Chapitre 46
Howard maintenait Barns plaqué contre le sol.
Son pied ne tremblait pas.
Pourtant, il savait parfaitement que cette situation ne durerait pas.
Sous sa forme ascendante, il possédait momentanément l'avantage.
Mais seulement momentanément.
Si le vieux commandant décidait, lui aussi, de libérer toute sa puissance...
L'issue du combat changerait instantanément.
Howard serra les dents avant de relever les yeux vers Aaron.
Sa voix résonna dans la salle.
Cette fois, il ne donnait aucun ordre.
Il demandait de l'aide.
« N’auriez-vous pas un moyen pour restreindre le pouvoir de ce vieil homme ? »
Aaron réfléchit à peine.
Il tourna simplement la tête vers les employés encore occupés à rassurer les enfants.
« Dans la réserve... les Chaînes du Chaos. »
Le temps sembla ralentir.
Howard resta figé une fraction de seconde.
Les...
Chaînes du Chaos ?
Ce nom fit immédiatement surgir une multitude de souvenirs dans son esprit.
Le terme ‘‘Chaos’’ n'avait rien d'inhabituel.
Les artisans démoniaques utilisaient fréquemment cette appellation pour désigner leurs créations.
Mais...
Un artefact capable de contenir la puissance d'un commandant ?
C'était une tout autre histoire.
Depuis la Guerre Impie, les démoniaques avaient perdu une immense partie de leur savoir.
Plus personne, à sa connaissance, n'était capable de fabriquer une telle relique.
Alors...
Qui ?
Une silhouette historique s'imposa soudain dans son esprit.
Le Forgeron Céleste.
Howard sentit son cœur manquer un battement.
Impossible...
À moins que...
Le héros de guerre entretenait-il un lien avec les démoniaques ?
Pourquoi l'homme qui avait participé à la création de Keredia aurait-il offert ses créations aux porteurs du Chaos ?
Était-il leur allié ?
Leur protecteur ?
Ou bien...
L'histoire officielle cachait-elle une partie de la vérité ?
Les questions s'enchaînèrent sans qu'aucune réponse ne vienne les apaiser.
Mais Howard n'eut pas le temps d'y réfléchir davantage.
Quelque chose venait de changer.
Une pression écrasante envahit brutalement la pièce.
Bien plus intense que quelques instants auparavant.
Son origine était évidente.
Barns.
Le vieux commandant souriait désormais d'un air presque dément.
Le mana tourbillonnait autour de lui avec une violence inouïe.
Howard comprit immédiatement.
« Ce vieux fou... »
Son visage pâlit.
« Il ne va quand même pas... »
Les dalles du sol commencèrent à se fissurer.
L'air vibrait sous l'accumulation monstrueuse de mana.
Il ne s'agissait plus d'une simple forme ascendante.
Barns cherchait à aller plus loin.
À franchir une nouvelle limite.
La transcendance.
Une puissance que très peu d'individus pouvaient seulement espérer atteindre.
Même Howard sentit ses jambes vaciller.
Maintenir Barns devenait presque impossible.
À plusieurs kilomètres à la ronde, cette volonté tyrannique se faisait ressentir.
Au loin, plusieurs oiseaux s’envolèrent brusquement des arbres environnants.
Et un groupe d’homme se retournèrent vers l’origine de cette force.
Les enfants furent les premiers à en subir les conséquences.
Les plus jeunes s'effondrèrent les uns après les autres, incapables de supporter cette pression inhumaine.
Les éducateurs eux-mêmes peinaient à rester debout.
Puis...
Quelque chose interrompit brutalement cette ascension.
Aaron.
Et ses employés.
Tous levèrent simultanément leurs mains.
Une étrange énergie parcourut la salle.
Le mana qui convergeait vers Barns changea soudain de trajectoire.
Au lieu de pénétrer dans son corps...
Il était aspiré.
Dévoré.
Comme si l'air lui-même refusait désormais de nourrir sa transformation.
La montée en puissance du commandant ralentit.
Puis s'arrêta complètement.
Barns rugit de frustration.
Profitant de cet instant de faiblesse, plusieurs hommes se jetèrent sur lui.
Malgré sa force monstrueuse, ils réussirent à immobiliser chacun de ses membres.
Quelques secondes plus tard...
L'employé parti dans la réserve revint en courant.
Dans ses mains reposaient plusieurs chaînes d'un noir absolu.
Un noir si profond qu'il semblait absorber la lumière.
Howard les reconnut immédiatement.
Le matériau était identique.
Le même que celui de la célèbre Dague du Chaos dont tout Virelune parlait depuis plusieurs semaines.
Aaron récupéra calmement les chaînes.
Sans prononcer un mot, il les referma autour des poignets et des chevilles du commandant.
Au contact du métal...
Le mana de Barns s'évanouit presque instantanément.
Son aura disparu.
Le silence retomba.
L'air redevint enfin respirable.
Howard expira profondément.
Ses épaules s'affaissèrent sous le contrecoup de l'effort.
Par simple précaution, il s'approcha ensuite de son supérieur...
...et lui plaça un bâillon.
Barns protesta immédiatement.
Enfin...
Essaya.
Seuls quelques grognements furieux sortirent de sa bouche.
Howard poussa un profond soupir.
Puis secoua lentement la tête.
« Tel père, tel fils... Vous ne pouvez donc jamais vous empêcher de vous déchaîner ? »
Son ton était las.
Comme s'il revivait une scène déjà vue un nombre incalculable de fois.
Aaron observa quelques instants le commandant désormais réduit au silence.
Puis son sourire bienveillant réapparut.
Comme si rien de tout cela ne s'était produit.
Il ajusta tranquillement les manches de sa veste avant de regarder Howard.
« Bien... »
Il marqua une courte pause.
« Je suppose que nous pouvons discuter désormais. »