Chapitre 50
Chapitre 50
Le jour se leva sur la capitale du désert. Je n'avais pas réellement fermé les yeux de la nuit.
Kaze avait bu malgré les critiques d'Emilie la veille, puis il avait ronflé assez fort. Mais ce n'est pas ça le problème, mon corps, il avait peur. Cette fois, je savais que je risquais de perdre gros si j'échouais. L'essence nous donne actuellement l'espoir de rentrer dans notre monde.
Malgré le manque de mon palais, il me reste l'Irmin, ma carte maîtresse. Personne, sauf Eiji, n'en connait l'existence. Je ne l'utiliserai pas. C'est un atout qui doit être utilisé pour protéger et seulement protéger le groupe.
Je ne suis pas seul, Ten et Émilie seront aussi là pour l'obtenir.
J'allai me balader entre les étals pendant que le groupe dormait. Tout semblait si calme une heure avant l'ouverture. Il y avait encore quelques odeurs sucrées de la veille. Certains marchands étaient déjà levés et me saluaient en souriant. L'un d'entre eux m'offrit une orange. J'étais devenu une figure de ce tournoi. Décrit comme un nouveau gravissant rapidement les échelons. Ce qui n'est pas totalement correct.
Le soleil commençait à pointer le bout de son nez. Je me dirigeais vers l'amphithéâtre pour m'échauffer. J'entraînais mes offensives dans le vent. Le colosse vint alors me voir. Il semblait déçu de n'avoir pas pu m'affronter dans l'arbre du tournoi.
Il me proposa.
« Un combat, ça te chauffe ? »
En attendant que Ten et Émilie arrivent, cela ne pouvait pas me faire de mal.
Le combat se termina sur une égalité. Aucun ne voulait utiliser ces bottes secrètes. Il termina cet échauffement en me disant.
« Sterb, c'est un super soldat du niveau d'un héros, voire plus. Espérons qu'il ne te massacre pas trop. »
Les autres arrivèrent, on s'entraîna ensemble dans l'arène. Le soleil commençait à dominer le ciel et les tribunes se remplissaient à vue d'œil. Le roi et le moment fatidique arrivèrent.
Ten a combattu l'un des vainqueurs de l'an passé, un adversaire redoutable maniant l'épée aussi bien que la magie. Il domina tout le combat et Ten perdit. Émilie dut se rendre rapidement à cause d'un assassin qu'elle n'avait pu tenir à distance. J'étais le dernier à passer.
Le mage se tenait devant moi. Il avait une trentaine d'années. Sa tunique était noire avec des ornements en argent. Dans sa main, un sceptre, celui-ci avait un rubis rouge à son bout.
Le roi me salua et salua son ami. Je devais gagner.
la cloche sonna une dernière fois.
Instantanément, il invoqua des morts, des créatures démoniaques. Celles-ci se jetèrent sur moi. J'étais prêt, je plantai deux monstres d'une lance de lumière sortant du sol. Je courus sur un démon, je parai la griffe de mon ennemi de ma lance à droite et pour le tuer j'utilisai mon poignard de la main gauche.
Le nécromancien, le visage fermé, se multiplia. Il créa une vingtaine de clones de lui-même pensant pouvoir me piéger.
J'activai ma vision d'énergie. Je sautai sur le clone dégageant le plus d'énergie.
Ma lame le transperça sans peine.
Il explosa en des débris de matière sombre.
Un faux, un piège.
Les petits morceaux vinrent couper mon visage.
Il savait comment j'allais procéder.
Son mana me brulait.
Je mis un genou à terre.
Tout mon corps s'affaiblit. Il broyait mon mana et mes os.
Non, je ne dois pas utiliser mon palais.
Il me reste une solution. Je ne devais pas l'utiliser, mais Ten et Emilie ont perdu. Contre mon gré, je suis le seul espoir.
Sterb avançait tranquillement pour récupérer sa victoire.
Mais ce n'est pas fini !
De ma dimension, je fis apparaître l'arme dans ma main, le bâton d'Irmin, cadeau de la sagesse.
Le bâton entre mes mains, ma puissance doubla et fit fondre la malédiction qu'il m'avait envoyée.
Sterb sauta en arrière et invoqua un dragon squelettique.
La tête de celui-ci arrivait jusqu'au premier étage des tribunes.
La foule était en délire.
Je venais d'avoir besoin de l'utiliser, pour la deuxième. C'est une arme que je voulais garder secrète, mais pour gagner une essence, il faut bien savoir sacrifier certaines cartes.
Je pointai mon sceptre dans sa direction et tirai, un seul et puissant flux d'énergie.
Tire dans la direction du dragon. Le sort de lumière détruisit le dragon. Le reste de ses os s'écroula sur le sol. Mais ce n'était pas fini, je fis revenir de toute ma puissance le faisceau sur le nécromancien.
Vitesse hypersonique, il fut atteint avant que le son l'avertisse du danger.
Je le touchai de plein fouet, sa détection magique n'avait pas eu le temps de réagir.
Il lui fallut deux secondes pour comprendre ce qui venait de lui arriver.
Il tomba sur ses genoux puis s'affala.
Sterb rampait maintenant au sol. La mort allait le cueillir s'il ne se rendait pas.
J'invoquai une dizaine de lances pour lui ordonner de se rendre.
Devant la puissance du bâton d'Irmin, il abandonna.
Il me fallut cinq secondes pour réaliser ce que je venais d'accomplir.
La foule m'acclamait, criait, hurlait.
Mes collègues en haut des tribunes sautaient de joie.
Le soleil qui m'avait brûlé la peau ces derniers jours m'illuminait sympathiquement.
Je célébrais, je voyais la joie dans les yeux de ma classe.
J'avais réussi, enfin une victoire.
Un poids s'enlevait de mes épaules. la fatigue semblait disparaître. Je me sentais soulagé, enfin un peu de repos, un moment de repos.
D'un seul coup, je vis l'empereur enlever sa cape et s'approcher du muret de sa tribune.
Le roi sauta d'une vingtaine de mètres depuis le haut de sa tribune.
Un nuage de poussière et de sable souffla l'arène.
Il était là, armé devant moi.
Mais mon instinct sentit que ce n'était pas le principal et me retourna.
Dans les tribunes, des gardes lourdement équipés avaient encerclé la classe.
Emilie et Ten sont les seuls sur le terrain avec moi.
Je dis au roi qu'il ne devrait pas jouer à ce jeu.
Ten menace le roi qu'il tient en joug de sa main d'où émane une sphère noire, comme la nuit de la mort d'Aisha. Émilie s'est entourée de flammes bleutées.
Il va devoir nous battre.
Le roi rigole et claque des doigts. De son mana, il supprime celui des autres.
Je suis résistant grâce à Irmin. Il m'offre une puissance sans égale.
C'est le moment. Mon plan de secours.
Mon palais.
Le temps se dilate autour de moi. Je tends mon bras dans le vide de l'espace, brise la réalité et attrape la poignée de l'imaginaire. J'active mon palais et m'y fais téléporter.
Je vais sauver mon groupe.
Téléportez-vous à moi !
Je regarde autour de moi, personne.
Personne…
J'ai pourtant mis de mon mana dans tous mes collègues pour qu'ils viennent ici si je l'active.
Pourquoi cela ne marche pas ?
J'avais pourtant fait plein de tests… des tests méthodiques… des tests précis.
Tout être infusé est normalement automatiquement attiré dans mon palais quand je l'active.
Personne, vraiment personne ?
Non, ça doit fonctionner !
Je m'assois dans le sable.
les colonnes qui craquaient légèrement.
Incompréhensible.
Impossible, non… Il aurait supprimé mes infusions.
C'est son sort qui a contré la capacité à importer des objets infusés de mon mana dans mon palais.
Un pilier s'effondra, un bruit sourd parcourut le vide de cette dimension.
« Donc tu es la réincarnation de la sagesse. »
Je saute sur mes pieds en retournant, Irmin à la main.
En face de moi…
Dans cette dimension de vide où seul règne mon palais.
Un temple…
Non, une cathédrale…
Il écrase ma bastice par sa taille.
« Tu pensais être le seul à pouvoir voyager entre les mondes. »
L'empereur est là, confiant. Il est posé devant moi, une lance dorée ressemblant à la mienne dans sa main droite, un livre de sorts dans l'autre. Il avait son petit rictus comme à son habitude. Il savait qu'il avait gagné depuis que je me suis inscrit à ce tournoi. Je dois garantir la survie de mes camarades.
« Aucun intérêt de sortir de notre dimension. Je veux discuter avec toi, seulement toi. »
« Que voulez-vous ? »
« Un accord »
Je ne peux pas fuir, mon instinct me le dit, nous ne jouons pas dans la même cour, peu importe la dimension. Un combat signerait ma mort immédiate, son mana inonde le vide. Je range mon bâton doucement.
« J'écoute. »
Il fit disparaître ses armes en poussière et tendit son bras.
« As-tu peur pour tes amis ? car si c'est le cas, alors tu seras obligé d'accepter. Sinon je ne te fais pas un dessin… »
Il fit apparaître deux trônes en marbre blanc identiques. Il m'indiqua de m'asseoir.
« Pour commencer, tu me serviras. Pas comme esclave, comme disciple. »
Je n'avais pas d'autre choix que de l'écouter.
« Je ne vais pas t'enlever ton essence. Elle va grandir en toi. J'ai de grands projets pour toi. Tu peux la garder et tu participeras à la prochaine guerre. »
Je reste silencieux face à son monologue. J'étais encore choqué de la tournure des événements. Il prit une longue pause. Il avait donc tout prévu. Le roi lâche un petit compliment pour mieux me faire passer la pilule.
« J’apprécie les héros qui ont une culture et l’intelligence de l’autre monde. »
Il se lève et me demande de faire de même.
Je tremble un peu mais je m'applique. Il me tend sa main.
Je prends la parole, elle est frêle. J'ai honte de moi.
« Tant que ma famille est vivante, le marché tiendra… Je veux qu'ils soient libérés. »
« Ils seront retenus captifs et tes efforts pour la nation amélioreront leur niveau de vie. L'inverse s'applique aussi. »
Je me sens encerclé, je ne sais pas comment réellement négocier et il a l'avantage. Mon cœur est pris en otage sur le quai. Pour la deuxième fois dans ma vie, je sentais le train partir sans moi. Je demande avec un ton posé, faussement.
« Certains pourraient être libérés. »
Il refuse et ajoute.
« Peut-être… Certains te suivront sur le champ de bataille et tu pourras peut-être les choisir en temps voulu. »
Une question jaillit dans mon esprit.
« Comment cela se fait-il que je sois une réincarnation d'après vous ? »
« Ton palais et ton bâton sont les restes de la sagesse. Elle a vu un héritier. »
« Pourquoi moi ? »
« Peu importe. »
« La sagesse était prisonnière ? »
L'amertume se lit sur son visage. Il hésite.
« C'était quelqu'un de bien… qui m'a trahi. Toi, tu es différent. »
Il sourit et ferme la discussion.
C'est déjà un grand pas. Le roi me fait comprendre que le temps coule en ma défaveur. Il tend pour la deuxième fois sa main.
J'ai été imprudent et j'ai perdu.
Je prends sa main.
« D'accord. »
Une seule pensée tourne dans ma tête : depuis quand ai-je franchi le point de non-retour ?