Chapitre 59
Mon poignet gardait la marque de la brûlure. Dans la paume de ma main droite, restait la rougeur vive du drainage de mana.
Nous avions gagné cette guerre. Eden avait essayé de soigner ma blessure avec son mana, mais ce fut en vain. Il me réprimanda plusieurs fois d'avoir été inconscient, il pouvait et devait vaincre lui-même l'adversaire. Il fut même étonné de la facilité avec laquelle j'avais abattu le ministre. C'était lui qui m'avait pris ma jambe et nous avions pris la victoire décisive.
Eden était certain que la chute ne lui serait point fatale mais qu'elle permettrait de repenser les écarts de forces. D'après lui, la guerre allait toucher à sa fin et il allait pouvoir libérer tous ses camarades emprisonnés par le despote qui gouvernait Irmselia.
Je croyais en son plan, même sans oser le lui dire, j'avais peur pour lui. C'était l'unique personne, le miroir, qui m'aidait à avancer, un vrai ami. Je voulais enfoncer la balle la plus douloureuse à ce monstre qu'Eden allait affronter. Que la bête saigne et qu'Eden lui apporte le coup fatal.
Notre caravane faisait route vers la capitale. Le sable remplaçait maintenant l'herbe. Durant le trajet, un certain Cenk vint me parler.
« Le roi t'aurait proclamé garde personnelle d'Eden. »
« Oui »
« Non, je ne crois pas… »
Il ne se laissait point berner et voulait surement connaitre la vérité. Eden m'avait prévenu que certaines personnes douteraient mais qu'il fallait que je tienne cette ligne malgré les contradictions.
« Si »
Je closai la discussion.
« D'accord, donc pourquoi Eden aurait enfin accepté un espion du roi et lui aurait donné un objet étrange que personne ne connait ? »
Je lui répondis une dernière fois.
« Car il m'a reconnu capable. »
« Non, ça se sent qu'Eden prévoit quelque chose avec toi. Si tu veux un conseil, refuse d'adresser la parole aux personnes comme moi qui en savent plus que toi sur Eden. »
Ma bouche ne sut que répondre, j'hochai la tête avant de reprendre sur de la méditation.
Il rejoignit son collègue, un assassin encapuchonné nommé Ki. Il aiguisait une petite lame bleutée. Ses yeux venaient me tailler d'un regard froid. Il me dévisageait fixement. Mon regard se tourne vers Eden, il discutait joyeusement avec Takeo.
« Quand nous arriverons, tu demanderas la libération des autres. »
« Je doute qu'il accepte, il a trouvé son précieux et ne compte pas nous lâcher de sitôt. »
« On trouvera une solution, il est bien plus puissant que nous tous, donc la force ne sera pas une option. C'est un problème sans issue. »
« Je suis sûr que la réponse viendra en temps voulu. »
Ten ne se préoccupait pas de ce qui l'entourait. Il semblait occupé à jouer avec une petite masse de mana dans sa main. Mais la dernière phrase d'Eden l'avait interpellé.
« Tu penses qu'elle tombera du ciel ? » s'interrogeait Ten.
« Non, mais je sens un vent glacé tourner. »
Laura et Émilie s'échangeaient leurs armes, elles se partageaient leurs techniques mutuelles.
Le soir arriva et la lune monta. On savait que l'on entrerait dans la ville au petit matin sous les applaudissements de la foule. Les caravanes s'étaient arrêtées à quatre kilomètres de la capitale. Le dernier feu de cette mission était allumé et l'heure était à la célébration.
Je m'étais posé contre un rocher, mon fusil magique sur les genoux, j'écoutais discrètement mes anciens amis discuter. Pendant que mes oreilles surveillaient les conversations, j'essayais de soigner ma main droite de la brûlure toujours présente, laissée par la balle. La prochaine fois, je prendrai des gants avant de tirer.
Takeo s'interrogeait sur les autres, il semblait se questionner sur les choix depuis l'arrivée dans ce monde.
« Vous pensez qu'il est advenu quelque chose de l'autre moitié de la classe, restée en forêt ? »
« C'est une discussion qui ne sert à rien, peut-être qu'un ours les a mangés… » Lui sourit Ten d'un air moqueur.
Laura lui reprocha : « Tu es horrible ! Ce sont nos amis, c'est pas parce qu'ils ont choisi d'autres chemins que tu dois les abandonner. »
Ten argumenta : « Si, ils ne voulaient pas avancer et si on les avait écoutés, on ne serait jamais sortis de ce trou. »
« Au contraire, on ne serait pas devenu esclave d'un roi », répondit Takeo, regardant le feu comme s'il cherchait un dieu dans cette lumière pour le sauver.
« Avec cette guerre gagnée, on pourra fuir ce pays, que le roi soit d'accord ou pas. Je sais qu'on en a la force. Je pourrais même partir maintenant si je le voulais. » Renchérissa Ten.
Laura était furieuse et pointait Ten de sa lame : « Si tu fuis, il tuera les autres, tu comptes mettre leur vie en danger, réfléchis un peu ! »
« Je n'ai pas dit cela, juste que tu vois le roi d'un mauvais œil. » Ten lui répondit dans un calme froid qui me dressait les poils. Émilie essaya de calmer le jeu en baissant l'arme de Laura.
« Calme Laura, Ten a peut-être raison. En échange de notre service, il libéra nos camarades. »
« Pas sûr. » répliqua Takeo.
« Eden, qu'en penses-tu ? » demanda Laura.
Il répondit simplement pour rassurer ses amis. « Demain, tout sera réglé. »
Ces mots, je savais ce que cela voulait dire et sans un bruit je me levai. Un ami avait besoin de moi. J'avais un service à rendre. J'avais, comme j'avais été formé pour, un assassinat commandé.