Chapitre 209
Traduction: Moonkissed
Une opportunité tombée du ciel.
Le chef d’équipe, sans s’en rendre compte, ouvrit grand les yeux. Comme promis, il envoya immédiatement un message à Yuseong.
« [Yuseong, Minseok a laissé son téléphone dehors et il est sous la douche. Coupe la caméra et retire la carte SD, vite.] »
Puis il s’empara du téléphone, d’un geste aussi rapide que discret. Il jeta un coup d’œil vers la salle de bain. Le bruit de l’eau ne faiblissait pas.
Il déverrouilla l’écran sans hésiter.
Le schéma de verrouillage, il l’avait déjà vu assez de fois pour que ses doigts le reproduisent tout seuls.
La douche continuait.
Normal : son échange avec Yuseong n’avait pas duré longtemps. Minseok devait à peine avoir commencé.
Le chef d’équipe ouvrit d’abord les applis de réseaux sociaux.
Auto-connexion activée. Aucun post.
Mais dans la messagerie… une seule conversation.
Une seule.
Son regard ne quittait pas la porte de la salle de bain, son oreille guettait le moindre changement du bruit d’eau, tandis que ses doigts faisaient défiler les messages.
Et même en s’y attendant un peu, le contenu lui coupa le souffle.
« [Bonjour. J’ai quelques photos des enfants prises pendant le tournage de la pub “NATURE” (cosmétiques). Cette fois aussi, ça vous intéresse ? Le prix que vous avez proposé hier pour les infos de sièges était vraiment excellent, alors je vous contacte avant de les poster sur mon compte^^] »
« [Oh… j’adore. Combien de photos ? Photos de groupe ? Solo ?] »
La discussion avait commencé… il y avait à peine trente minutes.
Donc Minseok avait déjà “un client” régulier. Et il le nourrissait.
Les messages suivants détaillaient les infos, les prix, les conditions.
Tout était cru, clair, marchandé.
Et le dernier message de Minseok était une confirmation écœurante :
« [Dès que je vois le virement, j’envoie les photos par mail comme la dernière fois. Ah, la prochaine fois je pense aussi pouvoir vendre des vidéos. Je vous recontacte^^] »
Le chef d’équipe laissa échapper un petit rire sans joie.
Un rire de rage.
Ses mains tremblaient, la colère lui cognait au crâne.
Putain… il le fait vraiment. Ce malade.
Il ravala tout, de force, puis photographia l’intégralité de la conversation avec son propre téléphone : message par message, bien cadré, bien lisible.
Il remarqua au passage : il n’y avait quasiment aucun ancien historique. Minseok avait probablement tout supprimé après chaque transaction. Mais cette fois, l’autre n’avait pas encore “lu” le dernier message, et la conversation restait là.
Ensuite, il ouvrit la galerie.
Et là, ce fut pire.
Des photos qui n’avaient rien de “travail” : pas de poses, pas de sourires vers l’objectif, pas d’accord implicite. Juste des clichés volés :
Les membres regardant ailleurs, en plein maquillage, au milieu d’un tournage, dans un angle qui hurlait “je t’observe en cachette”.
Parmi elles : les photos de la publicité mentionnée.
Une publicité encore non dévoilée.
Un spoiler évident, interdit, dangereux.
Le chef d’équipe expira violemment et prit encore plus de preuves : il rephotographia plusieurs images, avec date, avec miniature, avec tout ce qu’il fallait pour attacher ça à l’appareil.
Comme il était plutôt calé en téléphone, il alla plus loin : applis installées, historique web, applis récemment utilisées.
Il cherchait surtout une trace de contrôle à distance de la caméra.
Mais il n’en trouva aucune.
Un mince soulagement, comme une gorgée d’air dans une pièce en feu.
Pendant ce temps, de retour dans la chambre, Yuseong avait reçu le message du chef d’équipe et avait agi tout de suite.
Hanbin, pâle, descendit du lit.
« T’es revenu…? Il a dit quoi, le chef ? »
Sans perdre de temps, Yuseong maintint le bouton d’alimentation sur la mini-caméra.
« Il veut qu’on retire la carte SD et qu’on vérifie la vidéo. Si le visage du gars est filmé quand il l’a installée, on aura une preuve directe. »
« Ah… oui. Logique. »
Yuseong repéra la carte presque instinctivement.
« La voilà. »
Il la retira.
Hanbin attrapa le laptop.
Ils essayèrent de l’insérer… mais l’ordinateur ne la reconnaissait pas.
Hanbin chercha vite fait et lâcha, dépité :
« Selon le format, il faut souvent un adaptateur… Ça se lit pas comme ça. »
Yuseong sentit son estomac se serrer.
« Donc… on ne peut pas vérifier maintenant ? »
« Attends ! »
Hanbin eut un sursaut.
Il courut à sa valise, fouilla, et en sortit un objet comme un talisman.
« Ça ! Ça marcherait pas dedans ?? »
Leur self-cam, celle prévue pour leur contenu Daily Masterpiece.
Yuseong se redressa.
« Oui ! Bien vu ! Essaie ! »
Il y avait un écran, une interface de lecture, et surtout : un port.
Ils retirèrent la carte SD de la self-cam, puis glissèrent la carte de la mini-caméra.
Un petit chargement.
Et puis… l’icône d’un fichier vidéo, lourd, unique.
« Ça a marché !! »
« Hyung… t’es vraiment un génie. J’ai eu des frissons. »
Hanbin eut un sourire amer.
« Je crois que j’étais juste trop en colère pour réfléchir lentement… »
« Je comprends. Moi aussi. Allez… on lance. »
Ils avalèrent tous les deux leur salive, comme avant un saut.
Yuseong appuya sur “play”.
Et dès la première seconde…
Le visage de Bing Minseok remplit l’écran.
Net.
Incontestable.
Hanbin devint livide.
Ses yeux s’écarquillèrent comme s’ils allaient sortir de leurs orbites.
« Qu… quoi…? Pourquoi…? »
Yuseong posa immédiatement un doigt sur ses lèvres.
« Chut. Voix basse. »
Hanbin tremblait.
« Non… c’est pas… c’est pas une erreur, hein ? C’est lui…? Ça veut dire… c’est lui le type du…? »
« Oui. »
La voix de Yuseong était calme, mais ses mâchoires étaient serrées.
Dans la vidéo, Minseok recula, s’assit sur le lit, et sourit avec une satisfaction infecte.
« Bon. Parfait. »
Puis il disparut du cadre. On entendit la porte. Puis les lumières s’éteignirent.
L’écran resta noir.
Yuseong vit la durée : presque huit heures.
Il expira, malgré tout.
Donc pas de contrôle à distance. Sinon il n’aurait pas laissé tourner aussi longtemps.
Hanbin, lui, semblait vide.
Puis l’onde de choc revint, brutalement, sous forme de rage.
« Mais c’est quoi ce putain de… Comment un manager peut faire ça ?! Pourquoi il ferait ça ?! C’est un malade ! »
Yuseong sursauta.
Hanbin, d’habitude, ne parlait jamais ainsi.
Mais là… c’était la trahison, et l’horreur.
« On devrait y aller maintenant ! Lui cracher la vérité à la gueule ! De toute façon, il sait qu’on l’a trouvé, non ?! »
Yuseong secoua la tête, ferme.
« Non. Il ne sait pas. J’ai parlé seulement au chef d’équipe. »
« Seulement au chef…? »
« Oui. Parce que j’ai repensé au fait qu’il est arrivé seul à l’hôtel avec nos valises. Et si c’est lui… il faut agir sans le prévenir. »
Hanbin cligna des yeux, puis hocha lentement.
« …Putain. Ouais. J’avais même pas pensé à ça. »
Yuseong lui expliqua vite le plan : rester “normal” jusqu’au retour, éviter l’explosion sur place, sécuriser des preuves, agir en Corée avec l’agence.
Hanbin inspira.
Long.
Un peu plus stable.
« D’accord. J’ai compris. Je vais gérer mon visage demain. T’inquiète. »
« Merci… on tient jusqu’au matin. Juste demain matin. »
À cet instant, le téléphone de Yuseong vibra.
Message du chef d’équipe :
« [Yuseong, j’ai fouillé son téléphone. Aucune trace de contrôle à distance pour la caméra. Mais… comme tu le pensais : photos volées, ventes à des sasaeng, et même vente d’infos de sièges d’avion. J’ai tout comme preuves. Vous, faites juste comme si de rien n’était.] »
Yuseong répondit immédiatement, en gardant les mots simples et opérationnels :
« [Oui. On a vu la vidéo : son visage apparaît, c’est sûr que c’est lui. On a filmé l’écran pour preuve et la caméra est éteinte. On la rallumera juste avant le check-out demain : il viendra forcément la récupérer.] »
Et dans la chambre, le silence retomba.
Pas un silence “calme”.
Un silence d’avant-tempête.
Un silence où, quelque part, derrière une porte voisine et une douche qui coulait, un homme pensait encore être invisible.