Chapitre 28
Léo se dirigea une fois de plus vers le bureau de Marion.
Il souhaitait aborder plusieurs sujets avec elle.
Arrivé devant la porte, il toqua puis entra.
« Bonjour. Prêt pour notre petit entretien ? »
Léo hocha simplement la tête.
« D'ailleurs, tu es en avance. »
« Oui. Je voulais te parler de quelque chose. »
Marion sourit légèrement.
« Dis-moi. »
Un peu gêné, Léo baissa les yeux.
« D'abord, je m'excuse d'avoir été froid avec toi la dernière fois. »
Toujours souriante, Marion se leva.
« Ne t'en fais pas. On a tous des moments de faiblesse. On ne définit pas une personne à partir d'une mauvaise passe. »
Un sourire apparut sur le visage fatigué de Léo.
« Merci. Et je voulais te parler d'autre chose aussi. »
Le sourire de Marion se transforma en une expression curieuse.
« Quoi donc ? »
Léo sortit alors une dague austère de son sac.
L'arme semblait avoir été forgée dans des ténèbres pures. Son tranchant était impeccable.
C'était une dague du chaos.
Marion fronça immédiatement les sourcils.
« Où as-tu déniché ça ? As-tu la moindre idée de l'endroit où elle a été créée ? »
Léo répondit d'un ton sérieux.
« Des élèves ont essayé de m'assassiner avec. Je connais seulement son utilité. »
Marion posa une main sur son menton.
« Ce sont très certainement les propriétés du Forgeron Céleste. »
« Voler les créations d'un homme qui était un héros de guerre, c'est irrespectueux. »
Marion le regarda d'un air ahuri.
« Était ? »
Léo lui rendit exactement la même expression.
« Bah, il est mort, non ? »
« Non. Aux dernières nouvelles, il est toujours vivant. »
Léo lui lança un regard incrédule.
« Tu m'expliques comment un homme est censé vivre plus de cent cinquante ans ? »
Marion haussa les épaules.
« La période de la Grande Bénédiction et de la Guerres Impie est remplie de mystères. Il s'est sûrement produit quelque chose lors du dépassement de limite. »
Elle marqua une courte pause.
« Enfin bref. Je vais mener une enquête de mon côté. Mais il vaudrait mieux que tu quittes l'académie pour le moment. Les vacances arrivent de toute façon. »
« Ça tombe bien, je pars. »
« Parfait. »
Marion fit quelques pas vers la porte.
« On y va ? »
Avant qu'elle ne franchisse le seuil, Léo l'interrompit.
« Ah, et concernant ta proposition... Je compte accepter. Je commencerai après les vacances. »
Sans se retourner, sa voix se fit entendre.
« Ça me fait plaisir. »
Ils marchèrent pendant plusieurs minutes avant que Marion ne sorte un médaillon.
Celui-ci était orné d'un motif doré représentant une lune.
En y insufflant sa magie, une porte de glace apparut devant eux.
Sa voix froide résonna alors.
« Suis-moi. »
Léo la suivit à travers le portail givré.
Une fois celui-ci franchi, une vision majestueuse s'offrit à lui.
La porte se dressait au bout d'un long couloir, telle une relique d'un âge oublié.
Austère et imposante.
Taillée dans un bois sombre presque noir, elle semblait avoir absorbé les siècles et les secrets de tous ceux qui l'avaient franchie.
Aucune dorure ne venait adoucir sa sévérité.
Seules de profondes sculptures parcouraient sa surface, dessinant un récit silencieux.
Au centre du battant se détachait la figure d'un homme aux traits nobles et impassibles.
Ses bras étaient levés vers un croissant de lune gravé au-dessus de sa tête, tandis que des volutes argentées, semblables à des rivières de lumière, serpentaient autour de ses doigts.
Les motifs donnaient l'impression que l'homme manipulait réellement l'astre nocturne.
Comme un souverain façonnant les marées et les rêves.
Tout autour, des phrases lunaires formaient une couronne mystique, renforçant l'impression que cette porte gardait l'accès à un savoir interdit.
Lorsqu'ils poussèrent les lourds battants, un grincement grave résonna.
Au-delà s'étendait une bibliothèque gigantesque.
Des rangées infinies d'étagères s'élevaient jusqu'à une voûte perdue dans les ténèbres, chargées de milliers d'ouvrages reliés de cuir et de parchemins anciens.
Au centre de cette mer de connaissances se tenait un homme.
Grand et droit, il attendait.
Ses cheveux noirs, soigneusement plaqués en arrière, capturaient les reflets de la lumière et encadraient un visage aux traits marqués, d'une élégance presque aristocratique.
Ses yeux violets possédaient une intensité troublante.
Celle des individus habitués à être écoutés avant même d'avoir parlé.
Une assurance naturelle émanait de lui.
Non pas arrogante.
Magnétique.
Comme la gravité d'un astre attirant irrésistiblement tout ce qui l'entourait.
Derrière lui, les rayonnages semblaient s'enfoncer dans une perspective sans fin, faisant de sa silhouette le point d'ancrage de cet immense sanctuaire du savoir.
Un léger sourire étira ses lèvres lorsqu'il les aperçut franchir le seuil.
« Enfin. »
Sa voix était calme et profonde.
« Je commençais à croire que la lune vous avait retenus plus longtemps que prévu. »