Chapitre 221
Traduction: Moonkissed
Après la publication de l’annonce officielle concernant les suites données à l’affaire Bing Minseok et aux sasaengs, comme Yuseong l’avait prévu, la majorité des fans réagirent avec soulagement et apaisement.
Et dans cette atmosphère enfin un peu plus sereine, comme annoncé, le soir même, le clip de la chanson de suite de l’album, Savior (구원자), fut mis en ligne.
Résultat : chez les sœurs Jo Songyeon et Jo Songi, c’était littéralement l’état d’urgence.
« Unnie, unnie !!! Le MV de la chanson de suite est sorti !! »
« Oui oui, assieds-toi vite. On le regarde maintenant. »
Quand il s’agissait de fangirler sur Masterpiece, ces deux-là étaient plus synchronisées que n’importe quel duo de danse. Elles éteignirent toutes les lumières et s’installèrent devant l’écran.
« Juste en voyant le titre… c’est bien Savior, hein. »
« Évidemment. Avec la “valeur du nom” du compositeur Yoon Junwon, ils allaient pas laisser un morceau pareil dormir en simple B-side sans promo. »
Elles avaient déjà écouté tout l’album des dizaines de fois et pressentaient que Savior deviendrait la chanson de suite.
« Aaaah j’ai trop hâte !! Mon cœur bat tellement fort que je vais mourir. Tu crois que l’histoire continue depuis le MV précédent ? »
« Hmm… probablement. Le dernier MV avait clairement une vibe “à suivre”. Et puis de base, Clair de lune (달밤), [New Start], et [Blow Up] étaient déjà connectés. »
« C’est vrai. Attends… on ne devrait pas revoir les trois MV avant de lancer celui-là ? Il y a peut-être des indices qu’on a oubliés. »
« Bonne idée. Vas-y, on relance depuis le début. »
Les sœurs revisionnèrent donc les trois clips.
En faisant ça, elles se remémorèrent l’intrigue principale : des membres, autrefois étudiants érudits du Seonggyungwan à l’époque Joseon, s’étaient réincarnés dans le présent, s’étaient retrouvés, avaient même participé à une compétition de danse… et l’avaient gagnée. Elles scrutèrent attentivement, pour être sûres de ne rater aucun indice.
Puis vint la dernière scène du MV précédent : un journaliste photographiait les membres en train de célébrer leur victoire, la photo finissait dans un journal, et ce journal était jeté devant la maison de Hanbin.
Devant cette scène, les deux sœurs échangèrent :
« Cette scène me stresse trop… Le père de Hanbin va forcément péter un câble en voyant ça, non ? »
« Mais oui. C’est sûr à 100%. Il va encore le frapper… »
Évidemment, elles parlaient de l’histoire du clip, pas de la réalité.
Elles savaient très bien que c’était de la fiction, du jeu d’acteur. Mais comme leurs artistes préférés jouaient dedans, elles étaient devenues incapables de ne pas s’immerger à fond.
Et elles n’étaient pas les seules : la plupart des fans, depuis les clips précédents, vivaient le truc exactement comme ça. C’était même l’objectif : relier les MV pour aspirer le public plus profondément, comme un feuilleton.
Une fois la “révision” terminée, les deux sœurs lancèrent enfin le MV de Savior.
Comme elles s’y attendaient, le clip démarra en reprenant exactement la dernière scène du MV précédent.
Pour l’instant, pas encore de musique.
Le journal avec la photo des membres atterrit devant l’immense villa de Hanbin. Une gouvernante le ramassa et le posa sur la table du petit-déjeuner.
À peine le journal déposé, le plan coupa : gros plan sur le visage de Hanbin, qui se réveillait en pyjama, dans une chambre luxueuse.
Il sortit du lit et consulta immédiatement son téléphone.
Dans le tchat de groupe avec les membres, un message l’attendait :
[Vous vous souvenez qu’on a l’interview sur la victoire d’aujourd’hui ? Ils vont aussi faire des photos, donc venez en gardant vos tenues de scène. Tous en costume, et à tout à l’heure !]
Hanbin répondit qu’il avait compris, avec un sourire. Il ouvrit son dressing et sortit un costume, l’air franchement enthousiaste.
À ce moment-là, son téléphone vibra à nouveau, et il sembla décrocher pour répondre à un appel…
Mais, pile à cet instant, l’image coupa.
Son père était assis à table, lisant la photo et l’article du journal. Et d’un seul coup, il entra dans une rage noire.
Il monta en trombe à l’étage.
À peine la porte ouverte, il attrapa Hanbin par le col et le projeta violemment contre le mur.
« Hh… c’est quoi ça !! Non, mais… oh mon dieu… »
En regardant, Jo Songyeon et Jo Songi portèrent leurs mains à leur bouche, incapables de supporter ça.
Dans la chute, le téléphone de Hanbin glissa de sa main et tomba au sol.
Sur l’écran brisé, on voyait le nom de l’appelant : “Yuseong”, et l’indication “en appel”.
Et au même moment, l’intro commença enfin : solennelle, menaçante, pleine d’urgence.
De l’autre côté, Yuseong, déjà arrivé au lieu de l’interview, en costume dans un café, parlait à Hanbin. Il écarquilla les yeux, paniqué, et appela son nom dans le téléphone… mais l’appel fut coupé.
C’est là que le premier couplet démarra, et Yuseong commença à lip-sync, les sourcils froncés, l’expression grave.
– Un signal venu de je ne sais où
Je t’entends… mais c’est trop faible, je n’en comprends pas le sens
Alors je n’ai que mes sensations
Et je lutte pour déchiffrer ce que ça veut dire
Avec ces paroles parfaitement assorties au clip, sur une mélodie médium tempo, mélancolique et déchirante, Yuseong joua un homme en pleine tourmente, se tenant la tête comme si son esprit se fissurait.
Puis Hanbin apparut : blessé, comme après un passage à tabac, étalé au sol de sa chambre.
Mais son père, toujours hors de lui, ne s’arrêta pas là. Il claqua la porte, sortit, et verrouilla la chambre de l’extérieur.
– J’étouffe, c’est trop lourd
Et si ce signal…
C’était peut-être nous
Qui nous l’envoyions l’un à l’autre…
Hanbin lip-sync allongé, le bras droit tendu vers le vide, avec un regard triste et lointain. Son téléphone avait l’écran complètement explosé ; il appuyait sur les touches, mais rien ne répondait.
Son jeu était si intense que l’émotion passait trop bien. Les sœurs retinrent leur souffle et s’immergèrent encore plus.
Quand la partie de Hanbin se termina, les autres membres apparurent à l’écran, tous réunis en costume.
On vit brièvement Yuseong leur expliquer la situation dans une mini scène de réunion, tendue, rapide. Dael, les yeux inquiets, désigna un commissariat par la fenêtre.
On aurait dit qu’il proposait d’appeler la police. Les membres hésitèrent… puis secouèrent la tête.
Ils avaient sans doute jugé que, le père de Hanbin étant député, la police ne coopérerait pas.
Finalement, ils hochèrent la tête avec gravité, et se mirent à courir de toutes leurs forces vers un endroit précis.
Le plan s’élargit, puis alterna avec des gros plans sur les membres au rythme des parties, révélant leur trajet.
Et le lieu où ils arrivèrent… c’était près de la maison de Hanbin.
Mais lorsqu’ils se rapprochèrent, ils virent une voiture de luxe sortir du domaine.
Gros plan sur l’arrière : le père de Hanbin était assis, le visage crispé d’irritation.
En le voyant, les quatre membres se cachèrent instinctivement pour ne pas être repérés. Puis, une fois la voiture passée, ils foncèrent vers la villa.
Ils observèrent les alentours, repérèrent une portion de mur plus basse que les autres, assez basse pour être franchie avec un peu d’aide. Yuseong servit de marchepied, et Taeha posa le pied sur son dos et bondit sur le mur en un éclair.
Taeha vérifia rapidement que la cour était vide, puis tendit le bras pour hisser les autres.
Après mille petites galères, les quatre réussirent à entrer.
« Aaah c’est fou !! On dirait un film ! Cette tension, c’est quoi ce délire ! »
« Mais oui ! J’ai les mains en sueur, je deviens folle. Je suis tellement dedans, c’est abusé ! »
« C’est parce qu’ils jouent trop bien. »
« Oui, vraiment. »
Les deux sœurs, surexcitées, trépignaient, gesticulaient, incapables de rester calmes, tant l’histoire était plus haletante qu’elles ne l’avaient imaginée.
Dans le clip, une fois le mur franchi, les membres avancèrent prudemment en scrutant l’espace autour d’eux, puis se dirigèrent vers le bâtiment.
Comme c’était une villa de luxe, le jardin était immense. Non seulement il était magnifiquement aménagé, mais sur la terrasse du rez-de-chaussée, il y avait même un coin “camping” : une tente, des chaises, et un feu de camp déjà prêt.
La vue impressionna les membres, qui eurent un léger mouvement de recul. Mais ils se ressaisirent et commencèrent à réfléchir à comment entrer dans la maison.
C’est alors que le point de vue changea pour revenir à Hanbin.
Tremblant, il se redressa et se dirigea vers son lit, collé à la fenêtre.
Et là, miracle : il aperçut les membres dehors.
Ses yeux s’agrandirent de surprise, il s’approcha et ouvrit brutalement la fenêtre.
Au bruit, les membres tournèrent immédiatement la tête et le repérèrent.
Mais avant même qu’ils ne parlent, Hanbin leva l’index à ses lèvres : silence. Son père était parti, mais il y avait encore des domestiques.
Heureusement, les membres comprirent, et trouvèrent une échelle de jardinier. Ils réussirent à le faire sortir par la fenêtre du deuxième étage.
À ce moment-là, Jo Songyeon et Jo Songi se saisirent inconsciemment les mains, les serrant et les secouant de joie, comme si elles venaient de sauver quelqu’un en vrai.
Mais à l’instant exact où Hanbin posa les pieds au sol… comme dans un mauvais rêve, le grand portail s’ouvrit.
Son père entra, le visage agacé.
Et naturellement… ses yeux tombèrent sur les cinq garçons.
Les garçons se figèrent de peur.
Le père fronça violemment les sourcils, puis son regard bascula dans quelque chose de dangereux. Il sortit une sorte de couteau de poche de l’intérieur de sa veste, et se précipita sur eux.
« Non mais… il est malade !! »
« C’est un psychopathe, c’est obligé ! »
Même les deux sœurs, devant l’écran, étaient horrifiées.
Les membres partirent dans tous les sens pour l’éviter. Et dans la confusion, Dael recula, paniqué… et tomba.
Le père de Hanbin fonça vers lui, comme un prédateur, parce que c’était la proie la plus facile.
Mais au moment où Dael allait se faire attraper…
Un morceau de bois enflammé vola de nulle part et frappa le père. Ses vêtements prirent feu instantanément.
Ce morceau de bois… c’était Hanbin qui l’avait lancé.
Sur son visage, une peur fulgurante passa. Comme si l’action était sortie avant la pensée.
Puis son expression se durcit en détermination.
Il laissa son père se débattre dans la douleur, entraîna les membres vers une petite porte latérale que lui seul connaissait, et ils s’échappèrent enfin de la villa.
Pendant ce temps, le feu gagna même le corps du père. En se roulant par terre pour tenter de l’éteindre, il transmit les flammes au gazon.
Le jardin entier, puis la maison, commencèrent à s’embraser.
Les domestiques sortirent en courant, mais trop tard : l’incendie s’était déjà énormément propagé.
De leur côté, les membres, se soutenant les uns les autres, coururent comme des fous jusqu’à être assez loin, puis s’arrêtèrent enfin.
Et le clip se termina sur ce plan : les cinq garçons, immobiles, hébétés, terrifiés, l’expression indéchiffrable, contemplant au loin la villa dévorée par des flammes violentes.
À cet instant, Jo Songyeon et Jo Songi eurent l’impression que tout leur corps était couvert de frissons.