Chapitre 7
L'homme qui venait de se présenter sous le nom de Howard se tenait désormais au centre de la place, toujours une main posée sur la corde éthérée qui retenait fermement Marcus.
À première vue, il possédait lui aussi une stature impressionnante.
Pourtant, la comparaison avec le vice-commandant s'arrêtait là.
Marcus imposait par sa carrure massive, ses traits durs et cette violence presque palpable qui semblait constamment prête à exploser. Même lorsqu'il demeurait immobile, sa simple présence évoquait un prédateur sur le point de bondir.
Howard, lui, inspirait un tout autre sentiment.
Son maintien était parfaitement droit, presque élégant. Son visage affichait un sourire poli qui aurait pu mettre n'importe qui en confiance.
Mais derrière cette courtoisie se cachait quelque chose de plus inquiétant.
Ses yeux.
Ils étaient froids.
Calculateurs.
Comme ceux d'un homme qui évaluait chaque mouvement de son entourage et qui pouvait, en une fraction de seconde, passer d'un ton affable à une violence méthodique.
Cette retenue rendait son aura encore plus oppressante.
Il n'avait nul besoin d'élever la voix pour rappeler qu'il était dangereux.
Léo, quant à lui, semblait totalement insensible à cette pression.
Toujours armé de son éternel sourire narquois, il tourna la tête vers Howard avant de déclarer avec une désinvolture presque insolente :
« Oh, ce n’est rien, monsieur. Cependant, vous devriez discipliner votre camarade. »
Le sourire de Howard demeura en place.
Seuls ses yeux changèrent imperceptiblement.
Ils devinrent plus froids.
Plus perçants.
Comme s'il cherchait à mesurer la véritable nature du jeune homme qui lui faisait face.
Après un court silence, il répondit calmement :
« Eh bien, je suppose que cela n’aurait pas été bon pour notre réputation s’il s’était déchaîné ici. »
Léo poussa un léger soupir.
L'atmosphère semblait enfin retomber.
Les flammes de Marcus s'étaient dissipées et la foule reprenait peu à peu son souffle.
Le jeune homme se gratta distraitement l'arrière de la tête avant de reprendre :
« Bon, je suppose qu’on va s’en tenir à cela. Du coup, vous en dites quoi ? »
Howard arqua un sourcil.
Son regard demeura prudent.
« Puis-je savoir ce que ce ‘’quoi’’ signifie ? »
Pendant une seconde, Léo sembla sincèrement surpris.
Il fixa le vice-capitaine comme si la réponse était parfaitement évidente.
« Bah, mes résultats, quoi d’autre ? Ce n’était pas censé être un test ? »
Le silence qui suivit fut presque comique.
Howard cligna lentement des yeux.
Puis il porta son poing devant sa bouche et toussa discrètement.
Il venait seulement de réaliser qu'au milieu de cet affrontement démesuré, il avait complètement oublié la raison initiale de leur présence.
Avec cette prise de conscience, toute la tension qu'il dégageait jusque-là sembla s'évaporer.
Son sourire redevint naturel.
« Oh... euh oui, bien sûr. Je crois qu’une évaluation plus poussée n’a pas lieu d’être. Nous pouvons même vous emmener à la capitale dès maintenant si vous le souhaitez. »
Cette proposition prit Léo au dépourvu.
Il détourna aussitôt les yeux vers la foule, cherchant instinctivement le regard de ses parents.
Peut-être espérait-il y trouver un soutien.
Ou simplement une réaction un peu plus… affectueuse.
La réponse arriva.
Et elle fut particulièrement brutale.
Une lourde valise traversa les airs avant de venir s'écraser directement sur le sommet de son crâne dans un bruit sourd.
Le choc lui arracha une grimace tandis que ses affaires se répandaient presque hors du bagage.
Au même moment, sa mère fendait la foule à grandes enjambées.
Son visage rayonnait d'une joie débordante.
Son bras tournoyer frénétiquement comme si un événement historique se déroulait devant ces yeux.
« Enfin ! Mon fils va partir pour la capitale, se faire éduquer et gagner un max de sous ! »
Léo resta immobile.
Complètement abasourdi.
Derrière elle, son père observait la scène avec un mélange de gêne et de résignation.
Il se gratta discrètement la joue avant de souffler d'une voix calme :
« Chérie, tu pourrais y mettre les formes, tu sais... »
Autour d'eux, plusieurs habitants hochèrent silencieusement la tête.
Même ceux qui connaissaient depuis longtemps le caractère explosif de la mère de Léo semblaient trouver sa réaction un peu… expéditive.
Le jeune homme, lui, contemplait ses parents avec un profond désespoir.
Une seule pensée tournait dans son esprit.
À quel point leur estime de moi est-elle basse ?
À côté de lui, Howard suivit la scène quelques instants sans rien dire.
Puis il tourna lentement la tête vers Léo.
Avec une compassion presque sincère, il posa une main sur son épaule.
« Être vendu et exploité par tes parents... Je compatis, mon garçon. »
Cette fois, c'en était trop.
Léo repoussa immédiatement cette vague de pitié.
Son visage se crispa tandis qu'il protestait avec vigueur :
« Qui a dit que j’avais été vendu ? Je refuse que vous me preniez en pitié ! »