Chapitre 279
La nuit s'épaississait et le groupe de Karnak continuait de suivre la trace d'énergie noire jusqu'à ce qu'ils arrivent enfin près d'une cabane isolée au cœur des montagnes.
Jetant un coup d'œil autour de lui, Karnak murmura pour lui-même : « Encore cet endroit. »
Varos hocha la tête. « Ouais, c'est bien celui-là. »
C'était un lieu familier. Plus précisément, un endroit qu'ils avaient déjà visité. Tous, à l'exception de Leven.
« Où sommes-nous ? » demanda Leven.
« C'est là que vivait ce nécromancien. Celui qui déterrait des racines sauvages », répondit Karnak.
« Pardon, quoi ? » Leven cligna des yeux, ne comprenant pas tout à fait.
C'était censé être une blague ?
Ce n'en était pas une. C'était simplement une vérité pure et simple.
Serati inspecta avec précaution la cabane plongée dans l'obscurité. La dernière fois, il n'y avait que la cabane, mais à présent, plusieurs tentes avaient été dressées aux alentours. Il semblait qu'un bon nombre de cultistes utilisaient les lieux comme base.
Ils utilisent encore cet endroit comme repaire alors qu'il a été exposé ?
Cela semblait étrange au premier abord, mais à bien y réfléchir, ce n'était pas si surprenant. Peu importe l'immensité d'une montagne, les zones habitables étaient rares. Un bon terrain et l'accès à l'eau étaient des denrées précieuses.
Utilisant ses sens d'aura, Leven évalua le nombre d'ennemis. « Cinq à l'intérieur de la cabane. Dix dans les environs. Impossible de dire ce qu'il y a plus profondément dans la grotte. »
Karnak ajouta rapidement : « Ils ont aussi mis en place un domaine nécromantique à proximité. Il s'activera dès que le combat éclatera. »
C'était une force redoutable, mais qui ne représentait pas une menace réelle pour leur groupe.
Serati plissa les yeux vers la grotte et demanda : « Que devons-nous faire ? Infiltrer les lieux et localiser Milia en premier ? »
« Pas le temps », répondit Karnak, fronçant les sourcils en levant les yeux vers le ciel au-dessus de la cabane.
Bien que les autres ne puissent le sentir, il le voyait clairement. De faibles traces de ténèbres convergeaient de toutes parts. C'était le signe évident qu'ils préparaient quelque chose. Les cultistes projetaient d'utiliser un prêtre pour une cérémonie, et ce ne serait certainement rien de bon pour Milia.
« Nous la sauverons avant qu'il n'arrive quoi que ce soit », déclara Karnak.
***
Le Culte du Dieu noir s'étendait à une vitesse terrifiante. Ils avaient déjà établi des bases à travers l'empire et commençaient à saper l'influence de l'Église des Sept Déesses.
Bien que leur expansion au sein de l'Alliance des Sept Royaumes ait ralenti en raison de l'ingérence de l'étrange Culte du Crépuscule, ils conservaient une puissance considérable. Avec l'ère du destin qui s'éternisait, aucun recoin du continent n'était épargné par l'énergie de mort.
Même les prêtres, qui exposaient autrefois facilement les hérétiques, peinaient désormais à les détecter. Cependant, bien que le culte semblât prospérer, il faisait face à des luttes internes qu'il ne pouvait admettre publiquement. La nécromancie, fondement même de leur force, devenait moins efficace.
La puissance de la nécromancie ne résidait pas uniquement dans sa facilité d'apprentissage ou sa croissance rapide. Elle prospérait dans l'inconnu. Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, et tu ne seras jamais vaincu, disait-on.
La nécromancie était restée longtemps une force mystérieuse. Pendant ce temps, l'aura, la magie et l'énergie divine étaient largement étudiées et pratiquées. Même des mages puissants et des utilisateurs d'aura étaient souvent pris au dépourvu par des techniques nécromantiques inconnues et vaincus par de simples nécromanciens de troisième zone.
Mais le monde avait changé. Les longues années d'ombres avaient produit de nombreux nécromanciens, et encore plus de guerriers qui les avaient combattus. Naturellement, les méthodes pour contrer la nécromancie s'étaient répandues sur tout le continent.
La nécromancie n'était plus un mystère. Elle était devenue aussi familière à tous que l'aura ou l'énergie divine. Et ainsi, le grand Dieu de la Mort accorda un nouveau don à ses fidèles. Si la nécromancie ne pouvait plus rester cachée, la réponse était simple : offrir une forme de sorcellerie entièrement nouvelle. C'était le rituel que Harbert accomplissait en ce moment même.
« Del lat phalas kri r’tar... »
« Raph veit phala drar... »
Cinq nécromanciens entouraient l'autel et récitaient des incantations. À chaque mot, les ténèbres affluaient de toutes parts, convergeant vers le centre de l'espace rituel. C'était la sagesse sacrée de la mort transmise par Tesranach à travers la sainte Elezar.
Ce pouvoir exigeait un lourd tribut, mais sa puissance était réputée écrasante. Selon Elezar, s'il était correctement exécuté, le rituel conférerait une force égale à celle d'un Roi martial.
Ou du moins, c'est ce qu'elle disait. Mais il vaut mieux prendre cela avec des pincettes.
Après tout, chaque fois que quelqu'un transmettait des techniques secrètes de ce genre, elles étaient toujours accompagnées de promesses grandioses. Cela devait faire trembler le ciel et la terre, et ainsi de suite.
Impossible que ce soit vraiment au niveau d'un Roi martial, pensa Harbert avec une pointe de scepticisme.
Il était avant tout un réaliste. Pourtant, cela leur fournirait sans aucun doute une force puissante. C'est alors qu'une agitation éclata à l'extérieur de la grotte.
Un homme fit irruption en criant : « Seigneur Harbert ! »
Il n'était pas nécessaire de demander ce qui se passait. Il le savait déjà.
Et comme prévu, les mots qu'il entendit furent ceux qu'il attendait. « Ils sont là ! Les chiens des déesses ! »
Harbert agrippa son bâton surmonté d'un crâne avec encore plus de force tandis qu'il absorbait davantage de ténèbres. « Il n'y a plus de temps ! Accélérez le rituel ! »
***
Une aura féroce jaillit de l'autre côté de la forêt alors que les intrus se révélaient enfin. C'était le groupe de Karnak. Mais les cultistes n'étaient pas surpris. Ils s'attendaient à une attaque depuis le début.
« Alors ils sont enfin venus ! »
« Les chiens des déesses ! »
Ils invoquèrent une aura noire, activèrent des protections défensives et firent apparaître des monstres. La clairière autour de la cabane, par ailleurs banale, fut instantanément transformée en un paysage infernal.
Et pourtant, même ce spectacle infernal fut impuissant à les arrêter. Les cultistes présents étaient loin d'être faibles, probablement au niveau de ceux qui avaient autrefois servi le comte Hudel. Le problème était que le groupe de Karnak n'était plus au même niveau qu'à l'époque.
« On fonce ! »
« Compris ! »
À l'ordre de Karnak, Varos se précipita dans le périmètre défensif entourant la cabane et frappa avec des chaînes d'aura bleue. Bien qu'il ait atteint le niveau de l'aura argentée, il se retint délibérément, n'utilisant que la puissance du rang bleu. Il n'y avait aucune raison de gaspiller sa force contre des adversaires comme ceux-là.
Des dizaines de chaînes d'aura se déployèrent, déchirant sans pitié les cultistes et les monstres pris sur leur passage.
Leven, Serati et Lapicel suivirent immédiatement, leurs lames d'aura brillant d'une lumière radieuse, accompagnées par le sang, la chair et les cris. Sans hésitation, le groupe de Karnak se fraya un chemin à travers les cultistes et s'enfonça dans l'intérieur de la grotte.
La sécurité de Milia était en jeu et ils ne pouvaient se permettre de perdre du temps. Plus profondément, ils pénétrèrent dans une immense chambre. Au centre se dressait un autel grotesque, entouré d'hommes en robes noires accomplissant un rituel.
Un homme d'âge mûr muni d'un bâton surmonté d'un crâne se tourna pour les voir et grinça des dents. « Bon sang, déjà... ? »
« C'est une drôle de chose à dire, compte tenu de la médiocrité de vos gardes. » Avec un sourire en coin, Karnak jeta un coup d'œil vers l'autel.
Milia n'était nulle part en vue. Seuls cinq nécromanciens encerclaient l'autel en psalmodiant.
Ils ne comptaient pas l'utiliser comme sacrifice ? pensa Karnak.
Perplexe, Karnak sortit une baguette de ses robes. « Très bien, très bien ! Ça suffit. Je ne sais pas ce que vous manigancez, mais vous pourriez peut-être conclure, non ? »
Comme à son habitude, Serati demanda en privé par lien télépathique.
—As-tu la moindre idée de ce à quoi sert ce rituel ?
Étonnamment, elle ne reçut pas de réponse immédiate.
—Je ne peux pas le dire rien qu'en regardant l'autel. J'ai besoin d'en voir plus pour le comprendre.
Ce n'était pas une configuration que Karnak reconnaissait. Elle avait été lourdement modifiée et il ne pouvait pas en déduire grand-chose à cette distance. Il fit une suggestion.
—Abattons-les d'abord et examinons cela de plus près plus tard.
Le groupe commença lentement à se déployer sur les flancs de l'autel.
En les observant, Harbert sourit soudainement : « Votre réputation était méritée après tout, Karnak Zestrad. Je ne m'attendais pas à ce que vous nous trouviez si rapidement. »
Puis, comme s'il était sincèrement déconcerté, il demanda : « Comment nous avez-vous trouvés ? Nous nous sommes donné tant de mal pour rester cachés. »
Le groupe fut intérieurement déstabilisé.
Euh... en fait...
On n'en avait aucune idée...
Si les cultistes n'avaient pas fait le premier pas, Karnak et son équipe auraient quitté la ville le lendemain matin, satisfaits après un bon repas.
Pourtant, Karnak ne pouvait pas laisser paraître cela. « *Hmph* ! Peu importe à quel point vous pouvez être furtifs, vous ne pouvez tromper mes yeux ! »
Harbert ne s'attendait pas vraiment à une réponse. « Eh bien, je m'en doutais. Vous n'alliez pas me le dire comme ça. »
Mais sa question n'avait été qu'un moyen de gagner un peu plus de temps.
« Mais c'est dommage pour vous ! » Il avait déjà obtenu ce qu'il voulait.
Levant son bâton, Harbert cria : « Vous arrivez trop tard ! Le rituel est terminé ! »
À cet instant, les quatre autres nécromanciens tirèrent simultanément des poignards de leurs robes.
« Ô Tesranach ! »
« Nous retournons dans ton étreinte ! »
« Accorde-nous ta présence ! »
« Ouvre un nouveau ciel sur ce monde ! »
Avec des cris fervents, ils s'égorgèrent eux-mêmes. Du sang écarlate jaillit et imbiba l'autel. Les courants sombres qui s'étaient rassemblés de toutes parts s'intensifièrent et tourbillonnèrent violemment.
Karnak fronça les sourcils. *Bon sang.*
Il avait supposé qu'il s'agissait d'un rituel sacrificiel standard. Mais il s'avérait être un rite d'auto-sacrifice. C'était un rituel qui se nourrissait des vies des nécromanciens eux-mêmes, ce qui signifiait qu'il avait progressé bien plus vite que prévu.
Du centre de l'autel, un être radieux commença à émerger, et une voix magnifique résonna comme une musique tandis qu'une lumière éblouissante se répandait dans la caverne.
***
La grotte entière trembla alors qu'un rugissement tonitruant éclatait. Dans un souffle de vent, cinq silhouettes jaillirent de l'entrée. C'était Karnak et quatre utilisateurs d'aura propulsés par la Marche du Vent.
Se tournant pour regarder vers la grotte, Serati parla d'une voix tremblante. « *Euh*... Seigneur Karnak ? »
Leven arborait la même expression. « Ça... n'est-ce pas *ça* ? »
Un instant plus tard, un être émergea de l'intérieur de la grotte. C'était une figure céleste vêtue de la tête aux pieds d'une armure de lumière rayonnante. La silhouette pointa une lance étincelante faite de pure lumière, et derrière elle s'étendaient une glorieuse paire d'ailes lumineuses.
C'était une forme qu'ils connaissaient trop bien. N'était-ce pas l'Ange aux Ailes Radieuses, l'esprit conjuré par la magie nécromantique de Karnak lors de son combat contre le futur Leven ?
La voix de Varos résonna dans une confusion urgente.
—Que se passe-t-il, jeune maître ? Pourquoi sont-ils ceux qui utilisent cette chose ?
Karnak, cependant, n'avait aucune réponse claire.
—Je... je ne sais pas ?
Il était tout aussi déconcerté. Même lui n'avait jamais été capable d'invoquer l'Ange aux Ailes Radieuses correctement au milieu d'un combat. Les conditions de sa manifestation étaient si strictes qu'elle n'avait fonctionné qu'une seule fois, et purement par hasard lors du combat contre le futur Leven.
Et ce n'était pas quelque chose qui pouvait être contrôlé comme une invocation normale. Karnak n'avait réussi à le manier qu'en le canalisant directement dans son propre corps, fusionnant efficacement avec l'entité pour en exercer le contrôle. Mais les subordonnés d'Elezar avaient réussi à le faire ? De simples cultistes ? De plus, ils ne l'avaient pas seulement invoqué, mais le contrôlaient comme s'il s'agissait d'un familier ordinaire ?
Comment diable ont-ils réussi ce coup-là ?
Mais il y avait un problème plus immédiat.
Leven, le visage pâle, le souligna. « Ça... n'était-ce pas censé rivaliser avec un Roi martial ? »
C'était vrai. Lorsque Karnak l'avait utilisé, il avait réussi à tenir tête au Roi martial Gellard, ou plus précisément, au futur Leven, qui avait pris possession du corps de Gellard.
« *Hahahahaha* ! » Un rire triomphant retentit. C'était Harbert. « Contemplez ! C'est le pouvoir nouvellement accordé par notre dieu ! »
Ses yeux injectés de sang brillaient de folie alors qu'il rugissait vers les cieux. « Ô ange de la mort ! Frappe nos ennemis ! »
Et une fois de plus, la voix de l'ange s'éleva en chantant. Une mélodie belle et divine qui recouvrit la forêt comme un sortilège.