Chapitre 402
Avec l’arrivée de l’Ordre du Crépuscule, le cours de la bataille changea radicalement. Serati était le renfort le plus spectaculaire, mais les autres ne furent pas en reste.
Bien qu’il fût quelque peu affaibli, un archimage se trouvait parmi eux. Et malgré leur état de faiblesse avancé, l’ancien Monarque de la Mort et l’ancien Seigneur chevalier de la mort étaient également présents. Trois Chevaliers d’argent aspiraient même à atteindre le royaume des rois martiaux. Quant à Milia, qui semblait ordinaire uniquement parce qu’elle se trouvait au milieu de pareils monstres, c’était en réalité une prêtresse de grand talent.
La victoire était déjà à portée de main grâce à ces seuls individus. Et pourtant, tous les autres s’appliquaient délibérément à ne pas attirer l’attention. Tous les regards devaient rester fixés sur la Sainte du Crépuscule.
Ainsi, Serati se chargeait des attaques éblouissantes, tandis que le reste du groupe se concentrait uniquement sur le sauvetage des troupes alliées, à mesure qu’elles avançaient vers le Fort Kasukent.
Bien sûr, Karnak et Varos faisaient quelque chose qu’ils n’avaient encore jamais fait. Ils se sentaient parfaitement mal à l’aise.
— Rah, c’est plus difficile que je ne le pensais.
— En effet, Jeune maître. À vrai dire, foncer droit dans les lignes ennemies serait plus facile.
— Bah, Serati le fait déjà.
Tous deux avaient vécu de telle sorte que tuer des ennemis leur apportait naturellement des alliés ; il leur était donc difficile de comprendre le principe du sauvetage en pleine bataille. Heureusement, ils avaient un excellent modèle à suivre.
— On n’a qu’à imiter Lapicel.
— Bonne idée. Quand on ne sait pas quoi faire, on fait comme les autres.
Et ainsi, le groupe de Karnak parcourut les remparts de la forteresse de long en large, s’employant avec zèle à secourir les soldats. Grâce à eux, Alius put enfin reprendre son souffle.
Il ne fait aucun doute que c’est là un revirement des plus heureux… En observant au loin des visages familiers, il se sentit intrigué. Je n’y comprends vraiment rien. Comment un homme aussi droit que seigneur Karnak a-t-il pu se retrouver mêlé à des hérétiques comme ceux de l’Ordre du Crépuscule ?
Alius était en proie à un terrible malentendu.
***
Serati continuait de semer le chaos dans les rangs ennemis. Elle écrasait chaque adversaire qui se dressait devant elle avec une force monstrueuse et déchirait les formations défensives comme du papier. Rien n’osait lui barrer la route. Les nécromanciens du Dieu noir n’avaient plus qu’une seule option : attaquer Serati à distance.
Bien qu’ils se fissent désormais passer pour des nécromanciens grâce aux pouvoirs de Tesranach, ils avaient été des mages à l’origine. Sous l’effet de la panique, la magie qu’ils maîtrisaient depuis longtemps prit le dessus sur la nécromancie qu’ils n’avaient apprise que récemment.
« Canon de flammes ! »
« Éclair ! »
D’innombrables colonnes de feu et éclairs sillonnèrent le champ de bataille et s’abattirent sur Serati. Elle jeta un bref regard par-dessus son épaule. Puis elle ricana. C’était tout. Elle ne prit pas la peine d’esquiver, ni même de se retourner pour se défendre. C’était inutile.
Des runes noires apparurent à la surface de l’armure cramoisie de Serati. Au même instant, l’ombre à ses pieds jaillit vers le ciel et se transforma en un immense rideau.
C’était le Domaine nécromantique défensif que Karnak avait intégré à l’armure cramoisie : le Rideau des ombres noires.
Grâce au Transcendant anti-espace-temps, Karnak ne souffrait plus de manquer d’énergie nécrotique comme autrefois. Et avec une réserve suffisante, il était le plus grand nécromancien de toutes les époques.
Les colonnes de feu et les éclairs qui fonçaient sur elle furent tous arrêtés par le rideau, puis explosèrent sans danger dans les airs. Leurs sorts n’ayant servi à rien, les nécromanciens du Dieu noir grincèrent des dents, frustrés.
« Bon sang ! »
« Notre magie ne lui fait absolument rien ! »
Karnak avait affronté des utilisateurs d’aura et des mages en son temps. Il avait donc appris à bloquer la magie et l’aura sans le moindre effort.
« Dans ce cas, goûtez donc aux pouvoirs du seigneur Tesranach ! »
Cette fois, des dizaines de lames noires apparurent dans les airs et s’abattirent sur elle. Au lieu de magie, ils déchaînèrent cette fois une véritable nécromancie. Serati ne s’en inquiéta pas. Si la magie ne marche pas, pourquoi la nécromancie marcherait-elle ?
Comme prévu, le rideau arrêta toutes les lames. Cette fois, elles n’explosèrent même pas. Elles furent simplement absorbées par le voile, qui s’épaissit encore. Au lieu de lui nuire, elles n’avaient fait que renforcer le Domaine.
Les nécromanciens du Dieu noir furent frappés de stupeur. Selon ce qu’ils savaient, une telle chose était impossible.
« Comment est-ce possible ? »
« Est-ce vraiment là le pouvoir d’une déesse ? »
Serati s’interrompit un instant, songeuse, tout en dardant les yeux sur les nécromanciens. Il était vrai que leurs attaques à longue portée ne représentaient pas une menace particulièrement sérieuse, mais elle ne pouvait pas pour autant les laisser tranquilles.
Cependant, l’Ombre du Soir ne pouvait à elle seule atteindre des ennemis aussi éloignés. Cela ne posait toutefois aucun problème. Elle avait un allié.
— Tu veux bien m’aider encore une fois ?
— Bien sûr.
Un bref échange eut lieu entre eux. Peu après, un chat d’un blanc immaculé apparut dans les plis de son manteau qui flottait au vent. Sa présence, totalement incongrue sur un champ de bataille empestant le sang, laissa plusieurs soldats perplexes. Heureusement, l’Ordre du Crépuscule révéla rapidement l’identité du chat avec une révérence solennelle.
« Oh ! »
« C’est… ! »
« Floke, la bête divine de dame Serakal ! »
Bien entendu, il s’agissait en réalité de Grateria, l’Empereur Dragon. Après avoir révélé la vérité au groupe de Karnak, Grateria avait déclaré qu’il dissimulerait désormais son identité.
— Le fait que je sois encore indemne est l’un de nos rares avantages. Nous ne pouvons pas nous permettre de le perdre.
Ainsi, il ne pouvait pas se promener sous sa forme draconique. Si le groupe de Karnak était vu en compagnie d’un jeune dragon, Tesranach ne manquerait pas de comprendre la vérité. Toutefois, en tant que gardien du monde, il n’avait aucune intention de se cacher dans l’ombre. La solution était simple.
— Nous n’avons qu’à continuer comme nous l’avons fait jusqu’ici.
Le chat bondit avec légèreté sur l’épaule de Serati et poussa un miaulement digne. « Miaou ! » Un immense Cercle magique apparut au-dessus de sa tête, puis d’innombrables sorts s’abattirent sur l’armée de morts-vivants qui occupait le champ de bataille.
Un phénix gigantesque s’éleva dans les airs. Des blizzards se déchaînèrent. La terre trembla tandis que des dizaines de tornades tourbillonnantes balayaient le sol. La foudre s’abattit à répétition, des éclairs de lumière éclatant à un rythme effréné. Une puissance destructrice terrifiante ébranla tout le champ de bataille.
La magie était si puissante que le paysage alentour commença à se transformer par endroits. On aurait dit qu’une immense fresque représentant le champ de bataille avait été embrasée d’un seul coup. Devant pareil spectacle, les soldats alliés restèrent sans voix.
« Grands dieux… »
« Est-ce vraiment le pouvoir de la Déesse du Crépuscule… ? »
Bien qu’ils ne fussent pas aussi abasourdis, les compagnons de Karnak eux aussi claquèrent la langue, stupéfaits.
— J’ai beau le voir encore et encore, c’est incroyable.
Dios, qui était lui-même mage, en fut particulièrement déconcerté.
— Comment Floke peut-il lancer des sorts aussi puissants dans ce corps ?
Karnak esquissa un sourire en coin. En vérité, comme il était dans le corps de Floke, il ne pouvait utiliser que des sorts de ce niveau, pourtant relativement modeste.
— Ah… En fait, c’est l’inverse. Même les sorts de bas niveau sont absurdement puissants pour ce dragon.
En réalité, Grateria lui-même se sentait quelque peu embarrassé.
— Je suis désolé. C’est tout ce que je peux faire dans le corps de cet enfant…
Serati regarda Grateria d’un air étrange. Le chat s’affairait à se lécher la patte avant, comme si de rien n’était.
On dirait que ce type s’est complètement habitué à jouer les chats.
***
Les attaques physiques ne pouvaient venir à bout des capacités physiques monstrueuses de Serati. Les attaques magiques ne pouvaient percer l’épaisse Barrière défensive de Karnak. Et pour les attaques à longue portée, nul autre que l’empereur dragon s’en chargeait.
Devenue une véritable forteresse ambulante, Serati semait le chaos à sa guise. Partout où elle frappait, l’armée de morts-vivants se dispersait et se disloquait.
Enfin, même le siège autour de la forteresse s’effondra complètement. Il ne restait plus qu’à enfoncer le dernier clou de la victoire.
Serati balaya le champ de bataille du regard, réfléchissant à la suite. Qu’est-ce que je devrais faire ?
Les attaques de zone restaient plus efficaces entre les mains de Grateria, mais… Ah, je devrais essayer ça.
Elle venait justement d’apprendre une nouvelle technique d’épée. L’Escrime du Crépuscule avait été achevée depuis longtemps, mais Serati ne la maîtrisait pas encore tout entière.
Apprendre instantanément une technique d’un simple coup d’œil était un privilège réservé aux génies. Pour les gens ordinaires, il était tout naturel d’acquérir des compétences lentement, à force de temps et d’efforts.
Ayant pris sa décision, Serati leva son épée d’aura vers le ciel. Une force colossale tournoya autour d’elle et remonta le long de la lame jusqu’à sa pointe. Une puissance terrifiante s’y amassa encore et encore, se condensant en une sphère de lumière immense. On aurait dit qu’un autre soleil s’était levé au-dessus du champ de bataille.
Elle abattit son épée d’un seul coup.
— Escrime du Crépuscule : Coucher du soleil !
Le soleil commença à tomber. Une lumière éblouissante jaillit dans toutes les directions et les morts-vivants reculèrent en chancelant. En les observant, Serati se remémora sa conversation avec Leven et Drel.
— C-comme ça ?
— Oui.
— Il te suffit de rassembler autant d’aura que possible et de la projeter vers le ciel. Tu devrais en être
capable.
— Non, je ne pourrai jamais maîtriser autant d’aura avec mes compétences !
— C’est justement le but.
— Si tu n’arrives pas à la maîtriser, alors utilise-la sans la maîtriser.
Le soleil qui tombait trembla en poussant un rugissement assourdissant. Serati perdit tout contrôle sur le maintien de sa forme, et celle-ci commença à s’effondrer. Le soleil perdit sa cohésion et se mit à se disperser dans toutes les directions.
Des dizaines, puis des centaines d’énormes fragments d’aura se changèrent en pluie de météores et couvrirent une vaste zone. Un impitoyable bombardement en tapis martela le champ de bataille d’un bout à l’autre.
Au milieu des explosions sans fin, des cris, des destructions et des ondes de choc brûlantes, Serati rengaina calmement son épée. Puis elle contempla le miracle qu’elle avait créé et s’émerveilla de nouveau.
Waouh… Quand trois génies se creusent la tête pour mettre au point quelque chose, ils peuvent vraiment tout faire.
***
Le miracle déchaîné par Serati, le Coucher du soleil, était parfaitement visible depuis les remparts de la forteresse, même pour Alius. Il en resta stupéfait. Cette femme est-elle vraiment dame Serati ?
Ses prouesses sur le champ de bataille n’étaient pas sans précédent. Des rois martiaux ou des archimages auraient sans doute pu obtenir des résultats similaires. Pourtant, quelque chose clochait. 𝙛𝒓𝒆𝙚𝒘𝒆𝓫𝙣𝓸𝙫𝓮𝒍.𝒄𝒐𝓶
Ce n’était pas une personne qui avait atteint le royaume des transcendants grâce à un talent inné et à des efforts inlassables, mais un être qui suivait une voie fondamentalement différente. Bien qu’il crût une telle chose impossible, Alius se surprit à murmurer : « Serait-elle vraiment… une Incarnation de la Divinité ? »
**
Aux confins d’une forêt, loin du Fort Kasukent, une jeune femme blonde vêtue d’une robe noire observait le déroulement de la bataille. C’était Splendia Vitus, le Pape déchu de Katera et la commandante de l’armée engagée dans le combat.
« La Sainte du Crépuscule… »
À cause de cette femme, la victoire lui avait échappé. Si Splendia était elle-même entrée dans la mêlée, l’issue aurait peut-être été différente. Grâce à l’autorité d’un pape déchu, elle aurait parfaitement pu infléchir le cours de la bataille.
Et pourtant, Splendia n’avait pas bougé. Si la Sainte du Crépuscule était ici… « Alors cet homme aussi doit être là. »
Les ordres de Tesranach étaient absolus. Tant qu’ils existaient, elle n’avait que deux choix : se retirer comme elle le faisait à présent, ou mourir et retourner auprès de Tesranach. Mais elle ne pouvait pas mourir. Il lui restait encore beaucoup à accomplir sur cette terre.
« J’ai reçu l’ordre de me retirer, alors je n’ai pas le choix… »
Splendia se fondit dans les ombres de la forêt. L’armée du Dieu noir, qui encerclait la forteresse, commença elle aussi à battre lentement en retraite. Les soldats du Fort Kasukent pouvaient clairement le voir.
« L’ennemi se replie ! »
« Nous avons gagné ! »
« Nous avons survécu ! Nous sommes en vie ! »
Les survivants poussèrent des acclamations.
« Vive la Sainte du Crépuscule ! »
« Vive Serakal ! »