Chapitre 41
Le combat s'interrompit brusquement.
Pour la première fois depuis le début de l'affrontement, Léo cessa toute offensive.
Autour de lui, le torrent de couleurs continuait de tourbillonner, illuminant l'immense salle d'entraînement d'éclats semblables à ceux d'un ciel étoilé.
L'énergie était toujours là.
Immense.
Écrasante.
Pourtant...
Quelque chose avait changé.
À bonne distance, Zoé suivait encore les échanges grâce à sa bénédiction.
De fins éclairs jaunes parcouraient ses pupilles, accélérant sa perception afin de lui permettre d'observer un combat bien trop rapide pour des réflexes ordinaires.
Depuis plusieurs minutes déjà, les deux combattants évoluaient à une vitesse qui dépassait largement ce qu'elle pouvait naturellement suivre.
Mais désormais...
Ce n'était plus leur vitesse qui attirait son attention.
C'était Léo.
Elle fronça légèrement les sourcils.
Quelque chose clochait.
Son attitude.
Sa posture.
Sa respiration.
Tout semblait différent.
Il va bien au moins ?
En face de lui, Soren ne semblait pas encore s'inquiéter.
Au contraire.
Un sourire amusé étira une nouvelle fois ses lèvres.
« Déjà fatiguer ? Je pourrais faire ça toute la journée… »
Aucune réponse.
Quelques secondes passèrent.
Puis...
Léo rouvrit lentement les yeux.
Son corps se redressa complètement.
Le changement était saisissant.
Son regard.
Vide.
Dépourvu de la moindre émotion.
Les innombrables couleurs qui s'agitaient quelques instants plus tôt autour de lui cessèrent brutalement de tourbillonner.
Toute cette puissance semblait désormais parfaitement contenue.
Canalisée.
Domptée.
L'atmosphère entière venait de changer.
Quelques instants auparavant, son mana ressemblait à un tsunami prêt à engloutir le monde.
À présent...
Il évoquait un lac parfaitement immobile.
Pas une vague.
Pas une ondulation.
Un calme si absolu qu'il en devenait inquiétant.
Zoé sentit un frisson lui parcourir le dos.
Elle tourna instinctivement la tête vers Soren, comme si son frère détenait une explication.
Celui-ci observait lui aussi la scène.
Il finit par pousser un profond soupir avant de se gratter l'arrière de la tête.
L'air franchement contrarié.
« Ok je lui ai dit d’y aller à fond, mais là il abuse ! »
Zoé releva vivement la tête.
« Il a fait quoi ? C’est dangereux ? »
Sans quitter Léo des yeux, Soren répondit en agitant distraitement la main.
« O pas grand-chose, il est juste en plein déchainement, un truc bien chiant à gérer étant donné qu’il faudra que je lui brise les os pour l’arrêter. »
Zoé déglutit.
Elle observa une nouvelle fois Léo.
Puis répondit d'une toute petite voix.
« Effectivement ça risque d’être chiant. »
Le silence retomba.
Puis, sans prononcer le moindre mot...
Léo leva lentement la main.
Il rapprocha son pouce de son annulaire.
Soren et Zoé penchèrent simultanément la tête.
L'incompréhension se lisait sur leurs visages.
Puis...
Clac.
Le claquement de doigts résonna doucement dans l'immense salle.
À première vue...
Rien.
Puis une onde presque imperceptible traversa l'air.
Comme une simple vibration.
L'instant d'après...
Une infinité de poussières de diamant apparut dans toute la pièce.
Chaque particule reflétait la lumière sous des milliers de nuances différentes.
L'espace entier semblait soudain rempli d'étoiles.
Le spectacle était d'une beauté presque irréelle.
Soren comprit immédiatement.
Cette capacité...
Était la deuxième évolution de son Déchaînement.
Il observa les innombrables particules flotter autour d'eux avant de sourire.
« C’est joli tout ça mais ça va te servir à quoi ? »
Évidemment...
Aucune réponse.
Léo demeurait parfaitement immobile.
Comme si plus rien de ce qui l'entourait n'avait la moindre importance.
Quelques secondes plus tard, il modifia légèrement la position de ses doigts.
Cette fois...
Son pouce vint rejoindre son auriculaire.
Puis...
Clac.
Le bruit était presque identique.
Mais son effet...
N'avait rien à voir.
À l'instant même où ses doigts se touchèrent...
Léo disparut.
Il ne laissa derrière lui qu'une pluie de poussières cristallines.
Moins d'une fraction de seconde plus tard...
Il réapparut derrière Soren.
Son pied s'abattit avec une violence phénoménale.
Mais, une fois encore...
Soren leva simplement la main.
Il intercepta le coup sans le moindre effort.
Ses yeux observaient désormais Léo avec beaucoup plus d'attention.
Puis il souffla presque pour lui-même :
« Ouais t’est définitivement pas lui. »
À cet instant précis...
La conscience de Léo s'éteignit complètement.
Lorsqu'il rouvrit les yeux...
Le combat avait disparu.
Le silence régnait.
Un silence si profond qu'il semblait engloutir toute pensée.
Il était assis dans un bassin peut profond ou se refléter toutes les lumières de la grotte.
Autour de lui s'étendait une immensité baignée d'une douce lumière bleutée.
D'innombrables diamants suspendus dans le vide scintillaient dans toutes les directions.
Ils formaient un paysage aussi magnifique qu'impossible.
Chaque cristal semblait éclairer les autres.
Comme si le ciel lui-même était constitué de joyaux.
Puis...
Il ressentit cette sensation.
Cet appel.
Toujours le même.
Toujours aussi familier.
Mais plus intense que jamais.
Devant lui...
Une silhouette.
Elle n'était plus une simple impression.
Ni une présence indistincte.
Elle semblait désormais presque réelle.
Comme si quelques pas seulement les séparaient.
Léo resta quelques instants à contempler cette mystérieuse apparition.
Puis une question lui échappa presque naturellement.
« Où somme nous ? »
Cette fois...
Contrairement aux précédentes visions...
Une réponse lui fut donnée.
« Je serai bref, nous n’avons pas le temps. »
Léo sursauta.
Sa voix.
Elle était réelle.
Il sentit son cœur s'accélérer.
Avant même qu'il ne puisse poser une nouvelle question, la silhouette poursuivit :
« Ici est le corridor des cieux, tu n’as pas besoin d’en savoir plus. »
Le jeune homme demeurait totalement perdu.
Des dizaines de questions se bousculaient dans son esprit.
Il finit néanmoins par choisir celle qui le hantait depuis le début.
« C’était vous qui me murmurez des choses. »
À peine avait-il terminé sa phrase...
Le monde commença à se fissurer.
Les diamants se craquelèrent.
La lumière bleutée se déchira.
Comme un miroir que l'on brise.
La silhouette resta immobile.
Sa voix résonna une dernière fois.
« Deviens plus fort pour nous. »
Puis...
Les derniers fragments de cet étrange monde éclatèrent en une pluie infinie de lumière.