Chapitre 8
Pas le temps pour les questions, le temps commence à se gâter. Au loin dans mon dos, des grondements sourds se font entendre, le ciel devient noir. Les nuages s’entrechoquent et forment une masse sombre. J’applique alors une marche soutenue. L’orage gronde, un léger vent commence à se faire sentir. La pluie tombe et transforme le sentier en étendue de boue. Le soleil et ses rayons ont disparu. Gêné par les conditions, je ne m’arrête pas. L’air devient lourd et le vent s’agite. Les ténèbres me rattrapent et les branches des prêles s’affolent. J’accélère, ralentis, par la pluie. Encore, cette pluie qui rythme ma marche chaotique, les gouttes deviennent glaçons. L’orage s’intensifie et rien ne semble s’améliorer. Le chemin est devenu sable et chaque pas est une épreuve. La boue recouvre mes pieds. L’eau glisse sur mes cheveux et s’infiltre dans mes habits. Je suis écrasé par la tempête. Je trébuche, me relève, suis balayé par les vents. Rien ne me stoppera. Un grincement se fait entendre. La cime d’un sapin s’écroule devant moi. Le bruit de son impact contre le sol est diminué par le vacarme présent. J’ai peur, l’enjambe tremblant et continue mon épopée. Le froid dans mes mains commence à m’alerter. Je saigne légèrement après avoir trébuché pour la deuxième fois. J’aperçois alors une lueur au loin. La civilisation doit être là-bas. La motivation me revient. Le tonnerre gronde et la foudre l’accompagne. Je cours aussi vite que mon corps le permet. Je passe une sorte d’arche en bois délabrée. J’arrive à l’entrée d’une grotte légèrement abritée du vent et de la pluie. J’y serai en sécurité.
Une lumière chaude se dégage du fond de celle-ci. Il y a des pierres taillées le long des parois et de grandes poutres soutiennent la structure. Des pioches abîmées sont posées contre le bois. J’entends des voix au fond de la grotte. Je m’enfonce dans cette mine. L’air est chaud et sec. Il en est agréable et presque étouffant. Je vais rester ici le temps que l’orage se calme. Les voies remontent, apparaissent alors deux hommes, couverts de suies noires. Je m’assois pour reprendre mon souffle et les regarde. Un petit bossu et un grand maigre, les visages fatigués, leurs peaux pâles montrent un travail de longue date. L’un d’eux saigne du bras droit. Ils me dévisagent, je prends la parole. Je leur demande si je peux rester ici dans la mine le temps que l’averse s’arrête. C’est alors que, sans un mot, terrifié, le blessé sort son poignard. Il est couvert de sang frais.
Mon cœur crie de peur et je sors sans hésiter, cours sous la pluie comme si ce n’était rien. Je ne me retourne pas, ne ralentis pas, ne fatigue pas. Je les entends me courir après malgré l’orage qui ne diminue pas. Leurs pas se rapprochent. Ils sont plus rapides que moi. Je ne veux pas mourir. Pourquoi je ne t’ai pas écouté, aurais-je mieux fait de ne pas partir ? Cette flamme signe son retour. Sous cette pluie des enfers, c’est ici que se décide ma survie. Je stresse, un sang chaud traverse mes veines. L’un n’est qu’à trois pas de moi. Que faire ? Je ne dois pas être la proie dans ce monde. L’adversité est faite pour être vaincue. Je me retourne, prenant mon médiocre poignard de la main gauche et ma hache de l’autre. Je pars sa lame avec ma hache et le plante avec mon poignard. Sous l’adrénaline, il ne se rendra compte que quelques secondes plus tard qu’il a déjà signé avec la mort. Son collègue qui le talonne le verra s’agenouiller avant de l’entendre lâcher son dernier râle.
Le deuxième me regarde plus terrifié que jamais. Il repart et court en hurlant jusqu’à sa grotte. Je suis à nouveau seul sous la pluie, un cadavre à mes pieds et l’orage gronde toujours. Le sang de mon adversaire est sur mes mains. Des larmes coulent sur mon corps. « Avance ! » crie ce corps. La pluie redouble de violence, mes yeux continuent à chercher une autre caverne où m’abriter. C’est alors que le sol sous mes pieds tremble. Il se fracture et la falaise s’effrite. J’essaie de m’accrocher à un endroit stable mais la terre se fissure sous mon poids… Je n’ai plus d’appuis ! Le glissement m’entraîne avec les gravats et la boue.
Je tombe… je crie.
Arh !
Je n'en peux plus…
La fin de la chute est douloureuse. Heureusement, rien n’a cassé et je m’abrite sous des arbres. Un peu de sang coule de ma jambe. L’orage passe et le ciel se dégage et je suis à nouveau seul. Une nature meurtrie par la tempête se montre à moi. Plus aucun bruit, le silence est total. J'ai besoin de temps pour réfléchir. Aurais-je tué un homme ?