Chapitre 181
Traduction: Moonkissed
Le soir du lendemain de la publication du message de révélations, le PDG de Newbe Entertainment, Cha Jinwon, appela directement Jin Heeju.
Elle n’avait aucune envie de lui parler, mais, malgré tout, elle était curieuse de savoir ce qu’il allait dire. Elle n’eut donc d’autre choix que d’appuyer sur le bouton Répondre.
Mêlant peur et curiosité, elle inspira profondément une fois, puis décrocha d’une voix tremblante.
« Allô… »
Elle n’avait pas fini ce seul mot que la voix glaciale de Cha Jinwon, celle qui la terrifiait tant, s’éleva à voix basse.
— Jin Heeju, c’est quoi, ce cirque ? Grâce à toi, je viens de comprendre, pour de vrai, ce que ça fait de se prendre un coup dans le dos. Tu joues à quoi, là ?
« Monsieur le PDG… »
— Nous, on s’est dit qu’on allait être “compréhensifs”, qu’on allait t’épargner. On a même résilié ton contrat sans te demander de pénalités. Et ta manière de nous remercier, c’est ça ? Tu balances ce genre de bombe sur notre Blossom ? Tu crois que tu vas marcher en solo après avoir foutu un tel bordel ?
Il ne criait pas. Il ne haussait même pas le ton.
Mais sa manière de parler, calme et infiniment froide, avait ce talent particulier pour étouffer l’air autour de son interlocuteur.
Heeju eut un réflexe de peur, puis se ressaisit. À présent, elle n’était plus sous Newbe Entertainment. Elle avait une nouvelle agence solide derrière elle, et des preuves pour leur faire face.
« Monsieur le PDG, choisissez vos mots. Dans cette situation, il était normal de résilier le contrat sans pénalités. Et la cause de tout ça, ce n’est pas moi, c’est Cha Yeonju. Dire que j’ai “jeté une bombe”, ce n’est pas vraiment honnête, n’est-ce pas ? »
La Heeju de l’époque Blossom, recroquevillée, incapable d’aligner une phrase, avait disparu.
Face à cette réponse si posée, Cha Jinwon sembla hésiter, comme pris de court.
— Quoi ? Hein ?… Ha. Intéressant. Donc tu n’es vraiment pas dans ton état normal. Très bien, allons-y. Je t’écoute. Qu’est-ce que tu veux, au juste ? Qu’est-ce que tu cherches, maintenant ? Quoi, tu as réfléchi et tu te dis que c’est “injuste”, alors tu veux une grosse compensation ?
« …Une compensation ? Ha… Vous êtes vraiment constant, monsieur le PDG. Vous essayez de tout résoudre avec de l’argent. Si vous aviez lu mon message correctement, vous sauriez ce que je veux. »
— Quelle connerie. Tu veux me faire croire que tu as déclenché ce scandale pour obtenir une simple excuse ? Tu crois vraiment que je vais avaler ça ? Tu sais seulement à quel point nos filles prennent cher, là ? Arrête de me faire perdre mon temps et dis juste le fond. Je vais écouter, au moins.
Cette réaction, tellement typique de lui, la rendait à la fois incrédule… et oppressée. Heeju poussa un long soupir avant de répondre.
« Peu importe ce que vous pensez. Moi, je ne veux réellement que ça. Et si j’ai tout révélé, c’est parce que je veux reprendre la musique, même en solo. Voilà. »
— Ha… très bien. D’accord. Si je fais cent pas vers toi, je peux envisager des excuses. Mais si tu continues à parler de “mise à l’écart collective” et de “harcèlement malveillant”, c’est non. Jamais.
« Pardon ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »
— Corrige. Dis plutôt qu’en vivant vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble, il y a eu beaucoup de conflits, que des frustrations se sont accumulées des deux côtés. C’est à cette condition-là que nos filles pourront s’excuser.
À ces mots, Heeju laissa échapper un rire vide, sans joie.
« Donc, en gros, vous préférez mourir plutôt que d’admettre vos torts et de présenter des excuses sincères. Très bien, j’ai compris. Dans ce cas, je pense qu’on n’a plus rien à se dire. Je raccroche. »
Mais Cha Jinwon ne se laissa pas faire.
— Heeju, tu te fais de sacrées illusions. Tu crois qu’on va rester là à regarder ? On va te poursuivre pour diffamation et te réclamer une montagne de dommages et intérêts. Tu penses pouvoir gagner contre une entreprise en procès ? Et entre nous… tu n’as aucune preuve.
Heeju resta muette un instant, sidérée.
Cha Jinwon crut que ce silence venait de la peur, comme s’il venait de la toucher au point sensible.
« Faites-le. Portez plainte. On verra bien qui gagne. Et puis… si, j’ai des preuves. »
Elle le dit sans trembler, mais Cha Jinwon ricana, comme si c’était absurde.
Chez Newbe Entertainment, le contrôle de la vie privée des idols était extrêmement strict. En dehors des périodes de congés, il leur était interdit d’utiliser un téléphone personnel.
Bien sûr, Cha Yeonju faisait exception, sous prétexte qu’elle était la leader.
En réalité, le téléphone que Heeju utilisait actuellement, elle ne l’avait obtenu qu’après son départ.
— Heeju, mentir n’est pas aussi simple que tu le crois. C’est évident : j’ai parlé de procès et tu as paniqué, alors tu dis “j’ai des preuves”. Arrête tes manœuvres. Mets tes conditions au propre et rappelle-moi bientôt. On reparlera à ce moment-là.
Cette fois, Heeju ne répondit même pas. Elle coupa la communication.
Après cela, Cha Jinwon la rappela, et Cha Yeonju ainsi que les autres membres tentèrent aussi de la contacter à plusieurs reprises.
Elle ne prit aucun appel.
Quelques jours plus tard, Newbe Entertainment publia enfin un communiqué officiel, accompagné des déclarations des membres de Blossom. Comme prévu, il n’y avait pas la moindre trace d’aveu ou d’excuses franches.
Le cœur de leur position tenait en une phrase : personne, parmi les membres, n’avait jamais “délibérément” mis Jin Heeju à l’écart ni cherché à la harceler par malveillance.
Ils affirmaient simplement que, comme beaucoup de groupes d’idols, ils vivaient ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre et enchaînaient des emplois du temps étouffants, ce qui avait “naturellement” généré de nombreux conflits.
Et, selon leur récit, non seulement les membres, mais aussi l’entreprise, seraient intervenus activement et pendant longtemps pour résoudre les tensions.
Sauf que… Jin Heeju aurait été “non coopérative”, et c’est pour cette raison qu’un départ aurait été “inévitable”.
En clair, ils niaient totalement l’existence d’un harcèlement unilatéral et retournaient la situation en présentant Heeju comme quelqu’un qui fuyait les conflits et manquait de maturité relationnelle.
Pire encore : Cha Yeonju, la principale instigatrice, ajouta sur ses réseaux un texte d’un faux pathétique écœurant.
« En tant que leader, j’ai été insuffisante. Pendant nos activités, je n’ai pas su comprendre la position de Heeju en profondeur, ni prendre soin d’elle avec assez d’attention.
Pour cela, je voudrais dire à Heeju que je suis désolée.
Cependant, malgré tout, je peux affirmer, la main sur le cœur, que nous ne l’avons jamais harcelée ni mise à l’écart de manière unilatérale.
Au contraire, j’étais opposée à son départ. J’aimais profondément Blossom, et je voulais protéger l’équipe. »
Après avoir lu chaque ligne avec minutie, Heeju se mordit la lèvre jusqu’à en avoir mal… puis esquissa un sourire amer.
Elle savait trop bien quel genre de personnes ils étaient, et elle avait déjà parlé au téléphone avec Cha Jinwon. Le résultat ne la surprenait pas.
Mais le voir écrit noir sur blanc faisait remonter une colère brûlante.
… Ils sont vraiment ignobles. Une excuse sincère… J’ai dit que je ne voulais que ça, et malgré tout, voilà ce qu’ils renvoient.
Elle sentit une rage profonde, mêlée de désespoir. Puis, très vite, elle raffermit sa résolution.
Je voulais éviter d’en arriver à publier les preuves… mais ils ne me laissent pas le choix.
Se forçant à se calmer, elle appela l’ancienne manageuse qui lui avait remis les fichiers. Celle-ci décrocha presque dès la première sonnerie.
— Oui, Heeju ? J’allais justement t’appeler. Ça va ?
« Oui, unnie. Ça va. »
— L’agence ne t’a pas contactée ?
« Si. Le PDG est fidèle à lui-même. Il avait l’air furieux. Mais bon… je n’ai pas commencé en ignorant que ça se passerait comme ça. »
— Pfff… Et des excuses ?
À cette question, Heeju lâcha un petit rire moqueur.
« Des excuses ? On n’en a même pas aperçu l’ombre. »
— Aïe… Mais alors pourquoi tu n’as pas publié l’enregistrement avec ta lettre ?
« Ah, ça… Honnêtement, je ne voulais pas exposer la réalité de façon aussi crue, donc je me suis retenue. Mais après avoir pris l’appel du PDG aujourd’hui… je pense que je dois le publier. Du coup, je voulais te demander une dernière fois si tu es vraiment d’accord, unnie. »
— Évidemment que je suis d’accord. Quand je te l’ai donné, j’avais déjà pesé tout ça et je l’avais décidé. Publie-le sans t’inquiéter. De toute façon, moi aussi, je comptais tout rendre public un jour. Non… tu sais quoi, je le fais à ta place ?
« Non. C’est mon histoire, alors c’est à moi de le faire. C’est aussi pour ça que je t’ai demandé le fichier. En tout cas… merci encore, unnie. »
Heeju termina l’appel avec une expression déterminée, puis envoya un message à Kang Taemin.
[Patron, demain je publierai aussi les preuves. Je vous enverrai tout à l’heure le texte qui accompagnera la publication, alors j’aimerais que vous y jetiez un œil.]
Le lendemain matin, dans un studio où devait se dérouler le tournage de la publicité BBC de Masterpiece, la responsable Jo Songyeon, arrivée tôt, vérifiait déjà mille détails.
Elle essayait de calmer son excitation, mais son cœur faisait tellement de bruit qu’elle avait l’impression qu’il allait bondir hors de sa poitrine.
Ah… je suis tellement impatiente que j’en deviens folle. Ça fait combien de temps que je n’ai pas vu nos garçons en vrai ! Aujourd’hui, je pourrai prendre une photo avec eux, non ?
C’est alors qu’elle aperçut, au loin, Im Yoonhee qui ouvrait la porte et entrait.
« Cheffe d’équipe !! »
Songyeon agita haut la main et trotta jusqu’à elle pour l’accueillir avec une joie débordante.
« Vous êtes venue tôt ! »
« Ouais… Moi, c’est la première fois que je les vois en vrai, tu vois. J’étais tellement nerveuse que j’ai presque pas dormi, et à cinq heures du matin, j’ai fini par me réveiller complètement. Alors je me suis dit que j’allais juste venir tôt, préparer tranquillement. »
Depuis leur “outing” de fans, toutes les deux étaient devenues très proches, presque meilleures amies au bureau, au point que Yoonhee parlait désormais à Songyeon en langage familier.
Yoonhee avait l’air surexcitée, comme si elle était une autre personne par rapport à son attitude posée au travail.
« Ah oui, vous aviez dit que c’était la première fois, hein ? Ça se comprend~ Moi ce n’est pas la première, et pourtant je n’ai pas réussi à dormir non plus. Au fait… aujourd’hui vous êtes vraiment jolie ! Votre make-up est parfait ! »
Comme le disait Songyeon, d’habitude, Yoonhee se contentait d’un maquillage très léger. Mais aujourd’hui, elle était en full make-up.
« Merci~ Je me suis dit que, si je vais les voir, je dois quand même me maquiller. Je suis contente que ça te plaise. »
Yoonhee sourit, timidement, comme une adolescente. Songyeon, qui comprenait ce sentiment mieux que quiconque, lui répondit que c’était très bien et leva le pouce.
« Ce qui est fou, c’est que… même si je bosse dans la pub depuis longtemps, j’ai déjà vu pas mal de célébrités, je pensais que ça ne me ferait rien. Mais aujourd’hui, je suis vraiment trop excitée. »
« Haha, c’est normal. C’est ça, le cœur d’une fan. »
« Tu crois~ ? Depuis l’adolescence, c’est la première fois que je stanne un groupe d’idols, alors je ne pensais pas que ce serait à ce point. »
Avec une excitation joyeuse dans la poitrine, elles continuèrent à discuter en attendant l’arrivée de Masterpiece.