Chapitre 271
Traduction: Moonkissed
La proposition un peu sortie de nulle part de sa petite sœur prit Justin de court.
Il venait seulement d’apprendre aujourd’hui que Riena était une fan acharnée de Masterpiece, mais en dehors de ça, lui n’avait pas particulièrement d’intérêt pour eux. Il avait juste entendu, à quelques reprises, la chanson qui était entrée au Billboard. Alors forcément, dans sa tête, demander un contact ou “créer un lien” avec eux n’avait jamais fait partie du scénario.
Et c’était, d’une certaine manière, logique.
Même si la mondialisation de la K-pop avait bel et bien commencé, et même si l’entrée de Masterpiece au Billboard Hot 100 avait été présentée comme un record historique… c’était malgré tout une lecture fortement teintée du point de vue coréen.
Objectivement, du point de vue du grand public américain, Masterpiece restait un artiste asiatique avec un fandom solide, mais une notoriété “mainstream” encore limitée. Aux États-Unis, la K-pop, centrée sur la performance, n’était pas encore une musique massivement consommée, plutôt une niche portée par une communauté de passionnés.
Donc Justin, dans cette rencontre fortuite, n’avait aucune envie particulière d’ajouter une “suite” à l’histoire. Mais Riena, elle, insistait avec des yeux suppliants, presque dramatiques. Et puis, se suivre sur les réseaux, entre célébrités, c’était le genre de chose qu’on faisait même sans être proches.
Il finit par hocher la tête.
« Dans ce cas… tant qu’on s’est croisés comme ça, on se follow mutuellement sur les réseaux ? »
Il posa la question avec un naturel désinvolte, comme si c’était la chose la plus banale du monde.
Mais du côté de Masterpiece, la réaction fut immédiate, explosive.
« Hein, vraiment ?! Bien sûr que oui, avec plaisir !! »
« Wow, merci ! Se follow avec Justin Baver… c’est comme un rêve ! »
Justin répondit par un sourire léger. Pourtant, sans qu’il sache exactement pourquoi, son regard revenait sans cesse vers Yuseong. Il avait cette impression étrange de l’avoir déjà vu quelque part.
Alors, il lâcha, un peu intrigué :
« Cela dit… vous, surtout toi, tu me parais familier. Je sais que c’est presque impossible, mais… est-ce qu’on s’est déjà rencontrés ? Tu as vécu aux États-Unis, peut-être ? »
« Euh… non, pas du tout. J’ai toujours vécu en Corée. J’ai bien fait quelques concerts aux États-Unis, mais je ne vous avais jamais vu en vrai avant aujourd’hui… Ah ! »
Yuseong, qui répondait avec une moue perplexe, ouvrit soudain de grands yeux, comme si une idée venait de lui sauter dessus. Il eut un sourire discret.
« Je ne suis pas sûr, mais… peut-être que vous m’avez vu sur YouTube. »
« Sur YouTube ? »
« Oui. Quand j’étais petit, j’ai posté une vidéo où je reprenais votre chanson . Attendez, je vous la retrouve. »
Yuseong fouilla rapidement sur son téléphone et lui montra l’écran.
« Peut-être que vous avez vu celle-ci ? Elle date d’il y a six ans. J’avais dix ans, en âge américain. »
Et au moment où Justin vit la vidéo… une mémoire floue remonta, comme un polaroid oublié au fond d’un tiroir.
« Oh… mon dieu ! Je crois que je m’en souviens ! Je suis sûr de l’avoir vue. »
Il alternait son regard entre la vidéo et le visage de Yuseong, stupéfait, presque amusé.
My Baby était son tout premier single. À l’époque, il était encore un débutant, grisé par la joie de ses débuts, et il passait beaucoup de temps à regarder des reprises de sa chanson sur YouTube.
Parmi toutes, la plus marquante avait été celle de Yuseong.
Parce qu’il était terriblement jeune, et tellement mignon qu’il ressortait immédiatement. Mais surtout parce qu’il avait capté l’émotion de la chanson avec une justesse étonnante. Justin s’était souvenu avoir été sincèrement impressionné.
Et même après tout ce temps, il en restait une trace.
En voyant sa réaction, Yuseong, lui aussi, sembla troublé, comme si la réalité dépassait ses attentes.
« Wow… je me disais “peut-être”, mais… vous l’avez vraiment vue ? J’ai demandé au cas où, mais… c’est un honneur immense. »
Les autres membres avaient exactement la tête de gens qui venaient de voir un bug dans la matrice. Même Riena, qui n’avait visiblement jamais su que Yuseong avait fait une reprise étant enfant, semblait encore plus fascinée.
Justin hocha la tête, sincère.
« Oui, vraiment. Je me souviens d’avoir été surpris. Un enfant aussi jeune, aussi adorable, qui reprenait ma chanson aussi parfaitement… c’était frappant. Je m’étais dit que tu avais un talent exceptionnel. Et visiblement, je ne me suis pas trompé, vu le chanteur que tu es devenu. »
« Vous êtes trop gentil. Merci beaucoup. »
Justin ressentit soudain, très concrètement, le poids de ces six années. Et, avec ce vertige, une curiosité naquit: qu’était devenu, artistiquement, ce “petit garçon de YouTube” pendant tout ce temps ?
Alors, au lieu de s’arrêter au simple follow sur les réseaux comme prévu, il poussa la rencontre d’un cran. Il échangea aussi un contact “business” avec eux, puis conclut, d’un ton cordial :
« Si l’occasion se présente, faisons une collaboration un jour. Bonne chance pour le concert de demain. »
Bien sûr, dans “si l’occasion se présente”, il y avait une nuance implicite: si j’apprends à mieux vous connaître et que ça me plaît vraiment. Pour l’instant, ça ressemblait davantage à une formule polie qu’à une promesse.
Masterpiece ne prit pas cette phrase au pied de la lettre non plus.
Mais même sans ça, le fait d’avoir échangé quelques mots avec lui, d’avoir été salués, d’avoir obtenu un contact… c’était déjà énorme. Quand ils se séparèrent, aucun des cinq n’arrivait à réaliser.
« C’est… réel ? Justin Baver vient de prendre nos numéros, là ? » marmonna Taeha, encore sonné.
« J’allais dire la même chose. J’ai du mal à y croire. C’est… bizarre comme sensation. »
« On est cinq. Les chances qu’on fasse tous le même rêve sont proches de zéro, donc… oui, c’est réel, non ? »
« C’est réel. Moi, dès que je l’ai vu, je me suis pincé la jambe comme un fou. »
« Wow… c’est n’importe quoi. On dirait qu’un truc impossible vient d’arriver. »
« Carrément. Déjà, que sa sœur soit une Muse, c’est insane. Mais en plus, que ça se superpose avec la reprise de Yuseong d’il y a des années, et que ça finisse par un échange de numéros… On peut passer dans “Incroyable mais vrai”, là, non ? »
« Je valide. C’est du délire. Et si ça se trouve… on va vraiment finir par faire une collab avec Justin Baver ? »
Dael avait des étoiles dans les yeux, rempli d’une innocence enthousiaste.
Mais Yuseong, prudent, répondit de manière réaliste, surtout parce que, dans sa “vie précédente”, Masterpiece n’avait jamais collaboré avec Justin Baver.
« Ce serait incroyable si ça arrivait, oui. Mais ne vous faites pas trop d’espoir. Une collab, c’est pas quelque chose qui se fait facilement. Et honnêtement, vu que sa sœur est fan, il a peut-être dit ça juste par politesse et il a pris nos numéros pour être correct. »
« Ouais. Entre artistes coréens aussi, c’est souvent une phrase de circonstance. Le fameux “faut qu’on se fasse un repas un de ces jours”, tu vois ? Et puis il a demandé un contact business. »
« Voilà. On prend ça comme un super moment, on profite, et on reste légers. »
Ils s’accordèrent tous sur cette conclusion, puis reprirent la route vers leur logement.
« Oppa, ils sont trop beaux, pas vrai ? Et… tu peux pas vraiment faire une collab avec eux ? S’il te plaît ! C’est mon vœu ! »
Même après les avoir quittés, Riena n’arrivait pas à redescendre. Elle trépignait, toujours électrisée.
« Yuseong et les autres aussi, ils sont trop forts. Si vous collaborez, la réaction sera folle. Et si ça arrive… je pourrais venir voir l’enregistrement ou le tournage du MV, hein ? »
« Sérieusement… je t’ai jamais vue aussi désespérée. Bon, si ça arrive vraiment, venir jeter un œil, ça me dérange pas. Mais la collab, je l’ai dit sans y penser, donc ne t’emballe pas trop. Une collaboration, ça se décide pas sur un coup de tête. »
« D’accord. Mais au moins, tu dois regarder toutes les vidéos que je t’envoie, et les prendre en compte avant de décider ! Parce que toi, t’as jamais vu une scène de Masterpiece. »
« D’accord, d’accord… j’ai compris. »
Justin réussit enfin à calmer un peu Riena, puis ils rentrèrent chez lui.
Dans la voiture, elle lui avait déjà envoyé une pluie de liens, ses performances favorites, bien classées, comme une playlist de mission secrète. Et une fois rentré, il se dit qu’il allait au moins y jeter un œil… histoire de voir.
La première vidéo était justement la chanson qui avait charté au Billboard, . Sans grande attente, il cliqua, assez détendu.
C’était une performance de music show. Par réflexe, Justin appuya sur le bouton des sous-titres… et constata qu’il pouvait sélectionner l’anglais. Les paroles apparurent donc traduites à l’écran.
Et plus la vidéo avançait, plus ses yeux s’agrandissaient. Des exclamations lui échappaient presque malgré lui.
« Wow… c’est complètement fou. Ils dansent comme ça et ils chantent en live ? J’ai du mal à y croire, même en le voyant. »
Il avait déjà entendu le morceau, donc il voulait surtout observer la stabilité vocale en direct… mais ce furent ses yeux qui se firent capturer avant ses oreilles. La performance le dominait, le noyait.
Aux États-Unis, il n’y avait pas cette culture idol “à la coréenne”. La plupart des artistes étaient solos, et l’idée dominante restait: le chanteur chante, et les danseurs dansent.
Des performances aussi intenses, avec une synchronisation de groupe à ce niveau, c’était pratiquement inexistant. Et pourtant, ils chantaient.
Donc… cette chanson, juste à l’audio, ne révèle pas tout.
En la regardant, on la ressent dix fois plus fort. Mais comment c’est possible d’avoir une perf aussi violente et rester aussi stable vocalement ?
Avec cette pensée, Justin cliqua sur la vidéo suivante. Son niveau d’attente venait d’augmenter brutalement.
La deuxième vidéo, c’était la scène de , en fancam 4K du concert de Séoul, version arrangée avec un petit sample classique, plus grandiose, en intro.
Wow. Rien que l’intro, ça frappe. Le sample classique est bien utilisé.
Il replongea dans la vidéo… et, encore une fois, la performance le choqua. Mais cette fois, ce ne fut pas seulement la chorégraphie.
La chanson elle-même le saisit.
Putain… cette chanson est trop bonne.
Et c’était normal: c’était pile le genre qu’il écoutait en boucle en ce moment, un morceau d’électro-trap. Beats agressifs, tempo rapide, mélodie “hip”, le genre de musique qui fait bouger le corps sans demander la permission.
Il était complètement accro à cette vibe, mais comme elle était à l’opposé de ses titres habituels, plus émotionnels et mid-tempo, il n’avait pas encore osé y plonger directement.
Alors il envisageait plutôt une approche “EDM”, en collaborant avec des producteurs qui invitaient des voix externes.
Et là, ce morceau lui tombait dessus comme une évidence.
Excité, il chercha même la version studio de , l’écouta plusieurs fois, puis arriva à une conclusion très claire.
Et si je leur proposais, pour de vrai, une collaboration… un remix officiel de ce titre ?