Chapitre 277
Traduction: Moonkissed
Après l’interview, Masterpiece entra enfin à l’intérieur de la salle de cérémonie, déjà remplie de spectateurs. Et, au même instant, une clameur encore plus énorme que sur le tapis rouge les engloutit, accompagnée d’innombrables lightsticks de Masterpiece qui scintillaient partout.
Parmi le public, la proportion de Muses était clairement très élevée. La loyauté et la cohésion du fandom s’affichaient de manière presque brutale, au point que même d’autres artistes avaient l’air surpris, intrigués.
« Waouh… nos fans sont vraiment venus en masse. »
« C’est dingue, sérieux. Y en a tellement ! »
« Carrément !! À ce niveau-là, on n’a même plus à s’inquiéter d’un manque de réaction pendant notre scène, non ? »
« Ouais… ah, je suis tellement, tellement reconnaissant… ça me touche vraiment. »
Ils échangeaient ces mots sans même réussir à s’asseoir, le regard accroché à la mer de fans.
À la moindre petite salutation, au moindre sourire, au moindre cœur formé avec les doigts, les fans répondaient en hurlant, en agitant leurs lightsticks avec ferveur. Cette vague lumineuse faisait monter une chaleur brûlante dans la poitrine des membres.
C’est alors que Yuseong, qui se tenait au bout du groupe, entendit une voix, chargée de mépris et de moquerie.
« C’est quoi cette merde? »
Il tourna la tête, instinctivement, et vit Jaydoc, l’artiste le plus en vue du hip-hop du moment, s’approcher en fronçant les sourcils.
Son regard était dirigé vers les gradins où les Muses s’étaient rassemblées. Le « merde » désignait donc, à l’évidence, les Muses.
Jusque-là, Yuseong aurait pu l’encaisser sans trop de rejet. Les cultures de fandom américaines et coréennes étaient très différentes, et il n’avait probablement jamais vu, dans une cérémonie comme celle-ci, des lightsticks ou des pancartes d’encouragement.
Le problème, c’est ce qui suivit.
À la question de Jaydoc, le membre du staff qui l’accompagnait croisa justement le regard de Yuseong. Avec un sourire, il répondit naturellement, comme s’il présentait Masterpiece, en les désignant du geste.
« Tous les spectateurs qui tiennent ces bâtons lumineux sont des fans de Masterpiece. »
Mais au lieu de saluer poliment, Jaydoc se contenta de les jauger du coin de l’œil… puis laissa échapper un ricanement méprisant.
« Masterpiece ? C’est quoi encore, ça. Bref. C’est où, ma place ? »
Ce mépris affiché, en pleine figure, la manière dont il les balayait d’un revers de phrase… Yuseong en resta figé.
Le staff aussi sembla pris de court. Il évita le regard de Yuseong, embarrassé, guida Jaydoc vers son siège à toute vitesse et s’éclipsa.
Et, comme par malchance, la place assignée à Jaydoc se trouvait… juste à côté de celle de Masterpiece. Aux AMA, l’emplacement des artistes était étroitement lié à l’ordre de passage sur scène, et Jaydoc se produisait juste après Masterpiece.
Sérieux… ce type qui nous méprise aussi ouvertement, collé à nous… ça va être gênant.
Le visage de Yuseong se durcit légèrement, mais il ravala sa colère. Dans cette situation, il ne pouvait rien faire.
Il se dit malgré tout qu’il devait prévenir les autres membres, qui, occupés à faire des signes aux fans et à se parler entre eux, n’avaient pas remarqué l’attitude de Jaydoc.
Mais au même moment, Dael, installé à l’autre extrémité, déjà surexcité, prit l’initiative de lui adresser la parole.
« Waouh !! Bonjour, Jaydoc ! Enchanté de vous rencontrer. Je suis vraiment fan. Ah, nous sommes Masterpiece, un boy band coréen. Moi, je m’appelle Dael. »
Dael aimait énormément le hip-hop, écoutait souvent les morceaux de Jaydoc, et c’était donc un élan de fan sincère, joyeux, spontané.
Et puis, jusqu’ici, les rares artistes américains que Masterpiece avait rencontrés s’étaient montrés bienveillants. Dael avait donc, sans y réfléchir, supposé que Jaydoc serait lui aussi cordial.
Mais Jaydoc répondit avec un rictus moqueur.
« Ni hao, ching chong~ »
Et il alla plus loin : il tira les coins de ses yeux avec deux doigts, mimant un visage grotesque.
Dael se figea net, le visage fermé.
Ayant vécu longtemps en Australie, il avait déjà été confronté au racisme. Il comprenait parfaitement le sens de ces mots et de ce geste.
À titre de contexte, « ching chong » venait de l’idée que le chinois sonnerait ainsi aux oreilles occidentales, et servait à rabaisser, en les amalgamant, les Asiatiques en général. Quant au geste consistant à “tirer les yeux”, il se moquait des yeux supposément plus petits des Asiatiques, une manière classique de les ridiculiser.
Le « ni hao » en lui-même était bien une salutation chinoise, sans sens négatif intrinsèque. Mais Dael venait d’annoncer clairement qu’ils étaient un boy band coréen, et Jaydoc s’était contenté de « ni hao » pour les ranger dans le même tiroir, avec une intention évidente de mépris.
D’autant plus que Dael avait parlé en anglais, correctement, poliment, et que Jaydoc avait ignoré tout ce qu’il venait de dire pour répondre uniquement par ça.
En d’autres termes, il avait refusé toute “conversation” respectueuse.
Les autres membres, eux aussi, comprirent immédiatement l’hostilité flagrante. L’atmosphère se glaça, et ils ne surent plus quoi faire.
C’est alors que Yuseong se déplaça rapidement vers Dael. Sans laisser transparaître la moindre émotion, avec une froideur purement professionnelle, il fixa Jaydoc droit dans les yeux.
« Excusez-moi, mais nous ne sommes pas Chinois. Nous sommes Coréens. Et ce que vous venez de dire et de faire est clairement raciste. Je vous demanderais de vous abstenir. »
Jaydoc le fixa un instant, l’air de dire : « Ah ouais ? », puis haussa les épaules, comme si ce n’était rien… et s’assit sans répondre.
Yuseong n’insista pas. À la place, il se tourna vers ses membres.
« Dael hyung, échange de place avec moi. Je vais m’asseoir là. Et on l’ignore. C’est un raciste, on dirait qu’il n’y a même pas de dialogue possible. De toute façon, on ne peut pas commencer un conflit ici. »
« Non, ça va. Je reste là. J’en ai vu des comme ça en Australie, ce n’est pas si choquant. »
Dael lança un regard plein de dégoût vers Jaydoc, puis détourna les yeux.
« Non non, laissez. Je vais m’asseoir là, moi. Comme je suis celui qui parle le moins bien anglais, quoi qu’il raconte, je peux garder mon calme par “obligation”~ »
Hanbin, avec le sens des responsabilités de l’aîné, força l’ambiance à se détendre, envoya Yuseong et Dael plus loin… et prit la place juste à côté de Jaydoc.
De leur côté, les fans, qui avaient les yeux rivés sur Masterpiece même de loin, repérèrent clairement ce qui venait de se passer.
La distance entre les gradins et la zone des artistes était trop grande pour entendre distinctement les mots, mais assez proche pour voir les gestes, à peu près, pour toute personne ayant une vue normale.
Et parmi les Muses, nombreuses étaient celles qui avaient apporté jumelles, longues-vues ou gros appareils photo pour les observer de près. Beaucoup virent donc le geste des yeux “tirés”.
Résultat : la colère explosa.
« Mais… ce taré ? Jaydoc vient de faire quoi, là ? »
« Toi aussi t’as vu ? Je n’ai pas halluciné, hein ? Mais quel malade !!! Il fait du racisme comme ça, en plein visage ? »
« Non mais l’audace. Il ose s’en prendre à Masterpiece ? »
La rage se partagea sans filtre. Entre amis, puis entre inconnus, l’affaire se transforma en sujet public.
« Je l’ai filmé clairement avec mon appareil !! Son geste, on le voit parfaitement ! »
« Je suis tellement en colère… Moi, tout à l’heure, quand il sera sur scène, je ne réagirai pas. »
« Oh, bonne idée. Moi aussi, j’ai plus du tout envie de l’applaudir. »
« Et si on éteignait nos lightsticks uniquement à ce moment-là ? Comme ça on montre clairement le boycott. »
« Excellente idée !! »
D’un seul mouvement, les fans se mirent d’accord. Elles expliquèrent la situation aux gens autour d’elles, répandirent l’idée du boycott.
Certaines, plus rapides encore, postèrent aussitôt sur les réseaux et dans les communautés de fans, organisant l’information de manière structurée.
De son côté, Jaydoc avait l’humeur noire.
C’était un suprémaciste blanc et un raciste convaincu. Pour lui, voir un artiste asiatique dont il n’avait jamais entendu parler assister aux AMA, et, pire, obtenir une place à côté de lui et un passage juste avant lui, était absurde, insultant.
Et surtout, si leurs passages étaient si proches, cela signifiait que les AMA les plaçaient, en quelque sorte, au même niveau.
« Le monde part en ruine. Sérieusement. Les AMA… et voilà qu’ils invitent “ça”… tss. »
Yuseong avait dit qu’ils étaient Coréens, pas Chinois, mais pour Jaydoc, “asiatique” suffisait : c’était la même chose, et il n’avait ni l’envie ni l’intérêt de distinguer.
De toute façon, il ne voulait pas leur adresser la parole.
Mais ce qui l’agaçait vraiment, au fond, c’était autre chose.
C’était le fait que les fans de Masterpiece occupaient une grande partie des gradins. Et que, pour le moindre geste de Masterpiece, ces fans réagissaient avec une ferveur incompréhensible.
En plus, en regardant rapidement autour de lui, il constata que la majorité de ces fans n’étaient même pas asiatiques. Ce détail rendait la scène encore plus intolérable à ses yeux.
« Non mais… c’est quoi toutes ces nanas complètement tarées ? Qu’est-ce qu’elles leur trouvent, à ces Asiatiques “faibles” et “efféminés” ? Pourquoi tant de gens agitent ces bâtons stupides pour eux ?! »
Il venait aux AMA depuis plusieurs années, et il n’avait jamais vu un spectacle pareil. Cela ne fit qu’alimenter sa jalousie.
Et quand il vit même Iella Loft, la femme qu’il admirait en secret, échanger chaleureusement avec Masterpiece… sa rancœur explosa, incontrôlable.
Au point qu’il en arriva à une idée.
« Hm… et si, tout à l’heure, sur scène, je faisais semblant d’improviser un freestyle… et que j’y glissais un petit diss rap contre eux ? Ça pourrait être drôle, non ? Ça fera un buzz énorme. »
Il hocha la tête, un sourire mauvais au coin des lèvres.
« Parfait. Je le fais. J’ai trop envie de voir la tête de ces gars et de leurs fans idiots quand ils vont comprendre. »
Décidé, il se mit aussitôt à élaborer des phrases, à construire des rimes, prêt à les cracher au micro.