Chapitre 40
Au premier regard, Soren comprit immédiatement ce que Léo était en train de tenter.
L'énergie qui parcourait son corps n'était plus simplement instable.
Elle cherchait à franchir une nouvelle limite.
Une limite que son organisme n'était pas encore capable de supporter.
Sans quitter le jeune homme des yeux, il déclara calmement :
« Tu essaie d’atteindre le deuxième stade de ton déchainement c’est ça ? »
Léo n'accorda même pas un regard à son adversaire.
Tout son esprit était concentré sur une seule chose.
Maintenir cet équilibre impossible.
Chaque seconde, il sentait son corps se fissurer davantage sous l'afflux monstrueux de mana.
Ses muscles tremblaient.
Ses os semblaient se comprimer.
Même sa respiration devenait douloureuse.
Pourtant, il continuait.
Soren reprit, toujours aussi posé.
« Actuellement tu ne peux pas maitrisée complétement la deuxième phase de ton déchainement, par conséquent même si tu le stabilise tu n’auras pas accès à la nouvelle capacité offerte par cette percée t’est au courant ? »
Cette fois, Léo finit par répondre.
Sa voix était déformée par la souffrance.
Chaque mot semblait lui arracher un peu plus d'énergie.
« J’ai pas besoin d’un putain de nouveau pouvoir… Je vais me contenter de la puissance brute apporter par cette semis maitrise et c’est tout ! »
À peine sa phrase terminée...
Une explosion de lumière engloutit toute la salle.
Le sol vibra.
L'air se déchira sous la pression.
Zoé porta instinctivement une main devant ses yeux.
L'intensité de l'éclat l'aveugla durant un bref instant.
Lorsqu'elle rouvrit enfin les paupières...
Son souffle se coupa.
Léo avait disparu.
Ou plutôt...
Il se trouvait déjà devant Soren.
Il avait traversé toute la salle en une fraction de seconde.
Son poing s'écrasa contre la barrière invisible.
Cette fois...
Le bouclier céda.
Un trou béant venait d'y être percé.
Sans perdre un instant, Léo glissa ses doigts dans cette ouverture.
Ses muscles se contractèrent.
Dans un grondement métallique, il écarta violemment les deux côtés de la barrière.
Il venait littéralement de la déchirer.
Même Soren ne put cacher sa surprise.
Ses yeux s'ouvrirent légèrement.
Cette prouesse dépassait largement ce que Léo était censé être capable d'accomplir.
Même en tenant compte du gain de puissance colossal procuré par ce demi-déchaînement ascendant.
Mais son étonnement ne dura qu'un instant.
Son regard parcourut rapidement le corps de son adversaire.
Puis tout s'assembla.
La réponse lui apparut avec une évidence désarmante.
Il sourit.
« Petit voleur, j’ai compris ces flammes ne sont pas de toi, cette vitesse c’est celle de Zoé, et tu viens espacer ma barrière avec mon propre pouvoir. »
Léo demeura silencieux.
Sa respiration était lourde.
Chaque seconde passée dans cet état rapprochait son corps de la rupture.
Après un court silence, un sourire plus sombre encore étira les lèvres de Soren.
« Amusant sale gosse. »
À cet instant...
Un frisson parcourut toute l'échine de Léo.
Son instinct.
Quelque chose en lui hurlait.
Le danger.
Sans réfléchir, il concentra toute sa puissance dans une frappe capable de pulvériser un immeuble.
Son poing fendit l'air.
Mais avant même que l'impact n'ait lieu...
Soren leva simplement la main.
Il arrêta le coup à mains nues.
Comme s'il venait d'attraper une balle lancée par un enfant.
Le silence qui suivit fut presque plus violent que le choc lui-même.
Puis Soren sourit.
« Aller je vais te faire danser. »
Sans relâcher le poing de Léo, il pivota légèrement.
Son pied s'enfonça brutalement dans les abdominaux du jeune homme.
L'impact fut si violent que tout l'air quitta immédiatement les poumons de Léo.
Ses yeux s'écarquillèrent.
Son corps se plia sous la douleur.
Pendant une fraction de seconde, il sentit sa conscience vaciller.
Il refusa pourtant de céder.
Rassemblant les quelques forces qui lui restaient, il arma un uppercut.
Toute sa puissance y était concentrée.
Mais une nouvelle fois...
Il frappa le vide.
Soren avait disparu de sa trajectoire.
Avant même que Léo ne comprenne ce qui venait de se passer...
Un poing jaillit sous son menton.
Exactement le même mouvement.
Le même angle.
La même exécution.
L'uppercut qu'il venait lui-même de tenter.
Le choc projeta sa tête en arrière.
Complètement désorienté, il fixa Soren avec effroi.
Celui-ci répondit simplement :
« Si tu peux copier les pouvoirs, moi c’est les techniques. »
Le combat reprit aussitôt.
Ou plutôt...
La correction continua.
Léo enchaînait les frappes.
Crochets.
Directs.
Chaque attaque possédait une puissance monstrueuse.
Parfois, il parvenait même à toucher Soren.
Mais cela ne produisait absolument aucun effet.
Comme si son adversaire possédait une résistance dépassant toute logique.
À l'inverse...
Chaque riposte de Soren frappait juste.
Sans brutalité excessive.
Sans colère.
Avec une précision chirurgicale.
Comme un professeur corrigeant inlassablement les erreurs de son élève.
Il s’aperçut très vite que les techniques de Soren sont juste parfaites, ne laissant pas la place à quelconque marge d’erreurs.
Il maitrisée tout à la perfection.
Il est l’apogée des techniques de combat dans ce monde.
Léo ne comprenait plus.
Il surchargeait son organisme avec trois pouvoirs différents.
Il consumait son propre corps.
Repoussait chacune de ses limites.
Et malgré cela...
Il était incapable d'obtenir le moindre résultat.
Cette incompréhension grandit.
Encore.
Et encore.
Jusqu'à devenir une rage profonde.
Une colère presque animale.
Pourquoi ?
Pourquoi un tel écart ?
Pourquoi toute cette puissance ne suffisait-elle toujours pas ?
Sa respiration s'accéléra.
Son cœur battait à tout rompre.
Pourtant...
Une sensation étrange commença à l'envahir.
Son corps.
Il semblait devenir de plus en plus léger.
Comme si son poids disparaissait progressivement.
Mais en même temps sa rage grandissait.
Comme si sa colère n’était plus entièrement la sienne.
Comme si quelque chose nourrissait cette rage.
Comme si quelque chose d'autre prenait lentement le contrôle.
Au milieu du vacarme du combat...
Un murmure.
À peine perceptible.
Puis un second.
Chaque instant le rendait un peu plus distinct.
Comme une voix oubliée...
Qui cherchait désespérément à être entendue.