Chapitre 9
Une lumière bleutée perça lentement l'obscurité.
Léo ouvrit les yeux avec difficulté, encore prisonnier de la torpeur du sommeil.
Pendant un bref instant, il ne distingua ni les parois métalliques du fourgon ni les sièges qui l'entouraient.
À la place, une immense cavité souterraine s'étendait devant lui.
Des milliers de cristaux d'une pureté irréelle recouvraient les murs et le plafond, réfléchissant une étrange lueur bleu sombre qui baignait l'ensemble de la grotte dans une atmosphère presque sacrée.
Chaque facette semblait scintiller comme une étoile.
Et, une fois encore, cette sensation familière s'empara de lui.
Cet appel silencieux.
Cette impression inexplicable que cet endroit le connaissait.
Que quelque chose l'y attendait.
Léo porta instinctivement une main vers les cristaux.
Puis cligna des yeux.
La vision s'évanouit.
Le métal froid du véhicule remplaça aussitôt la pierre étincelante.
Le grondement régulier du moteur revint à ses oreilles.
Il se frotta lentement les yeux avant de pousser un discret soupir.
Encore ce rêve, hein ?
À quelques sièges de lui, Howard remarqua immédiatement qu'il venait de se réveiller.
Le vice-capitaine lui adressa un sourire amical.
« Tiens, Léo, tu es réveillé ? »
Le jeune homme tourna lentement la tête dans sa direction.
Sa voix était encore lourde de sommeil.
« Visiblement... »
Howard laissa échapper un léger rire avant de reprendre :
« Ça tombe bien, nous sommes bientôt arrivés. Nous sommes actuellement dans la périphérie de la ville. »
Intrigué malgré lui, Léo se redressa et posa les yeux sur le large écran haute définition qui faisait office de hublot.
La vision qui s'offrit à lui lui coupa presque le souffle.
Le paysage défilait lentement devant le véhicule.
D'immenses bâtiments aux lignes élégantes dominaient l'horizon.
Des structures de verre et de métal semblaient s'entrelacer avec des matériaux inconnus dont les surfaces réfléchissaient la lumière comme si elles étaient vivantes.
Entre les avenues parfaitement entretenues circulaient des véhicules sophistiqués dont il ignorait jusqu'à l'existence.
Partout, des installations étranges mêlaient magie et technologie dans une harmonie presque irréelle.
Comparée à Helmet, cette ville semblait appartenir à un autre monde.
Léo resta silencieux.
Simplement fasciné.
Howard remarqua son émerveillement.
Son sourire s'élargit.
Il prit une inspiration presque cérémonieuse avant de déclarer :
« Cela est peut-être un peu tôt, mais... Léo, bienvenue à Nexoria ! »
Le jeune garçon continua encore quelques instants à observer les merveilles qui défilaient derrière la vitre avant de tourner les yeux vers son guide.
Howard affichait cette expression caractéristique de quelqu'un qui s'apprête à réciter un discours préparé depuis longtemps.
Il n'aurait pas appris son texte par cœur, à tout hasard ?
Sans se laisser démonter, le vice-capitaine poursuivit avec enthousiasme :
« Voici le Nexus de Keredia, l'épicentre de la technologie, de la recherche et des porteurs de magie du pays. »
Son bras désignait successivement différents quartiers tandis que sa voix prenait des accents presque professoraux.
« Toutes les infrastructures ici présentes représentent la pointe de l'Éthérologie, de la Manaforge, de la Maginérie et de bien d'autres disciplines encore ! »
Léo hocha vaguement la tête.
Son regard semblait fixé sur Howard.
Mais son esprit, lui, avait déjà complètement décroché.
Une pensée bien plus inquiétante venait brutalement de s'imposer.
Merde... Comment je vais me débrouiller seul, moi ?
Cette interrogation lui fit l'effet d'un coup de massue.
Jamais il ne s'était arrêté sur une évidence pourtant essentielle.
Chez lui…
Ses parents s'occupaient pratiquement de tout.
En y réfléchissant honnêtement, les seules tâches qu'il accomplissait réellement par lui-même consistaient à ranger sa chambre de temps à autre et à réchauffer quelques plats surgelés.
Le reste…
Il n'avait jamais eu besoin d'y penser.
Son visage se crispa légèrement.
Mais c'est pas possible d'être aussi con ! Pourquoi je n'ai pas pris en compte, ne serait-ce qu'un instant, que je n'ai quasiment jamais rien fait seul de ma vie ?
Pendant ce temps, Howard continuait consciencieusement son exposé.
Il détaillait les centres de recherche, les académies prestigieuses et les prouesses techniques de Nexoria avec un enthousiasme intact.
Puis il finit par remarquer le regard complètement vide de son jeune passager.
Il interrompit son discours.
Croisa les bras.
Et lança d'un ton faussement vexé :
« Eh oh, je te parle quand même de la ville la plus prestigieuse du pays. Tu pourrais faire un effort. »
Léo revint brusquement à la réalité.
Sans vraiment réfléchir, il répondit avec son habituelle franchise :
« Ouais, bah la ville la plus prestigieuse, c'est surtout un nid à problèmes ces dix dernières années, si tu veux mon avis. »
Howard demeura silencieux une seconde.
Puis il esquissa un sourire résigné.
« C'est vrai que je ne peux pas vraiment te contredire. Mais franchement, tu n'as pas grand-chose à craindre. Le plus gros des problèmes de cette ville a été résolu. »
Cependant, avant même d'avoir terminé sa phrase, quelque chose changea dans son expression.
Comme un voile assombri passant brièvement sur son visage.
Ses traits se durcirent.
Son regard se perdit un instant dans le vide.
Léo tenta d'y lire les émotions qui s'y mêlaient.
Était-ce de l'inquiétude ?
De la colère ?
Ou peut-être une peur plus profonde encore ?
Impossible à dire.
Howard retrouva finalement son calme habituel.
Il se tourna vers Léo et conclut d'une voix plus douce :
« Tu n'as plus à t'en faire désormais. »
Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, ces paroles ne réussirent pas à le rassurer.
Au contraire.
Elles laissèrent dans son esprit une étrange sensation, comme si l'homme cherchait autant à se convaincre lui-même qu'à convaincre son interlocuteur.