Chapitre 5
Je n’arrive pas à évaluer les dangers qui nous entourent. Mais qui sait si nous sommes seuls dans ces bois ou entourés par des civilisations. Pour le savoir, il va falloir attendre le lendemain.
Il y a une semaine, Eden nous parlait d’astronomie, ces connaissances nous seront utiles pour éviter de nous perdre. La compréhension de ce monde est ma priorité. Je veux devenir fort, je rentre chez moi. Je continue à couper des branches basses du conifère tout en réfléchissant. Je ramasse les branches déjà coupées. Les légères aiguilles vertes laissent couler de la sève sur mes mains. Je décide de repartir vers le lac pour m’y laver les mains.
Les questions s’accumulent dans ma tête mais le moment présent est le plus important. Il me faut trouver un moyen de m’entrainer efficacement, de regagner le temps perdu. Si je m’entraîne tous les soirs et tous les matins quand le groupe dort, je peux sûrement retrouver ma force d’antan, voire plus. Le soleil commence à se coucher et une lune commence à se réveiller. Je retourne d’un pas pressé vers le campement. D'ici une demi-heure, la nuit aura envahi le ciel de son drap d’astres scintillants. Lors de mon retour, j’aperçois la lumière d’un feu dansant. Je salue à nouveau Eden et m’y assieds en appuyant mon dos contre une bûche irrégulière. C’est alors que Takeo prend la parole derrière moi.
« J’ai vu que tu as pris ma hache. Ne t’inquiète pas Eiji, je te vois crisper depuis le début. »
Je la lui rends et acquiesce.
« Keep Cool », dit Kaze.
Ten renchérit.
« Takeo, Je suis sûr que tu seras un bon leader. Ancien capitaine de l’équipe de football, tu es le plus apte à ce poste. »
En parlant du futur capitaine, je ne l’apprécie pas. J’ai été là pour l’introduire à l’école quand il était nouveau, puis il m’a lâché pour trainer avec des personnes plus populaires. L’accident n’a fait que creuser cet écart. Je ne lui avais pas reparlé avant aujourd’hui. Il essaye de mettre un maximum de gens de son côté. Takeo va sûrement être le leader et si c’est le cas, je ne resterai pas dans cette classe malgré la situation difficile. S’il savait que je l’ai aussi lu, son livre, mais d’après moi, lire un livre comme L'Art de la guerre ne suffit pas à tout comprendre sur la stratégie. J’ai retrouvé ma jambe, donc besoin de personne.
La nuit est là, il va falloir gérer le groupe. Par chance, Thomas et Emilie, comme Eden, peuvent créer de petites étincelles grâce à leurs maitrises personnelles de cet élément. Cette petite flamme rassura-t-elle le groupe assez longtemps. J’allume des torches autour du camp, cela permettrait d’écarter les bêtes. Du moins j’essaye de m’en convaincre. Je rejoins la classe sous un grand chêne, tous assis en cercle à même le sol.
La pluie recommence à tomber et certaines torches s’éteignent mais je n’irai pas les rallumer. Quand j’étais plus jeune, je n’aimais point la pluie. Elle est la forme la plus ennuyante de l’eau. Actuellement on peut dire que j’apprécie. Je me sens léger et le temps semble se ralentir mais moi je peux continuer à ma vitesse.
Tout le monde s’est réfugié sous l’imposant chêne, un abri de fortune qu’ils ont choisi cet après-midi. Thomas y maintient un feu allumé, Emilie s'est déjà endormie pour prendre la relève de Thomas plus tard. C’est un bon sens de l’organisation. On m’a prêté un manteau en poil de sanglier. Celui-ci va me tenir chaud lors des nuits les plus froides. Je pense avoir le meilleur équipement. Il parait que Yuhi a trouvé un anneau magique dans un coffre caché sous un grand arbre et il possède une description en rune cachée, peut-être une formule secrète. Je pense que la magie n’est pas la priorité actuellement.
Une fille dont j’ai oublié le nom m’interpelle : « Eiji, viens voir. »
Elle me pose la question suivante : « Je dresse une liste avec les pouvoirs de chacun. Tu as un pouvoir très fort, n’est-ce pas ? »
Eden lui aurait parlé de mon affinité avec l’eau ou elle dit cela par rapport à ma nouvelle jambe ? J’hésite, peut-être un peu trop longtemps. Je lui réponds qu’il n’en est rien et que j’aimerais bien connaitre les pouvoirs de mes camarades comme Takeo. Elle ne m’en montre aucune. Son nom me revient, Laura, a-t-elle vraiment demandé à tout le monde et maintenant possède la connaissance des forces de chacun. Elle me dit que seulement ceux possédant un pouvoir peuvent voir les feuilles.
La prochaine fois, je ne l’aiderai pas. Ce n’est pas comme si je lui avais menti. La pluie tombe et m’accorde la liberté, je décide de partir de ce camp. Autant que j’entraîne ma musculature et ma condition physique seul plutôt qu’au milieu de ces gens. Laura m’interpelle et je lui réponds que j’ai besoin d’un moment seul, ce qu’elle ne peut comprendre. Laura demande alors ironiquement à Takeo de me rattraper vu qu’elle n’est pas capable d’accomplir certaines tâches seule. Ils y prétextent que l’inconnu peut cacher des dangers. Je ne prends point leurs conseils et pars. Heureusement, ils ne me suivent pas.
Je me fraie un chemin parmi la végétation, je veux l’explorer, avoir un temps d’avance sur les autres. L’aventure m’appelle, qui sait quelle merveille se cache parmi ses bois. Un lac se présente à moi et, ne pouvant résister à l'appel de l'eau, je m'élance. Je me sens m’envoler comme durant le départ d’une course, ce moment d’élégance entre le plongeoir et un miroir liquide, ce moment avant de rentrer en douceur dans l’eau. Un frisson glaçant de l’eau viendra m’annoncer la fin de ce moment entre ciel et mer. Explorer seul me permet de me détendre. Être seul me permet de penser calmement. La fureur de mon esprit s’est apaisée par les chants de la forêt. Le bruit des gouttes qui tombent sur les branches crée des accords qui viennent s’ajouter à la douce mélodie de la nuit pâle. L’eau qui s’écoule des feuilles coule sur mon corps. J’en profite, je suis enfin vivant.