Chapitre 52
Léo s'attendait à voir Soren déployer sa forme ascendante.
Après tout, Orion venait de survivre à un premier assaut et possédait un pouvoir que même Gabriel semblait prendre au sérieux.
Pourtant, contre toute attente, l'éclat azuré qui avait brièvement envahi les yeux de Soren s'évanouit. Leur couleur reprit son brun terne habituel, comme si cette démonstration de puissance n'avait été qu'un simple avertissement.
Sans même tourner la tête vers Marion, il déclara d'une voix calme, presque désinvolte :
« J’y vais en premier on échange après. »
À peine ces mots prononcés, le sol éclata sous ses pieds.
Son corps disparut dans une violente détonation, laissant derrière lui une onde de choc qui fit vibrer la barrière dressée par Gabriel.
En un battement de cœur, il fondait déjà sur Orion.
Ce dernier eut tout juste le temps d'esquiver un premier coup de pied.
L'attaque manqua sa cible de quelques centimètres seulement, mais la violence de l'impact suffit à fissurer la gigantesque barrière violacée qui les entourait. Les craquelures lumineuses serpentèrent quelques instants à sa surface avant de se résorber aussitôt, comme si l'ouvrage refusait obstinément d'être détruit.
Orion n'eut cependant pas le temps de savourer cette esquive.
Le second coup arriva immédiatement.
Plus rapide.
Plus précis.
Le pied de Soren transperça son abdomen avec une brutalité effroyable.
Un jet de sang écarlate éclaboussa le sol tandis qu'un cri de douleur déchirait l'air.
Le commandant resta suspendu un bref instant autour de la jambe de son adversaire, avant de s'en dégager d'un mouvement brutal.
À peine avait-il repris quelques mètres de distance que la plaie béante se referma sous leurs yeux.
Les chairs se reformèrent.
Le sang reflua.
Sa peau retrouva son état d'origine, comme si cette blessure n'avait jamais existé.
Soren l'observa avec un profond mépris.
« T’es toujours un punching-ball de choix, hein ? Sale lâche. »
Orion leva doucement les mains en signe d'impuissance, un sourire amusé étirant les commissures de ses lèvres.
Ses yeux serpentins ne quittaient pas Soren.
« On fait avec les cartes qu’on a en main, je te ferai savoir. »
Le regard de Soren se glaça.
L'air lui-même semblait devenir plus lourd sous la pression de sa colère.
« Alors si je faisais avec les cartes que j’ai en main, devrais-je anéantir le gouvernement ? »
Le sourire d'Orion vacilla à peine.
Il laissa échapper un léger rire.
« Ça serait légèrement problématique. »
Cette réponse suffit à raviver la fureur de Soren.
Il disparut de nouveau.
Cette fois, il ne cherchait plus seulement à vaincre son adversaire.
Il voulait le faire souffrir.
Les coups s'enchaînèrent avec une violence terrifiante.
Parfois d'une précision chirurgicale, visant le cœur, la gorge ou les articulations avec une maîtrise effrayante.
Puis, l'instant d'après, ils devenaient totalement sauvages.
Des coups de genou pulvérisaient des côtes.
Ses mains lacéraient la chair.
Ses doigts s'enfonçaient dans les blessures encore ouvertes avant d'en arracher des morceaux de chair.
Chaque attaque semblait dictée par une haine profondément enfouie.
Pourtant, malgré ce déchaînement de violence, Orion continuait inlassablement de se régénérer.
Encore.
Et encore.
Léo observait la scène, incapable de détourner les yeux.
Jamais il n'avait vu Soren se battre de cette manière.
Durant leurs entraînements, son professeur incarnait toujours le sommet de la technique.
Chacun de ses gestes semblait parfait.
Chaque mouvement était optimisé.
Chaque coup possédait une raison d'être.
Il donnait l'impression de maîtriser absolument tous les styles de combat existants.
Mais l'homme qui se trouvait devant lui n'avait plus rien de ce maître méthodique.
À plusieurs reprises, il ressemblait davantage à une bête enragée qu'à un combattant.
Il lacérait.
Arrachait.
Fracassait.
Comme si seule la souffrance d'Orion comptait encore.
Puis une pensée traversa soudainement l'esprit de Léo.
Oui... il peut copier les techniques...
Cette sauvagerie ne vient sûrement pas de lui.
Sans quitter l'affrontement des yeux, Léo et Zoé s'approchèrent lentement de Gabriel.
Le directeur observait le massacre avec son calme habituel, les mains tranquillement glissées dans les poches de son manteau.
Comme si tout cela ne constituait qu'une formalité.
En remarquant leur présence, il esquissa un léger sourire.
« Tiens donc, vous voilà, mes élèves. Navré, mais notre rendez-vous devra être retardé. »
Son ton demeurait aussi nonchalant qu'à l'accoutumée.
Léo hocha simplement la tête.
« Ce n’est rien. J’aimerais simplement savoir quel est le pouvoir d’Orion ? »
Gabriel continua d'observer le combat sans même leur accorder un regard.
Son attention semblait entièrement tournée vers les deux hommes enfermés dans la barrière.
« Oh... à ce propos... eh bien, on peut dire qu'Orion possède la capacité de manipuler à l'extrême tout concept qu'il considère comme lui appartenant. »
Le souffle de Léo se coupa.
Un frisson parcourut son dos.
C'est complètement absurde...
Un pouvoir pareil est monstrueux...
Et malgré cela...
Soren était en train de le massacrer.
Comme s'il n'était qu'un simple sac de frappe.
Gabriel laissa échapper un léger souffle amusé.
« D'ailleurs... tu vas très vite comprendre d'où vient son surnom de Légion. »
À peine ces mots furent-ils prononcés que quelque chose changea.
L'air devint soudainement plus lourd.
L'espace sembla se plier sur lui-même.
Le sol vibra.
Même la lumière parut vaciller durant une fraction de seconde.
Puis le monde entier sembla se tordre sous l'effet d'une force tyrannique.