Chapitre 56
Chapitre 56
Le soleil se levait dans mon dos.
Les paroles d'Eden résonnaient encore dans ma tête.
Je marchais vers le camp d'où le général m'avait recruté, j'allais appliquer son plan contre lui. Dans mon dos, emballée dans du tissu, était accrochée l'arme divine d'Eden.
Je ne me cachais point. J'avais réussi une mission, mais au fond de moi, je ressentais un échec. À chaque contrôle, je montrais un petit insigne indiquant mon rôle. Ce n'est plus la réalité, je revenais en traître.
Eden m'avait interdit de faire couler le sang. Mon seul but, voler des documents et détruire le reste.
Le camp apparut entre les arbres, au bout d'une petite montée. Les mêmes tentes, les mêmes feux de veille, les mêmes silhouettes qui changeaient de poste. Arrivant au campement, le général m'accueillit avec joie. Un sourire glissa de ma bouche. Mon objectif était une grande carte que le général gardait sur la table de sa tente. Je la vis.
Il me parla de ma prime et de ma graduation. Il m'indiqua que son supérieur viendrait d'ici quelques temps avec la récompense.
Il me suffisait de brûler la tente et d'attraper cette carte. Je voulais atteindre le bon moment, sûrement le soir quand les gardes seraient moins attentifs. La récompense pour m'aider aussi à subvenir à mes besoins.
Les mouvements de troupes s'organisaient à l'extérieur. Le général ordonnait joyeusement la manœuvre à ses subordonnés. Il me fit attendre un peu, ma récompense arrivait.
Je sentis alors une odeur familière qui me fit des frissons dans le dos, mon ancien recruteur venait me saluer avec Isaac. Ils étaient fiers de moi et m'indiquaient que je pourrais toujours les rejoindre. Je refusais poliment, l'odeur, elle ne venait pas d'eux.
C'était un parfum puissant qui me mettait mal à l'aise. On pouvait y percevoir une certaine bourgeoisie, voire plus.
Mes yeux naviguèrent rapidement vers l'entrée de la tente. Il était là, sans son épée maudite. Le responsable que je maudissais tous les jours.
Le ministre de l'épée blanche.
Il s'arrêta, comme choqué de ma présence. Un sourire narquois vint paraître sur son visage.
« Héros, on se retrouve enfin. »
Je ne répondis point, ma garde était prête. Il ne m'aurait point cette fois. Mes anciens collègues de guerre semblaient vouloir se faire oublier.
« Tu as survécu, tu mérites bien une deuxième chance et je vois que tu as renoué ta loyauté à notre royaume. »
Ma main gauche tenant l'Irmin dans mon dos. Le criminel était devant moi. Je me rappelais encore de ce jour où il avait brisé mes espoirs. Mon premier cœur voulait s'emballer.
« Si tu me donnes l'arme de la divinité de la sagesse que tu détiens, tout te sera excusé. »
« Non. »
Sans réfléchir, je brandis le sceptre et tirai une salve de mana en sa direction. Mon bras ne m'avait point trahi malgré l'émotion.
Il sortit une simple épée de son fourreau et contra les projectiles qui lui étaient destinés. Le fer enchanté prit les impulsions et se brisa sous le choc.
Je me devais de récupérer la carte, mais le général se mit sur mon chemin. Il me souffla des braises. Mon mana érigea un mur d'eau entre nous. Je ne devais pas me soucier de mon mana grâce à la graine et au sceptre d'Eden. J'inondais la tente, ce qui repoussa le ministre en dehors. La toile flanchait, je ramassais la carte avant que cette tente s'écroule. D'une dague, je coupai la toile. Enfin à la lumière du jour, Eden m'avait ordonné de rentrer, pourtant j'y voyais une opportunité et il restait son plan. Le soleil venait de se lever, ses premiers rayons venaient éclairer la clairière.
Tout le campement était là, en cercle. Le ministre en face de moi avait sorti son épée maudite, celle qui m'avait rendu handicapé, la raison de ma misère. Ma jambe gauche restait à jamais froide et il allait payer.
Non, je ne devais pas me laisser envahir par la colère. Mon désir de destruction était un gouffre immense. Ma graine m'accompagnait dans cette libération. Je venais briser les chaînes de mon bourreau et les utiliser pour le battre à mon tour. Je voulais lui faire connaitre le châtiment.
Eden m'avait seulement dit de détruire ce campement. Je pointai mon arme vers le ciel, une partie de mon mana vint frapper les nuages, des gouttes tombèrent, il commença à pleuvoir. Ma graine venait comme un second souffle combler le manque d'oxygène.
Le ministre se déplaçait comme la dernière fois. Cette fois, il visa mon cœur. Je pariai avec le bâton d'Irmin. Une violente onde de choc se propagea et nous expulsa de quelques mètres. Je m'agrippai grâce à ma jambe de glace. Le tonnerre commença à l'abattre sur le campement. La pluie faisait rage. De mon mana, je me créai un clone pendant que je disparaissais dans les ombres. La rosée du matin avait laissé place à une pluie battante. Le ministre me cria.
« Tu crois pouvoir fuir en créant la pagaille. Tu vas mourir de ma main. »
Je continuai d'invoquer le chaos. L'air que j'absorbais avait l'odeur pétrichor des enterrements. L'eau venait se frotter amicalement à mon corps. Des vents violents venaient coucher des arbres. Le soleil avait disparu derrière les nuages noirs. La foudre frappait autour de nous. J'étais l'instigateur de cette tempête. Mon corps se sentait à mon apogée. Le ministre essaya de venir me chercher une deuxième fois au corps à corps. Mais ce n'était pas moi. La foudre frappa à deux reprises. Ce n'était qu'une image, il se prit les épines de glace créées par mon clone de plein fouet.
Je pouvais peut-être le vaincre…
J'invoquais une dague de glace quand je le ressentis dans la paume de ma main. Malheureusement, l'heure avait sonné, l'arme d'Eden tremblait, c'était le signal. D'un coup, la porte du palais d'Eden m'aspira dans son antre.
J'atterris, trempé, dans le sable sec, le poing serré, je savais ce que j'avais essayé. Eden était là, il me tendit la main pour m'aider à me relever.
« Ravi de voir que tu as réussi la tâche que je t'avais confiée et que tu es sain et sauf. »
« Je ne t'ai pas déçu, voici la carte. »
Je la lui tendis et il l'observa attentivement.
« Cette carte est intéressante comme prévu, c'est un avantage certain. »
Pendant qu'Eden me parlait, j'essayais de sécher mes longs cheveux avec un linge. Je lui parlai de mon affrontement avec le ministre, ma domination était totale durant le combat. Eden me pria d'être prudent lors de mes prochains duels.
Il m'expliqua plus en détail les prochaines opérations. Maintenant je savais ma route. Mon cœur battrait même au sein des ténèbres de la nuit. Mon meilleur ami arrivait et je ne sais comment, par son calme et sa posture, à me donner des raisons de continuer, du courage, un réel sens à mon existence.
Il me demanda si je me sentirais à l'aise si je venais à revoir certaines personnes de la classe. J'hésitai et il me tendit un masque.
« Quand tu seras prêt. »
Je ne savais pas vraiment si je voulais revoir mes anciens camarades. Quelle image avaient-ils de moi ? Suis-je encore important à leurs yeux ? Des questions fourmillaient dans ma tête. C'est la fin de notre discussion et je n'avais pas eu le courage de les lui poser.
Le sable commençait lentement à disparaitre, les piliers retournaient à la terre. Eden m'indiquait la sortie.
Un masque de guerrier irmsélien sur ma tête, nous rejoignîmes le campement. Eden passa devant moi et m'indiqua comme sa nouvelle garde personnelle à l'entrée.
Le campement était en piteux état après la chute de la torche. On vint faire des rapports à Eden sur les dommages et blessés.
« Héros d'Irmselia, il faudra faire un rapport pour sa majesté, le Chah. Voulez-vous que je vous le rédige ? »
« Non merci, je m'en occuperai personnellement », répondit Eden.
Il saluait chaque soldat et s'avançait vers les ruines de la tour. Il y avait des débris de cristaux bleus sur le sol aux pieds des ruines. Eden ordonna.
« Il faut ériger un nouveau bouclier anti-magie. »
On indiqua qu'une troupe d'experts était déjà sur l'affaire.
C'est alors qu'Eden entra dans un petit cabanon, franchissant le seuil en bois, je perçus une silhouette nettoyant son épée.
Je vis Takeo.