Chapitre 4
Un grondement sourd s'éleva à l'entrée du village.
Les habitants interrompirent leurs occupations tandis qu'un imposant convoi militaire apparaissait dans un nuage de poussière. Les lourds véhicules, recouverts des armoiries de Keredia, avançaient lentement sur le chemin de terre avant de s'immobiliser devant la place principale.
Les portes s'ouvrirent presque simultanément.
Une poignée de soldats descendit avec une discipline impeccable, se mettant aussitôt en ligne dans un mouvement parfaitement synchronisé.
Parmi eux, un homme se détachait nettement du reste du groupe.
Sa carrure était impressionnante, ses épaules larges comme une porte de grange et sa présence suffisait à imposer le silence. Il fit quelques pas avant de remplir ses poumons, prendre une longue inspiration et de lancer sa voix puissante à travers tout le village.
« Nous, les soldats de Keredia sommes arrivés dans le village d’Helmet. Si vous souhaitez faire évaluer vos compétences afin de rendre service au peuple et d’aider le bien commun, n’hésitez pas à vous faire évaluer auprès de nos équipes ! »
Son annonce résonna contre les façades de pierre et attira rapidement les curieux.
Les habitants sortirent les uns après les autres de leurs maisons, formant bientôt une petite foule autour des militaires.
C'est précisément à ce moment-là que Léo arriva sur la place.
Encore peu enthousiaste à l'idée d'être présent, il se souvenait parfaitement de l'ultimatum lancé par sa mère quelques heures plus tôt. Cette fois, impossible d'y échapper.
Il se glissa donc discrètement parmi les villageois et prit malgré tout, le temps d'écouter le discours du soldat.
Mais avant même que celui-ci ne puisse poursuivre, quelqu'un dans la foule aperçut le jeune homme.
Ses yeux s'écarquillèrent aussitôt.
Il le détailla de la tête aux pieds avec une expression mêlant incrédulité et stupeur, comme s'il venait de voir un spectre déroutant.
Puis il s'écria :
« Léo c’est vraiment toi ? »
Ce simple nom agit comme une étincelle.
En quelques secondes, toute l'attention que le fier militaire avait tenté de concentrer sur lui-même se détourna complètement.
Les conversations éclatèrent de toutes parts.
Des dizaines de regards convergèrent vers le jeune garçon.
Léo fronça légèrement les sourcils avant de répondre avec une sincère incompréhension au villageois qui l’avait interpellé.
« T’as un problème de vue ou quoi, tu ne me reconnais même pas ? »
La confirmation suffit à provoquer une véritable agitation.
Les habitants échangèrent des sourires enthousiastes.
Beaucoup semblaient presque soulagés.
Le plus grand flemmard du village avait enfin accepté de montrer ce dont il était capable.
À quelques mètres de là, le soldat à la carrure imposante observait la scène avec une irritation grandissante.
Il s'approcha discrètement d'un vieil habitant et demanda avec une politesse maîtrisée :
« Qui est donc ce jeune homme pour attirer autant l'attention ? »
Le villageois afficha aussitôt un immense sourire.
« C’est Léo, certainement un des plus grands prodiges de notre village depuis bien longtemps, le seul problème avec lui c’est que c’est un gros flemmard »
Le militaire resta silencieux.
Un prodige ?
Découvert seulement à seize ans dans un village aussi isolé ?
L'information lui paraissait absurde.
À ses yeux, il était bien plus probable que les habitants surestiment simplement le talent de leur jeune voisin faute de connaître les véritables standards du royaume.
Il reporta alors son regard sur Léo.
Le garçon le fixait en retour.
Sans défi.
Sans nervosité.
Sans la moindre émotion.
Cette indifférence tranquille eut un effet inattendu.
Elle blessa profondément l'orgueil du soldat.
L'espace d'un instant, sa maîtrise vacilla.
Il fit un pas en avant et lança avec une pointe de provocation :
« Jeune homme tu as l’air plutôt estimé ici, que dirais-tu de tester tes compétences face à moi ? »
Aucune hésitation.
Aucune préparation.
Léo répondit presque en bâillant :
« Ok. »
Le contraste entre la désinvolture du jeune homme et la tension du militaire arracha quelques murmures amusés parmi les spectateurs.
Très vite, les habitants reculèrent pour dégager un large cercle au centre de la place.
Les deux adversaires s'y avancèrent lentement.
Plus personne ne parlait.
Le vent lui-même semblait retenir son souffle.
Ils se faisaient face.
Leurs regards se croisèrent.
L'air crépitait de tension là ou leurs regards se croisaient.
Autour du soldat, une flamme cramoisie se propageait le long de son corps, scintillant d’un éclat furieux.
Elle dansait sur son uniforme comme un brasier vivant, projetant des reflets ardents sur le sol et crépitant avec une violence contenue.
Face à lui, une tout autre énergie se manifesta.
Au même moment une douce radiance bleutée s’élevait et entourait le corps de Léo.
Mais derrière cette apparente sérénité se cachait une puissance qui donnait instinctivement envie de reculer.
Le jeune homme leva lentement les yeux.
Son regard froid, concentré et parfaitement stable semblait appartenir à un combattant bien plus expérimenté que son âge ne le laissait penser.
Même certains soldats présents dans le convoi sentirent un frisson leur parcourir le dos.
Le colosse inspira profondément.
Il transféra discrètement tout son poids sur sa jambe dominante.
Pendant une fraction de seconde, le temps sembla s'arrêter.
Puis, dans une explosion de vitesse, il s'élança droit sur le jeune homme.