Chapitre 37
Se figeant, se cristallisant, reformant sa gloire d’antan.
Se figeant, se cristallisant, reformant sa forme passée.
Se figeant, se cristallisant, reformant sa psyché manquante.
Se figeant, se cristallisant, Se figeant, se cristallisant,
Se figeant, se cristallisant, Se figeant, se cristallisant,
Se figeant, se cristallisant, Se figeant, se cristallisant.
À chaque tentative, les fissures disparaissaient un instant... avant de réapparaître aussitôt.
Il était toujours imparfait.
Une voix chaleureuse fendit alors le silence de ce monde irréel.
« Allez debout on a des choses à faire. »
L'obscurité se fissura.
Les images du rêve se dissipèrent lentement tandis que ses paupières, encore lourdes, s'ouvraient avec difficulté.
Le premier visage qu'il distingua fut celui de Zoé.
Ses longs cheveux encadraient délicatement son visage aux traits fins tandis que ses yeux bruns l'observaient avec une expression mêlant amusement et impatience.
Elle affichait ce sourire qu'elle semblait capable de conserver en toute circonstance.
« Fais un effort s’il te plait… Je n’ai pas envie de courir toute seule… »
Léo resta plusieurs secondes sans répondre.
Il contemplait simplement son visage encore embrumé par les derniers fragments de son rêve.
Finalement, il se redressa lentement.
Au passage, il repoussa machinalement Zoé.
Cette dernière perdit immédiatement l'équilibre.
« Aie ! T’est pas censé être un gentleman ? »
Elle s'était retrouvée assise sur le parquet, les bras croisés, affichant une moue boudeuse presque enfantine.
Léo cligna plusieurs fois des yeux.
Ce n'est qu'à cet instant qu'il sembla réaliser ce qui venait de se produire.
Il observa Zoé quelques secondes avant de répondre d'un ton parfaitement neutre :
« Ah… Pardon, mais au fait tu foutais quoi sur mon lit ? »
La jeune femme éclata d'un petit rire.
Toujours assise au sol, elle se mit à sautiller légèrement sur place avant de répondre avec naturel :
« J’attendais que tu te réveilles, tu sais que t’est mignon quand tu dors ? »
Léo pencha doucement la tête sur le côté.
Son cerveau semblait incapable de déterminer s'il devait prendre cette remarque comme un compliment ou comme une moquerie.
Avant qu'il ne puisse répondre, une nouvelle présence s'imposa dans la pièce.
L'atmosphère changea instantanément.
Une pression invisible sembla remplir la chambre.
Devant la porte se tenait Soren.
Droit.
Immobile.
Son éternel sourire demeurait affiché sur son visage.
Pourtant, derrière celui-ci se cachait une hostilité presque palpable.
Une hostilité devenue étrangement familière pour Léo.
« Vus que vous avez le temps de faire autant de bruit, je suppose que vous êtes prêt ? »
Sans attendre la moindre réponse, il poursuivit :
« Habiller vous et allez courir. »
Zoé bondit aussitôt hors de la chambre.
Quelques secondes plus tard, elle redescendait déjà les escaliers, vêtue d'un jogging et d'une veste légère.
Léo ne tarda pas à faire de même.
Une fois prêts, ils quittèrent ensemble la maison.
Située à la frontière de Nexoria, celle-ci offrait un accès direct aux vastes espaces verdoyants qui entouraient encore la cité.
Rapidement, les immeubles laissèrent place aux sentiers.
L'air était frais.
Le chant des oiseaux couvrait presque le bruit régulier de leurs foulées.
Après plusieurs minutes de course silencieuse, Léo finit par prendre la parole.
« Dis-moi c’est quoi la suite du programme ? »
Zoé se gratta distraitement le menton.
À en juger par son souffle parfaitement régulier, cette allure ne lui demandait absolument aucun effort.
« Eh bien on court, on rentre, on mange puis je crois que cette fois on va à l’aréna. »
Léo fronça légèrement les sourcils.
« L’aréna ? »
Voilà déjà plusieurs mois qu'il vivait à Nexoria.
Pourtant, il n'avait encore jamais entendu ce nom.
Une preuve supplémentaire que Keredia recelait encore d'innombrables endroits dont il ignorait tout.
Zoé sembla remarquer son incompréhension.
« O pardon. C’est un endroit qui est un peu similaire à celui de ton test. On peut s’y entrainer sans trop de contrainte et en adaptant l’environnement à notre guise. »
Elle termina son explication avec un sourire particulièrement fier.
Léo la regarda quelques instants.
Puis une nouvelle question s'imposa.
« Mais du coup on peut y décider l’environnement ? Le lieu où on s’est battu il était prémédité ? »
Zoé réfléchit quelques secondes.
Elle balança doucement la tête de gauche à droite.
« Oui en générale c’est comme ça, cependant lors du test le lieu est souvent plus sobre, rien à voir avec ce que l’ont à vue. Même si c’était très beau à voir. »
Ces derniers mots firent aussitôt ressurgir les images de son combat.
Les roches étranges.
La verdure chatoyante.
Léo demeura pensif avant de demander d'une voix plus calme :
« Je vois, donc ce lieu existe quelque pars ? »
Zoé haussa simplement les épaules.
« Absolument aucune idée. »
Elle remarqua alors l'expression sérieuse qui s'était installée sur le visage de son ami.
Elle lui donna quelques tapes amicales dans le dos.
« Retire moi cette tête d’enterrement on est en vacances on a encore 1 semaine et 4 jours devant nous, tu viens à peine de retrouvée la forme alors détend toi un peut. »
Léo esquissa un léger sourire.
Peut-être avait-elle raison.
Ils poursuivirent leur course avant de rentrer tranquillement à la maison.
Une délicieuse odeur les accueillit dès qu'ils franchirent la porte.
Soren avait déjà préparé le repas.
À côté de la table attendait également un grand sac contenant diverses armes d'entraînement, protections et équipements.
Le programme de l'après-midi semblait déjà prêt.
Léo enfila rapidement un pull avant de venir s'installer à table.
Soren leva les yeux de ses préparatifs.
Son sourire, cette fois chaleureux.
« Aller venait manger tant que c’est chaud. »
Pendant plusieurs minutes, le silence régna.
Un silence uniquement perturbé par les couverts.
La cuisine de Soren avait ce don étrange de faire oublier toute conversation.
Finalement, Léo rompit une nouvelle fois le calme.
« On va s’entrainer à quoi à l’aréna ? »
Soren releva lentement la tête.
Il cligna plusieurs fois des yeux.
Comme si la réponse allait de soi.
« Combattre ? »
Léo afficha une expression contrariée.
Il insista.
« Mais encore ? »
Soren répondit sans la moindre hésitation.
« Je vais t’arracher la gueule quoi d’autre ? »
Le visage de Léo se décomposa instantanément.
Toute sa contrariété venait de laisser place à une profonde inquiétude.
« Ça ressemble plus à un règlement de compte qu’à un entrainement ça. »
Sans même relever les yeux de son assiette, Soren avala tranquillement une cuillère de son repas avant de répondre d'un ton parfaitement calme :
« A parce que c’était pas assez clair ? »
Zoé éclata discrètement de rire.
Elle observait leur échange avec un amusement à peine dissimulé.
Léo, lui, resta quelques secondes figées.
Puis il contempla silencieusement son assiette.
Une pensée s'imposa alors dans son esprit.
J'ai peur... Sauvez-moi, s'il vous plaît.