Chapitre 54
Chapitre 54
Ils arrivaient.
Je me retournai, il fallait fuir.
Aucune fenêtre, pas d'issue.
La pièce était en feu, aucun endroit où disparaître, je devrais les affronter.
Il fallait que j'atteigne la fenêtre par laquelle j'étais arrivé. La fumée dense noyait la cave. Elle venait salir les murs blancs.
Je montai les marches d'un pas décidé. Dans chacune de mes mains, je tenais mes armes fétiches. La lourde présence de mana et les cris se rapprochaient. Plus qu'un étage nous séparait. Ma respiration devenait difficile, la fumée venant s'inviter à la partie.
Le premier me fit face, son visage exprimait une sorte de surprise. Je le balayai et il mangea la poussière. Passant rapidement sur lui, je n'avais pas le temps. Son collègue essaya de me planter avec sa lance.
J'esquivai de justesse avant de lui renvoyer l'une de mes dagues dans son thorax. Il s'effondra sur le côté.
Mes yeux étaient devenus inutiles à cause de la fumée. Je retenais mon souffle, les gaz pouvaient avoir des effets néfastes. Ma vision du mana m'aidait à fuir cette citadelle. Mes poils se dressèrent, sentant les vrais dangers se mettre en marche. Les grandes présences semblaient commencer leur descente.
Heureusement, enfin, la fenêtre était juste là. Je sautai ainsi immédiatement par celle-ci. J'atterris brusquement au milieu du passage. Le choc fut puissant et douloureux. Pas le temps de penser à ça.
Un Irmselien me vit et cria l'alerte. Ce n'était donc pas fini. Je courais vers la faille que j'avais créée.
Les flèches pleuvaient sur moi, ma magie me protégeant de coups létaux. J'étais pourchassé. Derrière moi la citadelle était devenue une véritable torche de l'enfer. Ma jambe me faisait mal, l'effort était brut et violent.
Mes jambes s'embourbaient dans les sables mouvants de l'ennemi.
Je sentais ma défaite arriver et je la refusais.
De ma main jaillit une sphère concentrée de mon énergie, elle était instable, parfaite pour détruire le mana environnant. D'un violent coup de mon bras droit, elle alla s'exploser contre le sable qui me mangeait à petit feu. Les liens magiques rompus, ma course reprit. On voulut me faire face, j'accélérai, encore, comme voulant mourir de fatigue. Ils tiraient leurs meilleurs projectiles, voulant briser ma garde, toujours plus forts, me briser.
Je sentais que mes forces s'affaiblissaient, mais un second cœur avait pris le relais, celui du démon niché en moi.
Je sentais mon sang brûler d'une ardeur inconnue. Ma jambe droite se fit alimenter en sang chaud et la gauche en mana concentré. Pour autant, j'étais seul face à un pays. Mort, je leur serai ramené ainsi si je ne me sauve pas.
Un colosse vint se dresser sur ma route. Je voulus le passer par la droite mais vis sa main libre. Il m'attrapera comme un ours et son saumon. J'allais le noyer, mais tout ce mana dépensé… Il resterait encore les monstres de la citadelle à vaincre. Mon instinct les sentait sans me retourner, ils me traquaient. Je lançai mes deux dagues sur le géant. Celui trop occupé à parer mes attaques ne me vit passer sous lui, glissant sur le sol sec.
La barrière était là, le trou aussi.
J'allais y arriver.
Je plongeai.
...
Ahhh.
J'étais en dehors de ce camp de fou.
Vivant et entier.
Je pouvais respirer.
Reprendre mon souffle.
J'avais réussi.
Je m'allongeai sur le dos, contemplant mon œuvre, cette immense fournaise.
Mes collègues étaient là, ils n'avaient pas eu mon efficacité, j'aurais la prime.
Ils étaient étonnés de ma force et de mon agilité. Les trois se tenaient debout, ils ne semblaient pas autant fatigués que moi.
C'est alors que le trou dans la barrière s'élargit.
Un immense mana, celui du prédateur, en émanait.
Je reculai à quatre pattes, encore allongé sur le dos contre l'herbe.
Il avance devant moi, la silhouette noire éclairée par mon brasier dans son dos.
Deux autres sont aussi là, mais rien de comparable à l'homme qui se tient à une dizaine de mètres de moi. Mes collègues ont disparu, fuyant en me laissant comme pâtée pour chien. La masse principale ordonne leur chasse.
L'Irmselien pointe le doigt vers moi.
Le sol disparut sous mes pieds. Je tombai dans un portail.
J'essayai de m'extirper, impossible.
Je fis une longue chute.
Je vins m'écraser contre du sable.
levant la tête, j'étais dans un désert.
Je n'étais pas seul. Les trois lâches qui m'avaient laissé étaient là aussi.
L'être qui venait de me condamner volait au loin dans ce ciel étoilé.
Il se rapprochait et je semblais le reconnaitre.
Le sable s'enleva autour de nous pour laisser place à des piliers dorés. Le sol en marbre blanc vient remplacer les derniers grains. Les lustres flamboyants apportent la lumière manquante de la forêt. Au fond, un trône digne des divinités sur lequel trône un ami…
Eden, c'était donc toi.
Il portait une toge qu'il avait comme arrachée à partir de la taille.
Sa présence me rassurait. Son palais était un soulagement.
Aurais-je eu peur de mon ami ?
Nos mercenaires ont l’air perdus. Ces chiens vont regretter de m'avoir suivi.
Le palais est contrôlé par son maître et leur fin est proche, leurs pauvres destins sont dans les mains d’Eden.
Celui-ci a aussi changé d’apparence, des dorures recouvrent maintenant son corps, la lumière de la pièce l’acclamait en mettant en valeur son corps taillé, il portait une couronne d’olivier. Dans sa main gauche, un livre ouvert, il était accompagné d’écritures en or à l’intérieur. Dans sa main droite, une claymore, celle-ci était décorée de runes créées à partir de morceaux d’émeraudes.
Les troupes d'élite commencèrent à prendre peur. Réalisant surement trop tard l’erreur faite.
Je ressentais du stress et de l’hésitation. J'étais moi-même affecté par cette peur, j’avais un être divin à mes côtés. Il pourrait me faire disparaître d’un simple geste.
C’est comme si je n’avais pas de poids dans cette bataille, elle était gagnée d’avance. Eden flottait maintenant au milieu de la pièce, nous regardant de haut. Je semblais être étouffé sous cette puissance. Certains des mercenaires prirent leurs armes et étaient prêts à se les planter sans réfléchir. Eden les désarma et les agenouilla d’un courant d’air. Ils le supplièrent de les épargner.
Eden, regardant son livre, me demanda s’il est encore mon ami. Je le lui affirmais, il me dit qu’il sentait ma peur et me demanda pourquoi je m'étais aussi agenouillé alors qu’il n’est pas mon supérieur.
Je suis à genoux ?
Ce n’était pas un geste réfléchi, je ne sais pas…
Par peur ?
Il me demanda de me relever et de le rejoindre.
Je m’exécutai et vins le rejoindre.
Eden expulsa les autres du palais. Il revint à son état normal et je lui demandai pourquoi il ne les avait pas tués d'un simple claquement de doigt. Il me répondit par une simple phrase.
« Le pouvoir ne signifie pas le droit de vie sur ces pauvres pions de la guerre. »
Son pouvoir le dégoûtait, mon ancien camarade a vu ce qu’il ne veut plus voir. La peur de lui dans les yeux de son ami.
Il me dit qu’il ne l’utilisera plus. Je lui dis que ça n’a point d’importance si cela mène même à la victoire.
« Eiji, qu'es-tu devenu ? »
Je connaissais parfaitement cette réponse et lui répondis fièrement.
« Plus fort. »
Il soupira, je sentis une sorte de tristesse dans sa voix.
« Tu as tué des gens et ça ne te fait rien ? »
Je ne savais quoi répondre.
Il attendait ma réponse.