouh… ça nous touche énormément. »
Yuseong sourit et fit un petit signe de la main vers l’enfant. Elle explosa littéralement, sautant comme un ressort.
« Oui, vraiment. Quand je lui ai dit que vous veniez aujourd’hui, elle a insisté pour venir voir “en vrai”. Je ne pouvais pas lui refuser… merci de votre compréhension. »
« Mais bien sûr ! Pour nous, c’est un cadeau. Puisqu’elle est là… présentez-la-nous carrément. »
Alors James finit par appeler sa fille plus près, pour qu’elle puisse les saluer correctement.
Luna avança, rouge et tremblante, répétant « Oh my gosh » toutes les deux secondes, tout en essayant de rester digne. Elle s’inclina même et lâcha, en coréen maladroit, avec une prononciation hésitante et un accent adorable :
« An… nyeong… ha… seyo… »
Les membres eurent ce réflexe immédiat : le sourire attendri, celui qui ressemble au sourire d’un père, même quand on n’a pas d’enfant.
« Waouh… bonjour, Luna ! »
Et à peine avaient-ils prononcé son prénom avec douceur qu’elle se mit à parler comme une cascade : à quel point elle les aimait, comment elle les avait découverts, quelle chanson elle écoutait en boucle… tout, absolument tout.
Au bout d’un moment, James et sa femme, morts de gêne, durent la freiner gentiment. Masterpiece prit une photo avec elle et lui fit des autographes.
Après cette rencontre si mignonne qu’elle avait détendu l’atmosphère d’un cran, les membres se dirigèrent enfin vers les coulisses.
Le tournage allait commencer.