Chapitre 4
Nous rentrons au camp, une agréable odeur de bois brûlé nous accueille. Les autres ont l’air enjoué. Cette aventure nous rendra surement plus forts. En discutant avec Eden, je le trouve confiant sur l’avenir. Je devrais aussi renouer avec Takeo, même si cela semble difficile. Il pourrait devenir un allié important pour notre survie. Nous trouvons certains élèves préparant des frondes et des lances avec de simples cailloux. Nous croisons le regard de Morice. Il nous interpelle avec arrogance.
« Voilà les deux derniers qui préfèrent se balader plutôt que d’aider ! »
Eden, d’un simple chuchotement, me conseille d’ignorer ou de plaisanter, mais je ne supporte pas la faiblesse et la fuite. Je réponds sans ménagement.
« Non, je pense que j’ai été plus utile que toi, regarde cette viande. Et toi, qu’as-tu fait à part démotiver et nuire au groupe ? »
Takeo intervient d’un ton sec.
« Calme-toi, Eiji. On ne peut pas être ami avec tout le monde. Si vous ne vous entendez pas, éloignez-vous. »
Ten m’interpelle ensuite. C’est un garçon légèrement plus grand que moi, aux yeux noisette contrastant avec ses cheveux noirs. Il a une carrure musclée, des cicatrices anciennes sur les bras.
« Eiji, Eden, Takeo, venez voir »
Je lui raconte nos découvertes. Takeo répond :
« Les dons découverts sont liés à notre vie passée. »
Il évoque certains pouvoirs intéressants, comme Nadia, qui peut communiquer avec les animaux ou du moins comprendre certains de leurs signaux. Eden la félicite pour ce don inné. Contrairement à Nadia, Eden affirme aux autres n’avoir aucun pouvoir, mais je sais sa vraie force. Ten affirme ne pas avoir de pouvoir, mais sa phrase sonne fausse. Takeo ajoute simplement.
« Seuls quelques héros ont reçu des dons. Parmi vous deux, y a-t-il des chanceux ? »
Je réponds que non, peut-être que mon retour de jambe est mon don. Thomas maîtrise le feu, quant à Takeo, il explique qu’il peut courir plus facilement. Son sourire trahit qu’il cache autre chose.
Eden explique qu’il y a des lieux intéressants dans la région, comme le lac que nous avons trouvé au nord au moment où le soleil était haut. Il s’interroge aussi : existe-t-il un système solaire semblable au nôtre ? D’après lui, l’écosystème présente des similitudes. Notre débat nous entraîne dans une spirale de questionnement. Laura nous interpelle.
« Takeo, vous faites quoi dans votre coin ? De quoi parlez-vous ? »
On lui explique que nous pensons ne plus être dans notre monde. Eden ajoute.
« En plus, avec Eiji, nous avons une plante avec des propriétés magiques. »
Laura, forte de caractère, me lance enfin la question fatidique.
« Eiji, tu n’étais pas handicapé ? »
Je réponds en souriant que si, mais que ce monde m’a rendu la liberté.
« Oui, maintenant, je vais vivre et devenir plus fort. »
Sur une feuille, Laura prend une note et demande si quelqu’un se souvient de ce que l’enseignant a dit. Je réponds que j’ai totalement oublié la matinée avant notre arrivée ; Eden raconte la même chose à sa manière. Ten et Takeo acquiescent. Je propose alors.
« Nous ne devrions pas nous attarder sur le passé. Il faut se fixer des objectifs dans ce nouveau monde pour rentrer chez nous. »
Ten répond.
« Il nous faut un chef pour mener la mission. »
Takeo se propose, je rétorque qu’il faut voter et non se contenter du premier venu. Je refuse que Morice ou Takeo commandent notre classe. Je prends donc les devants.
« Notre premier objectif doit être d’être prêts pour la nuit. Nous ne savons pas ce qu’il y a dans cette forêt. »
Morice arrive au moment où je parle et ne manque pas de me contredire.
« Ce n’est pas toi qui vas nous protéger. »
Morice est armé des meilleures ressources du groupe et Nadia se plaint que certaines pierres précieuses qu’elle avait trouvées ont disparu. Je soupçonne Morice ou Jérémie d’être impliqués, mais je n’ai pas le temps de m’en occuper. J’entends des pas légers derrière moi : trois filles approchent. Camillia est la plus entreprenante du groupe et s’exclame.
« Pff… Vous faites quoi ? Venez nous aider à prendre le bois… »
Emilie a de longs cheveux bruns qui descendent jusqu’à ses hanches. Elle a des pupilles brunes noisette et une peau claire. Elle ajoute.
« Ou aidez-nous à préparer les plats, ça prend du temps. »
Valentine lance.
« Sérieux, vous avez fait quoi à part glander ? »
Ten réplique sèchement.
« On viendra après, là c’est réunion stratégique. »
Camillia, vexée, rétorque.
« Vous appelez ça de la stratégie ? C’est surtout une guerre de coqs. Pourquoi alors ne partageriez-vous pas votre immense savoir sur la survie en milieu hostile avec toute notre classe ? »
Je m’éloigne et fais semblant d’aller chercher du bois. Les autres continuent de déblatérer, je pense qu’il s’agit d’une classe plutôt correcte. Il y a juste certains nuisibles. Takeo a lu L'Art de la guerre, il doit déjà nous faire confiance ou mentir sur ses capacités. La première erreur est de dévoiler ses faiblesses et forces à son adversaire. Je suis sûr qu’il a reçu des forces qu’il a refusé de nous dire, peut-être dues à ma présence. Je dois essayer de m’entendre à nouveau avec lui. Quant à mon affinité aquatique, elle est plutôt forte malgré son utilisation limitée. Je ramasse une hache posée contre un grand pin. Avec les caractères dans cette classe, ce n’est qu’une question de temps avant que chacun se sépare ou que de petits groupes se créent sous la direction de personnes charismatiques. Mais comme nous ne connaissons pas les lieux qui nous entourent, nous resterons groupés pendant un long moment. Le risque de partir seul serait-il récompensant ?