Chapitre 51
Chapitre 51
L'impression que le néant m'avait absorbé pendant une éternité, mon corps ne me répondait plus. Cela m'a rappelé… non. Je n'avais pas eu le temps de comprendre, cette neige épaisse et lourde m'avait-elle empêché de voir la vérité ?
Je sentis mon cœur battre doucement dans le vide. Je commençais à me réveiller de ce mauvais rêve. Mon diaphragme venait contracter mon ventre. J'étais allongé, il faisait froid. Une odeur de charbon de bois vint se glisser dans mes narines.
Des voix s'agitaient autour de ma tête.
« Kerge, va chercher Bemar. Il pourrait le maintenir en vie. »
Que se passe-t-il ? Je sens mon dos me faire mal. J’entends des personnes parler autour de moi. Le flou commence à se dissiper.
« Tu as vu la glace qui l’entourait ? Même ton feu ne lui rendra pas la vie. » Un autre s’exclama.
« Non, regardez ! »
« Comment ça ? » dit son collègue. Une voix féminine murmura alors.
« Il commence à bouger, il va se réveiller. »
Une voix calme et virile, elle me semblait familière, demanda : « Il est plutôt résistant pour un jeune. Il a quel âge ? »
Un autre lui répondit.
« Vingt ans maximum. Il ne peut pas être plus vieux. »
La femme dit : « Il se réveille… »
J’ouvris doucement les yeux. Une lumière froide passait par une fenêtre et venait se fracasser sur le lit. Je suis dans une petite maison.
Il y a trois silhouettes qui me regardent. Un grand homme barbu est assis au fond de la pièce. Il y a aussi une femme aux longs cheveux noirs qui est en train d’utiliser des sorts de soin sur moi. Le dernier, je le reconnaissais. Son nom m'échappait, il m'avait aidé à rejoindre le royaume. Mon premier compagnon d'aventure.
Marcel, voilà !
Une flamme à la main, il me regardait stupéfait. Je suis encore congelé. Mon corps se réchauffait petit à petit. Je ne pensais jamais le revoir.
J'étais épuisé et ma tête sonnait comme une cloche.
« Où suis-je ? »
Marcel me répondit.
« Chez moi, à Stelin. »
C'était un petit village dans les hauteurs proches de la capitale.
« Depuis combien de temps suis-je ici ? »
« Ta lettre, tu pourrais nous l’expliquer. »
Non, pas cette lettre.
Elle... non...
« Rien d’important. Non… »
Un petit papier que je détestais. Pourquoi fallait-il qu'ils l'aient lu ?
« À qui était destinée la lettre ? » m'interrogea la femme.
Une larme coule sur mon visage. Je vais leur dire la vérité. Je n'en ai plus rien à faire.
« Elle m’était destinée car j’étais le plus faible. »
« Repose-toi, on revient dans un moment. »
Ils sortent et claquent la porte en bois. Depuis le lit, je les entends discuter.
« Je le trouve bizarre. »
« Il ne ressemble plus au jeune héros ambitieux qu'il m'a montré la première fois. »
« Il devait être le messager, ne plus avoir toute sa tête. »
« Il n’est ni fiable, ni faible. Je ne comprends pas comment il s’est retrouvé dans cet état. Comment la neige pourrait-elle venir à bout d’un corps si robuste ? »
« Il a pu être la cible d’un complot, d’où la lettre qui parle de renvoi. »
« Attendons un peu qu’il retrouve ses esprits. »
« J'ai envoyé Niko avertir le roi que nous avons retrouvé le Héros et qu'il est en sécurité ici. »
Je saute, un frisson parcourt mon corps.
Mon corps aimerait se reposer, rester ici. Mon esprit, lui, panique.
Mes mains tremblent. Le roi de l'épée blanche sait où je suis.
S'il me retrouve. S'il me retrouve.
Non, je dois partir, peu importe mes blessures.
« Vous ne trouvez pas bizarre qu’il y ait autant de sang autour de lui ? Quand on l’a trouvé, il y avait de son sang dans la neige, partout, mais il n’est blessé nulle part. »
« Tu oublies qu’il lui manque encore une partie de sa jambe gauche, elle semble maudite, elle n'a pas pu se régénérer mais semble cicatrisée depuis longtemps. »
« Il est hors du commun. Je pensais que le froid lui serait fatal. »
Je régénérai immédiatement ma jambe de glace, pas de temps à perdre. Je sautai discrètement du lit, fouillai dans l’armoire mais je ne trouvai pas mon bâton. Mon souffle était faible. Pas le temps de traîner ici.
Les assassins pensent surement que je suis mort et le roi vient d'apprendre l'inverse. Je dois fuir ce pays. Partir vers des contrées lointaines.
Que me reste-t-il ?
Rien.
Il y a une fenêtre dans cette pièce, je n’ai pas le temps de rester ici. Certaines personnes veulent ma mort. Je brisai la fenêtre et m’enfuis par l'arrière de la bâtisse dans la forêt. La neige tombait, elle couvrirait mes traces.
Je me trouverai un futur bâton plus tard, pour l'instant m'en aller loin de ce lieu. Je pensais que le démon serait diabolique avec moi. Au contraire, il paraissait ravi. Je dois donc survivre un an avant de me réfugier sur le deuxième continent, maison du diable. Là-bas, je serai peut-être enfin tranquille.
Pourquoi avoir accepté un pacte avec un démon si c'est pour perdre quand même contre mes adversaires ? Tous ses entraînements et efforts, encore une fois, ils m'ont servi à rien.
Je suis l'esclave des autres. Je n'ai été qu'un pion.
Plus jamais, personne ne m'utilisera ainsi.
Je fut quelqu'un de bien et ces mondes furent mauvais.
Mon mana était faible, mais je le concentre dans ma jambe pour fuir. La forêt est dense. Je marchai lentement vers l'inconnu. Je marchai seul et affaibli dans ce froid. Je marchai dans la taïga pendant des heures. La neige alourdissant mes pas. Je ne sais pas pourquoi j'avançais.
Cette existence est pathétique. Si je veux y trouver un sens… Je grimpai à un arbre avec mes mains gelées, un objectif, une ville où trouver de la nourriture. J’aperçus de la fumée et de grandes toitures au loin. Mes jambes retrouvèrent de la force. J’accélérais de peur que l’on me suive et me rattrape. Mon ventre criait famine.
Je m'approche de la source de mon espoir et au détour d'un rocher, un loup blessé se reposait. Je ne vais rien faire et continuer ma route. Je suis lasse de combattre.
Il n'était pas du même avis et s'interposa. Je n'eus d'autre choix et me préparai à répondre.
Le loup solitaire chargea sur moi. Il va regretter d'être sur mon chemin. J’envoie du bras droit un coup de poing contre l’animal. Ce poing chargé de mon énergie laisse mon mana se profiler en une puissance balle. Elle transperce le crâne de la bête.
Son sang pourpre vint recouvrir la blanche neige. La vision de ce sang me fit avoir des vertiges et je dus m'asseoir un peu plus loin, sur un tronc mort, un moment.
Mon ventre criait famine, je dus continuer. La route fut longue.
Arrivé aux portes de la ville, je vis un bar. J’y entra sans réfléchir. Quelle ne fut pas mon erreur. Une dizaine de mercenaires me regardait l’air sombre. Le barman me demanda ce que je voulais. Je lui dis que j’avais été pillé. Je cherchais un endroit où me nourrir, que je rembourserai plus tard. Il me regarda et rigola.
« Un gars seul finit toujours par être pillé. »
« Ce n’est pas le problème. »
« Si, tu viens de te faire piller et je n’en ai rien à faire. Les bandits rodent, tout le monde le sait. »
« Tu n’as pas l’air blessé en plus. »
Je lui montre ma jambe. Je déteste mentir mais je suis obligé. Je ne me suis pas fait piller, mais abandonner. Au fond, c'est pire. Un grand gaillard se lève et me propose.
« Ok, je te propose un truc, si tu me bats en combat physique, je te payerai un truc.
J'acceptai. On écartait les tables pour y faire un ring. Il avait un corps bien construit.
Il sourit à son collègue et le combat se lança. Il avait des mouvements prévisibles et puissants. Ces coups étaient semblables à ceux d'un taureau en charge. J’esquivai avec aisance puis m’élançai à hauteur de sa taille. Il ne vit pas le coup venir et mon poing vint s'enfoncer dans ses côtes de toute ma force… Mon poignet se tordit légèrement à l’impact.
Il a résisté.
Je lui envoyai alors mon pied dans sa hanche, espérant qu’il se rende. Mais cela ne lui fit rien. Il m’attrapa la jambe et m’éjecta contre une table en bois. Il fut déclaré vainqueur.
« T’es pas mauvais. Tient un truc. »
Il me jeta un bout de pain sec que je mangeai aussitôt.
Il rajouta alors.
« En échange, participe à la grande guerre comme mercenaire sous ma compagnie. »