Chapitre 8
Après l'affrontement qui avait bouleversé tout le village, l'agitation ne retomba pas immédiatement.
Bien au contraire.
À peine la tension dissipée que les habitants d'Helmet se pressèrent autour de Léo comme s'il était devenu, en l'espace de quelques minutes, une véritable célébrité.
Les félicitations fusaient de toutes parts.
Les anciens lui tapaient fièrement sur l'épaule.
Les plus jeunes l'observaient avec des étoiles dans les yeux, racontant déjà à leurs camarades comment ils avaient vu de leurs propres yeux un adolescent tenir tête à un vice-commandant de l'armée gouvernementale.
On le remerciait.
On le complimentait.
On lui souhaitait bonne chance.
Certains allaient même jusqu'à lui demander de ne jamais oublier son village lorsqu'il deviendrait célèbre.
Assailli de toutes parts, Léo ne savait plus où regarder.
Il répondait tantôt par un sourire gêné, tantôt par un signe de tête maladroit, incapable de suivre le flot ininterrompu de paroles qui lui était adressé.
Face à ce chaos organisé, ce furent finalement ses parents qui prirent en charge ses bagages et les transportèrent jusqu'au convoi militaire.
Pendant ce temps, son père s'approcha d'Howard.
L'homme semblait vouloir profiter de ce court instant pour s'assurer que son fils serait entre de bonnes mains.
Il s'inclina légèrement avant de déclarer avec respect :
« Vice-capitaine Howard, je vous remercie d'avance de vous occuper de mon fils durant son voyage vers la capitale. »
Howard sembla sincèrement touché par cette marque de confiance.
Son visage s'adoucit aussitôt tandis qu'il répondait avec toute la courtoisie qui le caractérisait :
« Ce n'est rien, monsieur. C'est mon devoir de guider les jeunes talents afin qu'ils deviennent utiles à l'ensemble du peuple. »
Le père de Léo esquissa un léger sourire.
Puis il ajouta avec une franchise désarmante :
« Tout de même. À vrai dire, je n'aurais pas été aussi rassuré si cela avait été le vice-commandant Marcus. »
Howard suivit instinctivement son regard.
À quelques mètres de là, Marcus était toujours solidement attaché à l'intérieur du fourgon militaire.
Malgré les liens qui l'entravaient, il continuait de tirer dessus avec une obstination presque inquiétante, marmonnant probablement quelques promesses de revanche peu amicales.
Le vice-capitaine ne put retenir un discret sourire.
Il devait bien reconnaître que placer Marcus seul avec Léo pendant deux heures de trajet aurait sans doute été une idée catastrophique.
Lorsque les derniers habitants commencèrent enfin à se disperser, Léo termina de saluer les personnes venues lui dire au revoir.
Son père l'observa quelques instants.
Puis il tourna de nouveau les yeux vers Howard.
Cette fois, son expression avait changé.
Toute plaisanterie avait disparu.
Il ne restait que la sincérité d'un père sur le point de voir son enfant quitter le foyer.
Sa voix se fit plus basse.
Plus fragile.
« S'il vous plaît, prenez soin de mon fils. »
Howard sentit immédiatement tout le poids contenu dans cette simple phrase.
Il inclina doucement la tête avant de répondre avec un sourire apaisant :
« Bien sûr, monsieur. Je ferai de mon mieux. »
Quelques instants plus tard, Léo rejoignit enfin ses parents.
Il s'arrêta devant eux.
Le brouhaha du village semblait soudain très lointain.
Son regard passa lentement de sa mère à son père.
Ses yeux débordaient d'affection, mais également d'une tristesse qu'il ne cherchait plus à cacher.
Il inspira profondément.
Puis souffla d'une voix sincère :
« Vous allez me manquer. »
À peine ces mots prononcés, il s'avança d'un pas et les entoura tous les deux dans une étreinte chaleureuse.
Comme pour graver cet instant dans sa mémoire.
Après quelques secondes passées ainsi, il murmura simplement :
« J'y vais. »
Sa mère resta immobile.
Puis elle finit par enfouir doucement son visage contre l'épaule de son fils avant de resserrer ses bras autour de lui.
Sa voix était bien plus douce qu'à son habitude.
« Tu seras toujours le bienvenu chez toi. »
Un peu en retrait, Howard assistait silencieusement à la scène.
Le départ pouvait encore attendre.
Interrompre un tel moment lui aurait laissé un goût amer.
Rien ne presse, je suppose.
Lorsque les dernières paroles furent échangées et que les étreintes prirent fin, Léo récupéra finalement ses affaires avant de rejoindre le vice-capitaine.
D'un simple signe de tête, il lui indiqua qu'il était prêt.
Ensemble, ils montèrent dans le fourgon.
Léo s'installa près de la portière ouverte.
Une dernière fois, il tourna les yeux vers Helmet.
Les maisons de pierre.
La petite place.
Les visages familiers.
Toute une enfance.
Puis la porte coulissante se referma lentement dans un bruit métallique.
À l'extérieur, les habitants restèrent immobiles tandis que le convoi se remettait en marche.
Personne ne parlait.
Tous regardaient s'éloigner celui qui, depuis des années, aurait dû quitter ce petit village pour suivre sa propre voie.
L'enfant qui avait sans cesse repoussé l'inévitable partait enfin écrire sa propre histoire.
À l'intérieur du véhicule, Léo gardait les yeux fixés sur la vitre.
Son expression demeurait triste.
Les souvenirs défilaient dans son esprit : les rues où il avait grandi, les chamailleries avec les anciens, les entraînements improvisés dans les champs et les voix familières qui avaient rythmé toute sa jeunesse.
Puis, lentement, cette mélancolie laissa place à un léger sourire.
Une nouvelle aventure commençait.
Howard observa discrètement le jeune homme avant de rompre le silence d'une voix calme et solennelle :
« Je comprends que ces adieux soient difficiles, mais désormais tu es destiné au plus haut niveau d'éducation dans la ville la plus prestigieuse qui soit. »
Léo détourna doucement la tête vers lui.
Son sourire était encore timide.
Sa voix presque éteinte.
« Si c'est une tentative de me remonter le moral, c'est gentil. »
Howard lui adressa une nouvelle fois ce sourire tranquille qui semblait ne jamais le quitter.
« Nous serons arrivés dans deux heures. Tu peux te reposer en attendant. »
Le conseil paraissait judicieux.
Léo s'adossa contre son siège.
Il ferma lentement les yeux.
Peu à peu, le roulis régulier du véhicule emporta ses pensées, laissant le temps poursuivre silencieusement sa course vers la capitale.