Chapitre 45
La tension était devenue insoutenable.
Chaque respiration semblait plus lourde que la précédente.
Les enfants s'étaient réfugiés derrière les éducateurs, incapables de comprendre pourquoi deux inconnus semblaient sur le point de transformer leur refuge en champ de bataille.
Malgré tout...
Aaron tenta une dernière fois d'éviter l'inévitable.
Sa voix demeurait calme.
Étrangement calme.
« J’espère que vous ne saccagerais pas les lieux, si vous blessez les enfants je crois que je risquerais de perdre mon calme. »
Barns répondit sans la moindre hésitation.
« Ferme la démoniaque de merde. »
Ce furent les derniers mots échangés.
L'instant suivant...
Les deux hommes disparurent.
Le sol éclata sous la violence de leur impulsion.
En une fraction de seconde, ils s'élancèrent l'un vers l'autre avec une seule intention.
Abattre leur adversaire.
Le choc fut cataclysmique.
Une onde de pression balaya l'intégralité de l'orphelinat.
Les vitres vibrèrent.
Les murs tremblèrent.
Le vacarme de l'impact résonna comme un coup de tonnerre enfermé entre quatre murs.
Les éducateurs se jetèrent instinctivement sur les enfants afin de protéger leurs corps des projections.
Une épaisse poussière recouvrit aussitôt la salle.
On n'y voyait plus rien.
Seuls quelques éclats de lumière traversaient encore ce nuage grisâtre.
Les personnes présentes se couvrirent le visage.
La poussière brûlait les yeux.
L'air devenait difficile à respirer.
Puis...
Le fracas cessa.
Le silence retomba brutalement.
Le voile de poussière commença lentement à se dissiper.
Une silhouette apparut.
Puis une deuxième.
Et enfin...
Une troisième.
Les deux combattants étaient immobilisés.
Retenus chacun par une main.
Entre eux se tenait Howard.
Ses cheveux avaient changé.
Le blond habituel avait disparu.
À sa place coulait une chevelure semblable à de l'or liquide, traversée de fines nuances argentées qui scintillaient sous la lumière.
Son corps tout entier semblait rayonner d'une puissance contenue.
Sa forme ascendante.
Ses deux mains retenaient les poings des deux monstres.
Pourtant...
Sa peau était déjà gravement brûlée.
La force des deux combattant avaient laissé des traces profondes.
L'odeur de chair brûlée flottait encore dans l'air.
Malgré cela...
Howard ne tremblait pas.
Il regarda successivement les deux hommes.
Sa voix demeurait parfaitement posée.
« Messieurs, si vous ne vous arrêter pas de vous-même je serai contraint d’intervenir également. »
Aaron observa longuement Howard.
Son regard, jusque-là indifférent, se fit plus attentif.
Plus curieux.
« Vous ne partagez pas les même idéo que ce commandant ? Eh bien vous m’en voyer navré, j’ai comme l’impression qu’il n’écouteras pas… »
Howard sentit la pression monstrueuse des deux hommes peser sur ses bras.
Chaque seconde devenait plus douloureuse.
Ses muscles criaient.
Ses mains brûlaient.
Pourtant il ne relâcha pas son emprise.
Il tourna lentement la tête vers Barns.
« Je connais votre rancœur pour les démoniaques, mais nous avons besoin d’informations, je vous prie de calmer vos ardeurs. »
Le visage du commandant se déforma sous la colère.
Ses veines saillaient sur son front.
Son regard était devenu celui d'un prédateur.
« Sale gosse ! Pour qui tu te prends pour me donner des ordres ? Ces salauds doivent payer ! »
Aaron poussa un profond soupir.
Une véritable lassitude se lisait désormais sur son visage.
« Comme je vous l’avais dit il n’a pas l’air ouvert à la discussion… »
Howard ferma lentement les yeux.
Puis...
Quelque chose changea.
Son aura.
Elle devint méconnaissable.
La bienveillance habituelle du vice-capitaine disparut entièrement.
À sa place...
Ne subsistait qu'un vétéran.
Un homme dont chaque geste semblait avoir été façonné par des années de guerre.
Une présence glaciale.
Disciplinée.
Écrasante.
Les éducateurs retinrent inconsciemment leur souffle.
Howard rouvrit les yeux.
Ils étaient d'une froideur terrifiante.
« Il me semble vous avoir dit quelque chose vieux débris. »
Barns éclata d'un rire mauvais.
« Répète un peu pour voi— »
Il n'eut jamais le temps d'achever sa phrase.
Howard disparut.
Un coup de pied fulgurant s'écrasa contre la mâchoire du commandant.
L'impact fut si violent que Barns fut arraché au sol comme une simple poupée de chiffon.
Son corps traversa plusieurs mètres dans les airs.
Mais avant même qu'il ne touche le sol...
Howard était déjà arrivé.
Il avait parfaitement anticipé sa trajectoire.
Son pied s'abattit de nouveau.
Cette fois directement sur le torse du vieux commandant.
Le sol explosa sous la violence de l'impact.
Barns fut plaqué contre les dalles fissurées.
Chaque tentative pour se relever fut immédiatement écrasée sous le poids du vice-capitaine.
Howard le dominait désormais.
Son regard ne contenait plus la moindre trace d'hésitation.
Seulement une autorité froide.
Implacable.
« Vieille irresponsable... »
Il appuya légèrement davantage son pied contre la poitrine de son supérieur.
Le béton se fendilla encore un peu plus.
« Il faudrait songer à la retraite. »