Chapitre 52
Chapitre 52
Je n’avais pas une seconde à perdre.
Je me précipitai pour m’inscrire à cette bataille.
Enfin je pouvais gagner ma vie par mes propres moyens.
Il fallait aller à la mairie pour m’enregistrer. Un formulaire de question rempli, on m’informe que je serai un mercenaire mage de troisième classe. Je me trouve un nouveau nom, "Mikeal", il remplacera "Eiji". J'inscris le nom de mon commandant "Marius Carl", c'était le grand qui m'avait remarqué dans la taverne.
On m'invita à tirer quelques salves sur un mannequin. On me demanda juste de le détruire. Un sort de glace et l'épouvantail n'avait plus de tête.
On me remit une agrégation pour ma participation à la guerre.
Jérome, celui qui m'avait vaincu, m'attendait à la sortie.
Nous rejoignîmes le groupe pour la nuit. Nous allions dormir dans une étable réquisitionnée par l'État. Jérôme me présenta Isaac, un pyromancien et maitre de la terre, qui m'accompagnerait sur le champ de bataille. Mon corps s'allonge dans le foin.
Enfin du repos.
Je m’endors la boule au ventre, je vais participer à la guerre. Je crée une ombre qui me réveillera si quelqu’un m'approche de trop près. Certains, dont Marius, jouaient aux cartes. Pendant ce temps, Isaac faisait de la divination avec un taro enflammé. Le toit de grange m'empêche de voir le ciel, les autres se brulèrent de la viande pendant que mes yeux se fermèrent.
La nuit fut courte.
Nous nous sommes réveillés avant l'aube. Les préparatifs de la bataille commencèrent dans une heure, puis il y aura deux heures de marche pour rejoindre le champ de bataille. Je marchais avec mon groupe. J’activai la détection de mana pour mieux comprendre les gens qui m’entourent. La majorité des mages de mon groupe sont faibles. La majorité ne possède à peine la moitié de ma puissance. En contrepartie, leurs armes sont meilleures que les miennes. On m'a prêté un petit puukko et une hachette en plus d'un sceptre en bois.
Devant une grande tente, le commandant nous demande le silence. Il nous explique notre rôle. Nous sommes là pour faire des tirs aériens sur l’ennemi. Nous serons protégés par une autre unité de combattants d’élite. Notre but est de faire barrage aux troupes ennemies pendant qu'un autre groupe va s'infiltrer dans les lignes ennemies. L’ennemi en face, c’est Irmselia. Irmselia, la nation de la connaissance… Je devrais un jour y aller. Nous pressons le pas pour atteindre le champ de bataille.
Les Irmseliens avaient pris le contrôle du pont sud et commençaient à établir un campement de notre côté de la rivière. Nous devions les empêcher de s'installer et les repousser de l'autre côté de la rive.
La récompense était maigre, mais chaque soldat ennemi blessé ou tué nous rapporterait des primes sur notre salaire. Chaque action permettrait d'augmenter son confort personnel.
Mon groupe semblait plus que motivé à en découdre. L'adversaire n'avait qu'à bien se tenir.
Marius, devant, dirigeait l'entièreté de notre groupe. Tous chantaient des hymnes à la gloire de l'épée blanche. Sous ma capuche, je fredonnais quelques lignes. Isaac chantait à tue-tête à ma droite avec son ami Eric, maitre du feu.
Notre garnison se rapprochait de la ligne de front. Les sorts commençaient à pleuvoir, un ciel d'orage. Les éclairs et les boules de feu ardents se côtoyaient dans l'air. Nos premières lignes se renforçaient et créaient de grandes barrières magiques bleutées avec leur mana, nous protégeant.
Nous, les lanceurs, devions affaiblir et détruire leurs boucliers. Ainsi les faire reculer.
Les tirs n'étaient point ordonnés, ce n'était pas notre but. Notre bataillon devait être présent pour sa puissance et son nombre. Très peu possédaient des formations militaires, notre seul ordre, mitrailler l'ennemi de notre mana. Isaac m'expliqua qu'il fallait faire des tirs en cloche pour réussir à atteindre l'adversaire. Ce n'était pas élégant, c'était la guerre.
Après deux heures à tirer des rafales d'eau concentrée avec mon mana. Quelques sorts adverses étaient parvenus jusqu'à nous mais rien de réel, nous étions très reculés. Je me sentais plus puissant que la majorité de mon escouade. Je n'avais eu besoin d'aucune pause contre les autres. Ma place n'était peut-être pas ici. Je demandai à Isaac si nous avions une chance d'abattre quelqu'un.
« Presque impossible, nous sommes trop loin et nos sorts ne leur seront pas létaux. Il faudrait que tu sois réellement sous les feux adverses pour avoir une chance de faire couler le sang. »
« Comment se rapprocher ? »
« Être un guerrier ou un mage de l'armée. »
Cela sent quelque chose…
« C'est ennuyant, peut-on changer d'unité ? »
Je sentais du mana se réveiller, mes yeux regardèrent autour de nous, rien. Peut-être, les restes d'un sort puissant.
« Tu es un mage, tu ne te rends pas compte de la différence avec un guerrier. Il y a un examen bien plus complexe pour être dans les premières lignes. »
Non, quelque chose d'autre.
« Si c'est le seul moyen d'avoir un salaire décent, alors je le ferai. »
Je présentais une menace.
« Ne rêve pas trop. Nous sommes en sécurité ici. »
Je poussai violemment Isaac sur le côté. Un assassin venait de planter sa lame dans le vide où se trouvait mon collègue.
L'assassin se retourna vers moi, il avait choisi sa nouvelle cible.
L'homme petit et fin tenait deux poignards à lames courbées. Il essaya de me planter, mais je fis un bond en arrière. Je jetai ma cape, elle me gênerait.
Son regard ne me lâchait plus. Autour de moi, d'autres assassins venaient de blesser mon groupe.
Lorsque mes yeux quittèrent mon assassin, il disparut dans un nuage de fumée qui m'entoura.
De ma vision, je voyais où il se cachait.
Il pensait être le chasseur, ce n'est pas le premier qui tentait de m'ôter la vie.
L'Irmselien s'élança, il plongea son bras armé vers mon torse.
Mais ce n'est pas un assassin formé, ses techniques manquaient cruellement de finesse et il ne visait point mes organes vitaux. Il attaquait, attaquait juste pour toucher, aucune idée du résultat. Un gamin envoyé contre un héros qui a connu le pire.
Il était juste lent.
J'attrapai son bras arrivant de ma main droite et le gelai de ma puissance.
Une dague de glace se créa dans ma main gauche. Je me rappelais encore de cette défaite humiliante face à Armin. L'adversaire semblait plus faible, pourtant je n'aurais aucune pitié, c'est lui qui voulait m'ôter ma précieuse vie, mon espoir qu'on essaye de briser.
Il aurait voulu s'enfuir, disparaitre comme il l'avait fait précédemment. Il planta à deux reprises sa lame froide dans mon épaule comme par panique. Je ne sentis presque rien, c'est comme si les douleurs causées par les vrais assassins m'avaient vacciné face à cette petite lame.
Il me regarda, terrifié. Il voulait me supplier, je n'avais pas le temps pour ça.
D'un coup sec, ma lame traversa son armure puis sa peau. Des cristaux de glace naquirent de la plaie.
Le froid le couvrit complètement. Il mourut en silence.
Isaac, au sol, avait les yeux écarquillés.
Nombreux étaient nos collègues qui avaient succombé aux attaques surprises de l'ennemi.
L'effet de surprise était fini. Je dissipai le nuage de poussière. Je tirai à répétition de petites particules qui transpercèrent les armures légères des assassins.
Ce n'étaient que des pions face à moi, ils s'écrasaient sur le sol un par un.
Une infanterie arriva en renfort. Ils tuèrent les derniers Irmseliens.
À côté de moi, le corps d'Eric, allongé contre la terre, il avait un trou dans le flanc droit.
Je n'avais pu le protéger, mais c'était la guerre. Il fallait déjà que je me protège moi-même.
C'était la perte d’un lanceur de feu.
Isaac semblait perdu, ses yeux étaient noirs, il regardait le vide. On lui ordonna de se reposer. Il marchait vers le campement en chancelant.
Le capitaine de cette garde vint me saluer, j'étais torse nu, deux petites griffures dans l'épaule gauche. Il demanda à un soigneur de venir guérir mes plaies, mais celles-ci eurent disparu avant son arrivée.
Le commandant sur son hippogriffe blanc me demanda si j'étais un mage ou un guerrier. J'y vis une opportunité pour changer de spécialisation.
Il me tendit sa main et je la pris.