Chapitre 271
Une femme magnifique, un bâton à la main, apparut au sommet de la tour réplique.
« Elezar... » Diogres la fixa, son regard empreint d'incompréhension.
Pourquoi, au nom du ciel, lui faisait-elle subir cela ? Quel genre de ressentiment pouvait-elle bien nourrir à son égard ? Ce n'était pas simplement qu'il se sentait lésé. Il ne parvenait tout bonnement pas à comprendre la raison de son geste.
Ils n'entretenaient pas de mauvaises relations. Ils n'avaient jamais été rivaux sur le plan politique. En réalité, ils avaient à peine interagi. Peu importait à quel point il se creusait la cervelle, il ne voyait pas le moindre avantage qu'Elezar pourrait tirer de cette situation.
C'était précisément pour cette raison qu'il n'avait pas réagi immédiatement lorsque les accusations avaient commencé. Avant qu'il ne s'en rende compte, les choses avaient dégénéré jusqu'à ce point.
Il avait entendu les rumeurs bien longtemps auparavant. L'empire, et plus précisément Elezar et Dreltein, l'accusait d'être un chef de culte. À l'époque, il s'était contenté de ricaner et de balayer ces propos. Qui pourrait croire à une fabrication aussi flagrante et absurde ?
Il murmura : « Je pensais qu'il ne s'agissait que d'une énième ruse pitoyable de ces cultistes... »
Ce qui lui semblait encore moins logique, c'était la femme elle-même, qui l'observait de loin avec un détachement total. Son visage ne trahissait aucune émotion. Il n'y avait là ni hostilité, ni intention meurtrière. Il ne percevait même pas la volonté de combattre. C'était comme si elle accomplissait simplement une tâche.
« Diogres Kolon... » Elezar leva son bâton, la Reine de Platine, au-dessus de sa tête. « Je vous en prie, patientez un instant. Je ferai appel à vous sous peu. »
Diogres répondit de la même manière, élevant le Bâton du Linceul de l'Aube dans les airs. De vastes torrents de puissance magique jaillirent de la Tour de l'Aube et de la réplique de la Tour de Platine, enveloppant les deux protagonistes. Des courants invisibles commencèrent à se déchaîner, tourbillonnant violemment autour des deux archimages.
***
Le ciel devint cramoisi. « Je suis celle qui fait fondre les cieux et les laisse s'écouler... »
Le ciel couleur de sang commença à s'effondrer.
« D'une unique goutte de flamme, je noierai le monde... » poursuivit Elezar dans son incantation.
Des centaines de colonnes de feu se mirent à pleuvoir sur les marionnettes d'acier en contrebas. « Brûlez, flammes. Que tout ce qui peut brûler soit consumé. »
Mais les marionnettes d'acier ne tombèrent pas si facilement. Avant qu'elles ne puissent être atteintes, une vague de lumière jaillit de la Tour de l'Aube.
Diogres avait promptement intercepté sa magie. « Ô lumière stellaire qui transperça le soleil, lève-toi et élève-toi ! »
D'innombrables éclairs rugirent, s'élançant du sol vers les cieux. C'était comme si une légion de dragons faits de lumière montait vers la voûte céleste. Des dizaines, non, des centaines d'éclairs s'entrechoquèrent avec la pluie de feu, la neutralisant en plein vol.
Les soldats tremblaient devant ce spectacle apocalyptique. Mais Elezar réagit différemment. « Eh bien, évidemment. Il n'allait pas se donner à fond dès le début. »
Avec un sourire, elle tapota doucement l'air avec la tête de la Reine de Platine. Des ondulations de mana frémirent dans le ciel, puis s'abattirent sur le sol. La surface de la terre se souleva comme un lac, et des lames intangibles jaillirent, lacérant le paysage.
Des cicatrices gigantesques déchirèrent des dizaines de kilomètres de terrain. À ce rythme, même la Tour de l'Aube risquait de ne pas survivre.
« *Hmph*. » Diogres ricana avant de balayer l'air d'un large arc de cercle avec le Linceul de l'Aube. « Est-ce là tout ce que tu as à offrir ? »
Des nuages noirs s'accumulèrent de toutes parts et vomirent des centaines de vortex. De chacun d'eux, des brumes d'air glacial se répandirent. À l'instant où les lames invisibles touchèrent le brouillard blanc, elles se figèrent, rendues immobiles.
Elezar plissa les yeux. « Oh là là. Peut-être ai-je été trop conservatrice ? »
Il semblait qu'elle dût ouvrir un peu plus le coffre-fort. Ainsi, les deux archimages, êtres ayant depuis longtemps transcendé les limites de l'humanité, continuèrent à déchaîner leur magie. Une destruction implacable succédait à une autre.
Le tissu même de la nature, qui aurait dû mettre des millénaires à changer, fut remodelé en quelques secondes. C'était un spectacle terrifiant, une négation totale du bon sens.
Un immense territoire s'étendant sur des dizaines de kilomètres était arbitrairement réécrit par la volonté de deux personnes seulement. Dans cet espace, ni l'armée impériale ni les mages de la Tour de l'Aube n'étaient plus que de simples mortels.
« Repliez-vous hors de portée ! »
« Si vous êtes pris là-dedans, vous ne mourrez pas simplement. Vous mourrez comme des chiens ! »
L'armée impériale fuyait dans la terreur, se bousculant pour échapper à la calamité, tandis que les mages de la Tour de l'Aube consacraient toute leur énergie à leurs défenses.
« Détournez toute la puissance vers la protection de la tour ! »
***
Sur l'image, la bataille magique entre Diogres et Elezar semblait équilibrée au premier coup d'œil. Mais Karnak savait mieux.
« On dirait que quelqu'un est en train de se faire repousser », murmura-t-il.
« Quel camp ? » demanda Serati.
Il lui était difficile de dire qui avait l'avantage. L'échelle de la magie était tout simplement trop vaste. Il était impossible de jauger quoi que ce soit par le simple visuel. Dans des batailles de ce genre, on ne pouvait saisir l'ampleur de la puissance d'un archimage qu'en se tenant au cœur du conflit, en ressentant leur magie de première main.
Mais à travers une projection comme celle-ci ?
« Pour être honnête, on dirait juste un gars et une fille en robe qui agitent leurs bâtons au milieu d'une catastrophe naturelle », dit-elle.
Karnak laissa échapper un rire sec et fit un signe du menton vers l'image. « Elezar bloque la plupart des sorts de Diogres. Tu peux voir qu'il commence à être déstabilisé. »
***
Diogres fronça légèrement les sourcils. Ce n'était pas qu'il fût en danger immédiat. Les deux camps n'avaient pas encore révélé toute leur force. Il restait encore beaucoup de marge de manœuvre.
Mais quelque chose clochait.
Comment peut-elle lire mes sorts avec une telle précision ? Quelqu'un aurait-il fait fuiter des informations ? Non... c'est impossible.
Ce n'était pas seulement improbable. C'était impossible. Même lui n'avait jamais utilisé sa magie du dixième cercle dans un combat réel auparavant. Comment quelqu'un aurait-il pu divulguer des données qui n'existaient pas ?
Elle ne peut pas voir le futur, n'est-ce pas... ?
C'était pourtant exactement ce qu'elle faisait.
« Je sais exactement comment tu agiras à cette époque. » Elezar continuait de façonner son mana tout en fixant Diogres. « Parce que ton futur moi me l'a dit. »
Chaque fois que Diogres lançait un sort, elle était prête avec une parade préparée. Réagir après le lancement d'un sort consommait une quantité massive de mana. Mais si elle pouvait l'anticiper, elle pouvait répondre avec une efficacité bien supérieure.
Bien sûr, même le futur moi de Diogres ne pouvait prédire chacun de ses mouvements. Personne ne pouvait prédire parfaitement ses propres actions, pas même soi-même. Au mieux, il pouvait deviner environ soixante-dix pour cent. Mais c'était largement suffisant pour Elezar, puisqu'elle était sur un pied d'égalité avec Diogres.
Pourtant, Elezar n'était pas totalement à l'aise. Elle était occupée à réfléchir tout en continuant à gérer un rayon magique qui s'étendait sur des dizaines de kilomètres.
Le problème arrive maintenant.
Si elle unissait ses forces à celles de Dreltein, il ne serait pas trop difficile de vaincre Diogres. Ils pourraient le submerger et le faire tomber.
Mais gagner sans endommager son corps ? C'était presque impossible.
Je ne peux pas lancer de magie avec l'intention de tuer...
Pour l'instant, tous deux utilisaient des sorts à large portée, donc l'absence de force létale n'était pas évidente. Mais avec le temps, Diogres se rendrait compte que quelque chose clochait dans sa façon de lancer les sorts. Pouvait-elle se permettre de prendre ce risque ? Pouvait-elle lancer des sorts mortels en espérant simplement qu'il les bloquerait à temps ?
Et si l'un d'eux frappait au mauvais endroit ?
Sur le champ de bataille, la mort survenait souvent là où on l'attendait le moins. Elle le savait bien, par une longue et dure expérience.
« En des temps pareils... » Elezar scruta les environs avec un sourire froid. « Je devrais emprunter sa sagesse. »
***
Soudain, Elezar se propulsa dans les airs. L'archimage brillait comme le soleil, enveloppée d'une lumière rayonnante. C'était un spectacle majestueux, et l'armée impériale éclata en acclamations.
Mais Diogres fronça les sourcils. Elle a choisi la magie de vol dans cette situation ?
Pour la masse, un mage s'élevant dans le ciel et lançant du feu et des éclairs était l'image même de l'archimage. Mais en réalité, voler lors d'un duel entre mages n'était pas la stratégie la plus avisée. Prendre son envol signifiait se transformer en cible facile.
« Cela signifie qu'elle prépare quelque chose. » Restant sur ses gardes, Diogres répondit avec des tactiques anti-vol classiques. « Tremblez, ô vents. Brisez l'appui de mon ennemi. »
Un vaste mana agita l'air autour d'eux. Des tempêtes hurlèrent dans toutes les directions, secouant violemment l'ascension élégante d'Elezar.
Puis vint un barrage de projectiles de lumière. « Magie de masse ultime : Flèches. »
C'était un sort simple du premier cercle, lancé avec le mana et l'échelle du dixième cercle. Le résultat fut des centaines, des milliers de traits de mana obscurcissant le ciel alors qu'ils se précipitaient vers Elezar.
Elle répondit par un bouclier. « Que toute chose soit bloquée. »
Son bâton, la Reine de Platine, brilla d'une lumière aveuglante, et une sphère massive de brillance l'enveloppa. D'innombrables projectiles de mana s'abattirent contre la sphère de lumière, et les explosions assourdissantes se poursuivirent sans fin.
Au milieu de ce bombardement incessant, Elezar ne fit rien d'autre que de se recroqueviller à l'intérieur de la barrière, tel un lapin se cachant dans son terrier. Il n'y avait aucun moyen d'esquiver. Sa magie de vol était supprimée.
Diogres observait calmement la situation tout en continuant à manipuler l'air autour d'eux. Il est impossible qu'elle ne connaisse pas les risques de voler sur un champ de bataille comme celui-ci.
Peu importe la puissance du mage, peu importe son habileté à la magie aérienne, si le mana dans l'air ambiant était perturbé, il ne pouvait maintenir son vol. C'était comme essayer de faire flotter un navire sans eau en dessous. Cela n'avait rien à voir avec le talent du marin.
Pour cette raison, même les mages capables de voler s'élevaient rarement à des hauteurs où une chute pouvait être fatale.
Alors ? Quel est ton plan maintenant ?
Juste à ce moment-là, une longue détonation de cor de guerre résonna dans les airs. C'était le signal pour un assaut au sol.
Les yeux de Diogres se plissèrent. C'était donc pour cela ?
Il comprenait maintenant pourquoi elle avait pris son envol. Elle avait attiré son attention et sa magie vers le ciel, juste pour créer une ouverture permettant à l'armée impériale d'avancer.
Mais cela n'avait toujours pas beaucoup de sens pour lui. Le champ de bataille entourant la Tour de l'Aube s'était transformé en un enfer vivant à cause de leur duel. Les flammes brûlaient la terre, la vapeur jaillissait, la glace gelait des sections entières du terrain, et des ondes de choc déchiraient le sol. Tout être humain ordinaire qui mettrait le pied dans ce chaos connaîtrait un sort misérable.
Et pourtant, elle envoie l'armée impériale, de brillants jeunes soldats de l'empire, dans cette folie ?
Elezar de Reflasion, mage de la cour impériale, n'était pas une sainte. C'était un fait. Elle avait occupé de hautes fonctions tout au long de sa vie et avait été empêtrée dans d'innombrables luttes politiques. Elle avait fait preuve de sa part de ruse et de manipulation lorsque nécessaire. On pouvait difficilement dire qu'elle avait vécu une vie purement vertueuse.
Mais elle n'était pas non plus une méchante. Elle respectait toujours les limites morales que les humains ne devraient pas franchir. Elle n'avait jamais sacrifié d'innocents en connaissance de cause. Bien sûr, ce qu'elle faisait en secret échappait à la connaissance de Diogres, mais pour autant que le monde le sache, elle n'avait jamais franchi la ligne rouge.
Si l'on devait la situer sur le spectre entre le bien et le mal, Elezar appartenait clairement au côté du bien. Même si cette bonté était en partie une illusion, elle n'était jamais du genre à jeter des vies pour rien.
Non, même en mettant la moralité de côté, la situation elle-même est étrange.
Qu'y avait-il à gagner en envoyant des troupes impériales sur ce champ de désastre ravagé par la magie ? Quel bien pourrait résulter d'un tel gaspillage insensé de précieuse force militaire ?
Avec une grimace, Diogres murmura dans un souffle : Que recherches-tu vraiment, Elezar ?