Chapitre 29
Aussitôt, Marion s’inclina, puis Léo l’imita.
« Veuillez nous excuser pour l’attente, proviseur Gabriel. »
La voix calme de Gabriel résonna dans l’immense bibliothèque.
« Enfin bon, ce n’était qu’une petite plaisanterie. Je sais que ton emploi du temps est surchargé. »
Léo décida instinctivement de ne plus dire un mot, car il se trouvait en présence de l’autorité suprême de la plus grande académie du monde.
Cependant, l’homme incarnant cette autorité décida de s’adresser à lui.
« Jeune homme… Léo, c’est bien ça ? »
Il redressa alors la tête.
« Oui, c’est bien ça. »
Gardant son expression impassible, Gabriel croisa les bras.
« Je suppose que quelques présentations s’imposent. »
Il marqua une courte pause.
« Je suis Gabriel Virelune, le petit-fils de Reinhart Virelune. »
Léo ne changea pas d’expression, cependant une pensée lui vint à l’esprit.
Non, ce n’était pas assez évident comme ça ?
« Je dois te parler de quelque chose avant que nous entrions dans le vif du sujet. »
« Quoi donc, principal ? »
Claquant des doigts, des rayons violets convergèrent vers sa paume.
Ils affichèrent l’image de Léo en train de neutraliser l’un de ses assaillants.
Léo tenta de rester de marbre, mais Gabriel répondit avant même qu’il ne puisse dire quoi que ce soit.
« Ne t’en fais pas, tu n’es en rien responsable. Au contraire même. »
Il arrêta la projection en refermant le poing.
« En revanche, je vais me contenter de mener une enquête. J’espère que tu comprendras. »
Marion resta impassible, mais un profond respect émanait de sa voix.
« Pourquoi ne pas faire une annonce de prévention, en plus de traiter le harcèlement qu’il subit ? »
Gabriel posa sa main sur son menton.
« Non, impossible. »
« Sauf votre respect, principal, pourquoi donc ? »
Les yeux de Gabriel se posèrent sur Marion.
« Pour plusieurs raisons. La première est que tous les élèves seraient au courant qu’une lame du chaos circule et que des tentatives d’assassinat ont eu lieu. »
« Deuxièmement, cela servirait de prétexte pour critiquer médiatiquement Virelune, ce qui ne serait pas souhaitable. »
Rouvrant sa main, il s’appuya sur son bureau avant de regarder Léo.
« Et surtout, je ne peux pas prendre parti à ce point pour un élève. Les autres commenceraient à critiquer, à se forger des avis divergents et sûrement à me faire dire des choses que je n’ai jamais dites. »
« Je ne suis pas certain qu’en usant ainsi de mon autorité je rendrais service à notre jeune ami. Peut-être que le harcèlement cesserait, mais l’avis des élèves à son égard ne changerait pas. Les tentatives d’assassinat, elles, resteraient probablement inchangées. J’estime donc qu’une intervention publique ne serait pas utile. »
Marion ne bougea pas, bien que Léo sente un léger mécontentement émaner d’elle.
« Je comprends, principal. »
L’instant d’après, une tension se fit sentir dans toute la pièce.
« En revanche, toi, Marion, c’est la dernière fois que je te surprends à faire une chose pareille. »
Léo avait l’impression de se faire écraser sous la pression que dégageait Gabriel.
Tout à coup, il semblait intimidant, voire menaçant.
« Faites-vous référence au test d’entrée du jeune homme ici présent ? »
Marion, quant à elle, semblait totalement indifférente, comme si cette tension ne l’affectait pas.
« Exactement. Changer les conditions de l’examen d’entrée d’un élève amené par l’armée, puis menacer la classe de ce dernier, est inacceptable. »
Léo fut surpris.
C’est donc Marion qui avait changé les conditions de l’examen.
Mais de quoi avait-elle bien pu menacer la classe ?
Il ne comprenait pas.
Il savait à quel point elle était importante, mais il savait aussi qu’elle n’abusait pas de son statut de gardienne.
Il a donc dû se passer quelque chose après que nous soyons sortis de la salle.
Marion se contenta de baisser les yeux.
« Bien sûr, je comprends. Cela ne se reproduira plus. »
Gabriel soupira et l’atmosphère se détendit.
« Bon, si tu as compris, tant mieux. Je n’aimerais pas te réprimander plus que nécessaire, mais les règles sont les règles. »
Se déplaçant légèrement, Gabriel prit un livre et l’ouvrit.
Sans même prendre la peine de regarder Léo, il lui adressa la parole.
« Quant à toi, jeune homme, j’essaierai de régler ton problème en coulisses. Je ne veux pas non plus voir l’un de mes élèves souffrir inutilement. »
Marquant une courte pause, il reprit comme s’il venait d’oublier un détail.
« Oh, c’est vrai. Vous pouvez disposer. Nous en avons fini. »
Les deux se retrouvèrent derrière la porte.
Ils soupirèrent au même moment et eurent exactement la même pensée.
Il parle trop, celui-là.