Chapitre 51
À peine les deux groupes se firent-ils face que Marion inclina légèrement la tête, fidèle à son sang-froid habituel.
Son visage demeurait impassible, mais son regard ne quittait pas Orion un seul instant.
« Nous sommes heureux de vous revoir messire Orion, mais sauf votre respect nous avons à faire. »
Sans attendre de réponse, elle reprit sa marche.
Le reste du groupe l'imita, espérant simplement contourner cette rencontre aussi imprévue qu'indésirable.
Mais Orion esquissa un sourire amusé.
« Tu ne me demande pas ce que je fais ici, Marion ? »
La jeune femme s'immobilisa.
Un très léger soupir lui échappa, presque imperceptible.
Elle savait pertinemment qu'il n'abandonnerait pas avant d'avoir obtenu ce qu'il voulait.
Elle finit donc par répondre d'une voix toujours aussi froide.
« Que faites-vous accompagné de vos homme messire Orion ? »
Le commandant afficha un sourire plus large encore.
On aurait dit qu'il savourait chaque seconde de cette conversation.
Son ton devint volontairement désagréable.
« E bien je suis ici car nos cher commandant et vice commandant de la troisième division, on dis-pa-rut. »
Soren releva aussitôt la tête.
Pour la première fois depuis leur arrivée, son expression changea.
Une véritable surprise traversa son visage.
« Howard à disparut ? »
Orion commença alors à tourner lentement autour du petit groupe.
Comme un prédateur observant tranquillement ses proies.
« E oui visiblement ce bon à rien n’est même pas foutu de faire un simple travail d’enquête. »
Le sourire de Soren disparut.
Sa main se referma lentement.
Ses phalanges blanchirent sous la force avec laquelle il serrer le poing.
Il se retenait.
À grand-peine.
Marion, elle, continua de fixer le sol devant elle.
Sa voix demeurait parfaitement neutre.
« Cela est regrettable mais nous sommes occupées si voulez bien nous laisser. »
Orion s'arrêta finalement.
Juste devant Léo.
Il l'observa longuement.
Comme s'il détaillait une œuvre d'art.
Ou une curiosité.
« O, ce petit il me fait penser à quelqu’un… »
Puis un sourire malsain déforma lentement son visage.
« Ah, tu es l’élève de Marion n’est-ce pas, tu ressembles trait pour trait à l’ancien modèle. »
Léo fronça les sourcils.
Il n'aimait déjà pas cet homme.
Mais la suite acheva définitivement toute possibilité de sympathie.
« J’espère que vous ne nous avez pas encore ramené une espèce de démon cette fois. »
À ces mots, l'air sembla devenir plus lourd.
Léo sentit immédiatement que quelque chose venait d'être franchi.
Soren et Marion demeuraient immobiles...
Mais une tension monstrueuse émanait désormais d'eux.
Léo soutint sans hésiter le regard serpentin d'Orion.
« A qui tu parles comme ça petite merde ? »
Le commandant éclata presque de rire.
Ses yeux reptiliens détaillèrent le jeune homme avec intérêt.
« Un caractère bien trempé, au moins tu n’es pas une copie conforme. »
À côté de lui, Zoé serrait discrètement les poings.
Son irritation était devenue parfaitement visible.
Orion poursuivit comme si personne ne l'avait interrompu.
Il tourna lentement la tête vers Marion et Soren.
« C’est vrai que vous avez l’habitude de créer des monstres pas vrais ? »
Son sourire s'élargit encore.
« J’espère que ce pauvre petit ne finira pas comme la dernière. »
Cette fois...
Quelque chose changea dans le regard de Marion.
Ses yeux d'obsidienne semblaient désormais déborder d'une haine froide.
Une haine si intense qu'elle aurait pu faire vaciller les combattants les plus aguerris.
Sa voix devint glaciale.
« Orion tu ferais mieux de fermer t’a grande gueule si tu ne veux pas finir infirme pour le restant de tes jours. »
L'intéressé leva aussitôt les deux mains devant lui avec un faux air d'innocence.
Comme s'il cherchait à calmer un animal devenu dangereux.
« Pardon excuse moi je ne voudrais pas que, la prof et accessoirement, la grande sœur de la sorcière de sang s’attaque à moi. »
Le silence dura...
Une fraction de seconde.
Puis
Une main surgit brutalement.
Elle agrippa la tête d'Orion avant que quiconque n'ait le temps de réagir.
Son crâne fut violemment écrasé contre le sol.
Le dallage se fissura sous l'impact.
L'onde de choc fit trembler les alentours.
Soren.
Son visage n'exprimait plus la moindre émotion.
Seulement une colère pure.
Une colère que Léo n'avait encore jamais vue chez lui.
Sa voix résonna, froide.
« T’aurais pu rester en vie si t’avais pas parler de Lucie comme ça, petite merde. »
Malgré le sang qui commençait à couler sur son visage, Orion conservait un sourire provocateur.
Il tourna difficilement la tête vers Marion.
« Eh bien que fait donc la gardienne de Virelune dans cette situation, un membre de l’armée se fait agresser par un individu sans aucune affiliation… Comme c’est dérisoire. »
Soren ne répondit même pas.
Il saisit une nouvelle fois sa tête.
Et la fracassa encore contre le sol.
Puis encore.
Et encore.
Chaque impact résonnait dans tout le hall.
Orion éclata pourtant d'un rire rauque.
« Alors qu’attends-tu ? »
Avant que Marion ne puisse intervenir, une voix calme s'éleva derrière eux.
« C’est dommage mais la gardienne est actuellement en congé… Et j’engage actuellement Soren comme mercenaire chargé de la protection de cet endroit. »
Tous se tournèrent.
Gabriel venait d'apparaître.
Son allure demeurait aussi élégante qu'à l'accoutumée.
Son regard violet ne quittait pas Orion.
Ce dernier le fixa avec une expression mêlant surprise et indignation.
« Le gouvernement m’a appelé afin de vous aider et c’est ainsi que vous nous remerciez ? »
Les yeux violets du directeur se firent plus froids encore.
« Je n’ai jamais demandé l’aide du gouvernement. »
Il leva simplement deux doigts.
Aussitôt, une immense barrière translucide aux reflets violacés s'éleva autour des combattants.
La lumière qu'elle diffusait baignait la cour d'une étrange lueur crépusculaire.
Lorsque le mur d'énergie se referma complètement, trois personnes seulement demeuraient enfermées à l'intérieur.
Marion.
Soren.
Et Orion.
Gabriel observa calmement la scène.
« Vous avez carte blanche, j’en prend la responsabilité. »
Un léger sourire apparut sur le visage de Soren.
« Merci Gab. »
À peine ces mots prononcés...
Ses yeux changèrent.
Le marron terne disparut.
Deux iris d'un bleu azur éclatant prirent sa place.
Une puissance terrifiante explosa instantanément.
Sans le moindre mouvement visible, Orion fut projeté à l'autre extrémité de la barrière.
Son corps traversa plusieurs dizaines de mètres avant de s'écraser violemment contre le mur de lumière.
Le choc fit vibrer toute la structure.
Léo resta figé.
Il venait de comprendre une chose.
Depuis le début...
Il n'avait jamais vu Soren combattre sous sa forme ascendante.
Parce qu'il n'en avait simplement jamais eu besoin.
En face, Orion se releva lentement.
Ses cheveux, autrefois d'un vert sale rappelant des algues en décomposition, avaient pris une teinte beaucoup plus vive.
Ses yeux serpentins brillaient désormais d'un vert clair surnaturel.
Il avait activé sa forme ascendante.
Sans elle...
Il serait probablement mort à l'instant même où Soren l'avait frappé.
Soren s'avança lentement.
Chaque pas semblait alourdir l'atmosphère.
Sa voix, elle, était devenue étrangement calme.
Ce calme qui précède les plus grandes tempêtes.
« J’espère que t’es pouvoir de régénération, son toujours au top, parce que je vais te faire souffrir, jusqu’à ce que tu me demande de t’achever. »