Chapitre 45
Chapitre 45
Ce soir était plutôt agité. Ten, Morice, Cenk, Ki et Takeo trinquaient à une table à notre avancée. J'étais à une table avec Emilie, Adam, Laura et Kaze. Les autres étaient posés tranquillement à la troisième table, nous étions tous heureux. Tout le monde semblait avoir laissé les horreurs de ce monde à la porte de l'auberge.
L'aubergiste enchaînait les allers-retours, emmenant sans répit des plats tout autant délicieux les uns que les autres. Nous avions devant nous des falafels, tous furent dévorés par nos ventres. C'était la première fois que nous remangions des plats cuisinés depuis notre arrivée. La chasse n'avait pas aussi bon goût. Les pois glissent sur ma langue. Je goûte une boisson ressemblant au sahlab, j'adore.
Nous discutons toute la soirée, cela nous rappelle notre monde, pas notre pays, mais un voisin. Ce n'est pas notre monde, mais nous y trouvons des repères, faibles et flous. Des repères suffisants pour nous, ce repas remplit nos ventres et nos esprits. Adam me propose de l'accompagner demain matin au marché pour ramener aux autres le déjeuner. J'approuve. Je discute avec les autres du passé avec Emilie et Kaze pendant que Laura discute géopolitique avec Adam.
« Je me rappelle encore de la photo de classe, qu'est-ce qu'on était beaux et unis », dit Kaze.
« Unis ? » rétorque Emilie. Kaze soupire.
« Il est vrai qu'il manquait quelqu'un. »
« Quelqu'un qui a aussi immédiatement disparu ici ! » s'exclame Emilie.
« Je suis sûr qu'il va bien… » dis-je.
« Un loup l'a peut-être mangé. » propose Kaze.
« Il avait ses deux jambes, il a peut-être survécu à une attaque. » rigole Émilie.
Puis elle reprend un ton plus sérieux.
« Sommes-nous fautifs de son départ ? Il avait l'air si malheureux depuis… »
« Non mais il s'est isolé lui-même. Désolé Eden de le critiquer, on sait qu'il était proche de toi, mais pour les autres c'était le néant. » rajoute Kaze.
Je réponds calmement.
« Non, ne t'excuses pas, chacun fait ses choix. »
« Il semblait déjà mal avant l'accident, mais après c'était un inconnu froid. »
Je ne suis pas d'accord, mais il est vrai que… Changeons de sujet.
« Passons à un autre sujet, vous voulez bien ? »
« Bien sûr, alors comment comptons-nous rentrer chez nous ? » demande Emilie.
« Grâce à l'essence divine ou une intervention d'une entité supérieure. » répond simplement Kaze.
Je finis ma tasse et dis.
« Je n'ai pas encore trouvé de moyens pour rentrer dans notre monde, mais c'est notre priorité. »
« Le tournoi est donc la première marche à franchir. Il faudra que l'on sécurise les quatre essences divines », intervient Laura.
Je rétorque.
« On ne connait pas vraiment le niveau moyen de nos prochains adversaires. »
Kaze pose un problème intéressant.
« Ni si l'on tombera les uns contre les autres durant la compétition. »
Obligés de s'éliminer entre nous, pire option. Laura suggère en s'avançant pour prendre un falafel.
« Peu importe, nous sommes assez nombreux pour que nous ne soyons pas tous dans la branche de l'arbre de tournoi. »
Elle croque de vives dents la petite boule. Kaze approuve.
« Demain, on s'inscrit tous. »
Je les laisse continuer de discuter, prétextant vouloir me coucher tôt. Je monte rapidement les marches et m'isole dans la chambre. Kaze n'est pas, j'ai un peu de temps pour moi. Je tends la main, une porte dorée apparaît. J'entre dans mon palais, il est toujours inchangé face à la dernière fois. J'ai des expériences à mener. Je veux savoir si certaines de mes hypothèses sur le fonctionnement de mon palais sont correctes. J'attendais un moment d'isolement depuis longtemps.
Je fais des allers-retours entre les deux mondes, testant, calculant, imaginant.
Je ressors de mon domaine épuisé et satisfait. Je crois que je suis resté environ une dizaine d'heures dans le palais, pourtant j'ai l'impression qu'il ne s'est rien passé. C'est comme si le temps n'avançait presque pas.
Juste quelques minutes.
Il sera maintenant impossible d'y retourner jusqu'à ce que le destin m'y oblige. Je suis ravi de ce que j'y ai trouvé.
Je m'allonge dans mon lit, entendant les rires de mes collègues. Tout ira mieux maintenant. Mes yeux se ferment tranquillement. le doux drap posé sur mon corps fatigué, l'odeur de miel émanant du couloir. Le sommeil m'accueille à bras ouverts.
Le soleil était encore couché quand Adam vint toquer à la porte.
Le marché s'éveillait avant le soleil. Les premiers étals s'installaient dans le noir, à la lueur des lampes à huile. Les odeurs couraient à mes narines, cardamome, cumin, agrumes.
Les allées principales étaient larges, pavées de grès ocre usé. De chaque côté, couvertes d'auvents, de tissu indigo et safran qui filtraient la lumière du matin.
Les vendeurs de pain occupaient l'entrée. Il y avait de tout, des galettes épaisses cuites sur des pierres plates, des pains ronds au sésame, aucun croissant comme certains l'espéraient. On pouvait apercevoir les arrière-cuisines. Plus loin, des pyramides de dattes luisantes côtoyaient des jarres de miel. Des épices exposées en monticules colorés, rouge sombre du sumac, jaune pâle du fenugrec, noir profond du poivre long, tous formaient de magnifiques palettes. Une vieille femme assise sur un petit tabouret vendait des grenades depuis un panier posé à même le sol. Les voix montaient progressivement, appels, négociations, rires, une dispute qui éclatait et s'éteignait en dix secondes.
Adam se déplaçait dans tout cela comme dans son salon. On ramena tout le nécessaire pour un déjeuner réussi. Je pris une orange bien juteuse pour ma part avec un petit pain au sarrasin.
Les jours ont passé et je suis allé avec les autres dans l'arène pour nous entrainer avant les festivités. Ki m'a affronté en duel. J'utilisai mes lances pour ce combat, il me mit en difficulté plus d'une fois par sa rapidité et ses projectiles. Après cela, il a dit qu'il n'avait jamais eu une défaite aussi humiliante. Je ne suis pas d'accord, c'était un beau duel, il était prévisible vers la fin et répétait ses patterns. Je suis sûr qu'il a un plus grand potentiel ou il ne m'a pas tout montré.
Dans le groupe, chacun avait son petit style. Nadia ne voulait pas combattre, elle passait son temps à dompter les corbeaux quand elle nous regardait nous préparer. Elle fit la rencontre du colosse un après-midi dans les gradins, il était pour moi. Elle aurait voulu discuter avec lui une deuxième fois, mais il ne vint qu'une seule fois.
Je passai un peu de mon mana à tous mes alliés pour les rendre plus puissants. Ils étaient ravis que je leur partage une part de ma magie. Cela m'affaiblissait beaucoup, mais c'était pour la bonne cause.
On passa à l'armurerie et chez un forgeron pour créer des armes pour certains. Morice avait besoin d'une nouvelle claymore. Les couteaux de lancer de Kaze avaient cassé, il fallut lui en reprendre. Pour ce qui est de l'armure, le tournoi les obligeait pour éviter les morts.
Je ne pris rien. Mes lances de mana me suffisaient et la facture était déjà salée, je possédais aussi une épée. On utilisa toutes les économies de Ki, Adam et Cenk. On était même un peu endetté, mais on comptait sur le tournoi pour regagner de quoi payer la totalité.
C'est ainsi qu'arriva le grand jour.