Chapitre 33
Gabriel était légèrement contrarié.
Déjà submergé de travail, plongé dans l'immensité de sa bibliothèque, il devait en plus gérer une contrebande d'armes au sein même de sa propre académie.
J'ai bien l'impression que ces connards de démoniaques y sont pour quelque chose.
Les dagues ressemblaient aux créations du Forgeron céleste. Cependant, Gabriel savait pertinemment que cet homme n'était pas du genre à se faire voler ses biens.
Ou bien les malheureux seraient peut-être déjà morts.
Il avait beau chercher, il ne trouvait rien. Les tentatives de meurtre contre Léo s'étant arrêtées, une de ses rares pistes avait tout simplement disparu.
« Quelle nuisance… Je devrais peut-être faire un tour à l'extérieur. »
Attrapant un téléphone, Gabriel composa le numéro de sa gardienne.
« J'aimerais que cette nuit, tu gardes la porte de la bibliothèque des Nephilim. »
La voix froide de Marion se fit entendre à l'autre bout de l'appareil.
« À vos ordres. »
Une fois cela fait, Gabriel se leva.
Matérialisant une pierre en forme de lune, il l'écrasa, ce qui eut pour effet de le téléporter très haut dans le ciel.
La pleine lune se forma derrière lui tandis que Gabriel marchait sur ce qui semblait être des marches faites de lumière pâle et violacée.
Retirant sa veste de costume, ne laissant apparaître que sa chemise et sa cravate, il se tourna en direction de Nérakos.
« Il est temps de voir si ces moins que rien ont quelque chose à voir avec tout ça. »
Fermant les yeux, il observa le monde depuis le satellite terrestre.
Car en effet, une fois la nuit tombée, Gabriel, grâce à sa bénédiction, possédait une quasi-omnipotence dans un périmètre donné.
C'était notamment ainsi qu'il avait pu voir les multiples tentatives de meurtre à l'encontre de son élève.
Il pouvait absolument tout voir, à moins qu'un pouvoir colossal ne lui barre la route.
Évidemment, Gabriel était très confiant quant à sa puissance. Il ne se pensait pas inégalable, mais il estimait qu'il n'y avait pas plus de quinze personnes capables de le surpasser sur cette Terre.
Malheureusement, il ne trouva rien d'intéressant, à part plusieurs bagarres à perte de vue.
Il faudrait raser cet endroit.
Faute de résultats, il abandonna la piste de Nérakos.
Je suppose qu’il est inutile de continuer.
Et si j'invitais Marion à manger un bout ?
Il retourna très rapidement à l'académie, où Marion gardait toujours la porte de la bibliothèque.
« Intéressée par un dîner ? »
Répondant toujours avec la même indifférence :
« Ça me va. »
Une fois arrivés devant un bar situé dans une ville assez éloignée de Nexoria, dont la décoration sobre, relevée d'un léger soupçon de culture japonaise, paraissait très accueillante, ils franchirent le seuil sans même prendre la peine de s'annoncer.
Comme on pousse la porte d'un lieu que l'on connaît depuis toujours.
Le vieux battant de bois grinça à peine.
Leur présence semblait presque faire partie du décor, une habitude silencieuse forgée par le temps.
Derrière le comptoir, une silhouette familière s'affairait avec une patience presque mécanique.
Un regard se posa sur eux.
Un regard étonnamment chaleureux, mais d'une acuité troublante.
Ses cheveux, indisciplinés et en bataille, retombaient sur son front sans qu'il semble s'en soucier.
Son visage affichait une bienveillance tranquille, celle qui mettait spontanément les gens en confiance.
Mais derrière ce masque paisible se devinait quelque chose de plus ancien, de plus sauvage.
Une férocité contenue qui n'avait jamais complètement disparu.
Vêtu de son éternel costume de barman, impeccablement ajusté malgré l'ambiance rustique des lieux, il faisait glisser un chiffon sur les parois d'un verre jusqu'à le rendre parfaitement limpide.
Sans interrompre son geste, il attrapa ensuite une bouteille aux reflets ambrés et remplit un second verre d'un alcool si fort que son parfum semblait déjà brûler l'air.
Il les avait remarqués dès leur entrée.
Peut-être même avant.
Un léger sourire étira le coin de ses lèvres tandis qu'il déposait délicatement la bouteille sur l'étagère derrière lui.
Enfin, il se retourna complètement pour leur faire face.
« Tiens… Ça faisait un bail que je ne vous avais pas vus. »
Sa voix était calme, presque accueillante, mais elle portait cette pointe de malice qui laissait entendre qu'il savait déjà pourquoi ils étaient là.
Son regard passa de l'un à l'autre avant qu'il ne croise les bras sur le comptoir.
« Alors, vous êtes venus vider votre sac, c'est ça ? »