Chapitre 55
Chapitre 55
Il regardait fixement, puis détourna son regard tendre sur ma jambe gauche.
Il n'avait comme plus besoin de ma réponse… C'est comme s'il lisait dans la glace, une illusion…
« Eiji, vas-tu bien ? »
Je ne sais pas ce qui m'a pris, comme une nausée soudaine. Mes yeux me piquaient.
« Bien sûr. »
Ce sont les seuls mots que ma voix tremblante put sortir.
« Sûr de cela ? »
Je craquai, je voulais lui dire cent mille mots.
« Eiji, retire ton masque, ici tu n'en as plus besoin. Parle. Je t'écoute. »
J'enlevai cet artifice, que mes yeux commençaient à larmoyer.
« Eden ! J'ai tout fait pour réussir.
Toi-même, tu le sais.
Jamais je ne me suis reposé. Tu entends ! Jamais, jamais je ne suis devenu FAIBLE !
J'ai toujours travaillé. Pourquoi ce monde me déteste ?
J'ai tout fait pour atteindre un succès, juste un succès, une petite réussite !
Tu comprends ?
Je me déteste, ce corps qui me nuit, comme tout ce monde. Personne n'a voulu de moi, pas une seule fois, toujours rejeté.
J'étais du bétail attendant l'abattoir. À l'abattoir, car je n'avais pas les critères. Toujours décevant, en dehors du rang.
Comment tu peux être l'ami d'une honte pareille ?
Pourquoi je suis, je suis un sale con ! »
J'étais en sanglots. Pour la première fois de ma vie, j'ai eu l'impression de jeter un corps mort à terre. Eden posa sa main chaude sur mon épaule.
« Eiji ! Tu vaux plus que quelques succès… Tu es un ami en or… Tu ne te rends pas compte… Je suis sûr que tes parents seraient fiers de tes efforts. Pas parce que tu as triomphé… »
Il me prit entre ses bras, mes yeux avaient laissé naitre deux petites rivières. On s'assit, il me tendit de l'eau. Je bus pour regagner mes larmes.
Je lui racontai toutes mes souffrances et le temps sans le groupe.
Son palais avait changé pour laisser place à un dîner.
Une petite table entre nous…
Il m'écouta, me laissa le temps de tout lui raconter.
C'était à son tour de raconter son récit. Il m'expliqua comment le groupe avait avancé la triste mort d'Aisha, il semblait encore s'en vouloir. Mais lui, il avait grandi. Il me raconta leur longue marche dans le désert et la rencontre d'indigènes. Un tournoi avait été organisé et Eden avait performé, jusqu'à la finale.
C'est là que tout basculait.
Eden avait une voix affirmée.
« Le roi prit en otage la classe que tu connais. Il avait de grands projets pour nous, ses "héros". »
J'hochai la tête.
« L'empereur me désigna comme officier dans son armée, j'avais hérité d'un titre. Il voulait que je lui rapporte la victoire lors de cette guerre. »
Je l'interrogeai.
« C'est évident, sinon quoi ? »
« Il mettra fin à la vie de nos camarades. Il semblait sérieux quand il m'en a menacé. »
« Où se trouvent les otages ? »
« À Irmselia, dans le palais royal. Ils sont l'usine souterraine de potions d'énergie. Ils doivent produire de leur propre nature un mana pur qui leur est volé. »
Je regardai ses poings serrés sur la table.
« C'est de la torture, ce ne sont que des animaux de laboratoire. Je dois les sauver. »
« Pourquoi tu n'as pas juste tué le roi ? »
« Je ne pense pas que cela soit possible, il y a un gouffre entre nous. »
« Et ton palais ? »
« il l'outrepasse sans difficulté. »
Eden semblait si sûr de lui. Il avait changé… Je le ressentais.
« Il est immortel ? »
« Personne ne le sait, il semble être au-dessus des lois humaines. Eiji, tu as commis certaines choses... mais je vais te pardonner. »
Je levai la tête.
« Ta classe, ils sont en grand danger. »
« Que veux-tu que je fasse, je ne suis qu'un poids, voir… »
« Non, tu es mon ami, un ami plein de potentiel. »
Il me souriait, Eden portait un sourire sincère à sa bouche. Il se leva et continua.
« Si tu veux racheter tes erreurs, je peux t'aider comme tu vas m'aider. »
Il serra son poing.
« Si cette guerre est perdue, nos collègues seront exécutés avant même notre retour sur les terres de sable. Nous nous devons de la gagner.
Notre armée avançait bien jusqu'à là, mais ton intervention vient de réduire notre tentative à néant, un seul homme capable de l'arrêter à lui seul ne peut pas être n'importe qui.
Tu dois avoir confiance en toi. Si tu m'apportes ton soutien, cette guerre sera remportée.
Un obstacle s'impose ; comment gagner la prochaine offensive si notre campement principal est devenu une fournaise ?
Je pense qu'un assassin génial semant le chaos dans les lignes adverses serait parfait. La guerre est sale, mais certaines méthodes permettent d'éviter de se salir les mains. Qu'en penses-tu ? »
« J'avoue ne pas savoir, qui voudrais-tu que je tue ? »
« Personne, personne. Tes mains sont sales, mais ce n'est pas une raison pour commettre le pire des vols, celui de la vie. Juste faire la même chose qu'ici, brûler toutes les provisions. Même si tu échoues, je serai avec toi. »
J'étais perdu, Eden n'avait aucune haine envers mes erreurs. Il m'acceptait sans voir mes défauts. Pour la première fois, je me suis senti aimé comme un frère.
« Voici ton nouveau masque, le mien, celui qui te permettra de revenir en tant qu'Irmselien au camp. »
Le palais se referma au milieu de la même forêt, il semblait que la tour flambait toujours.
Entre mes mains, le sceptre d'Irmin, pour la deuxième fois…
Il me partagea un peu de son mana et m'indiqua quelques consignes en cas d'urgence.
Malgré mes échecs, Eden croyait sincèrement en ma personne. Je ressentais comme une sorte d'honneur. Il avait disparu pour gérer le camp, mais il semblait laisser un œil sur moi malgré son absence.
Il était devenu un vrai leader. J'étais ravie d'être sa lame.
Je savais ce qu'il me restait à accomplir.