Chapitre 3
Je m’approche d’Eden pour lui proposer mon idée. Aucune parole n’est nécessaire : il a tout de suite compris et indique au groupe que nous allons explorer. Une fille de la classe nommée Yuhi nous impose de revenir avec de la nourriture, nos estomacs approuvent.
Enfin assez loin du groupe, je chuchote à Eden que je crois que le cauchemar est parti. Eden m’interroge sans baisser le ton.
« Tu me vois soulagé de te voir en si bonne forme ? »
Je lui réponds à voix basse que je pense que nous ne sommes plus dans notre monde.
« On n’est pas dans notre monde, j’ai touché une plante quand nous nous sommes réveillés et elle a relâché une poussière dorée et en est morte juste après. »
Il s’exclame :
« De la magie ! C’est incroyable ! »
Mon esprit voudrait confirmer que je suis le seul à avoir entendu cette voix grave qui me fait encore frissonner, alors je lui demande discrètement.
« Tu as quoi comme titre ? »
Il me regarde un instant puis sourit discrètement et répond d’une voix calme.
« Héros, comme tout le monde. »
Je lui mens que j’ai le même titre ; il rétorque simplement.
« Ok donc tu mens… La question était rhétorique, tu n’avais pas besoin de la poser. Tu caches quelque chose mais ne me le dis pas. Ça ne sert à rien. Tu n’es pas le seul. Je n’ai pas le titre de héros non plus. »
Je souris malicieusement et rigole.
« Sûrement… Morice avait l’air de se croire le seul, ça m’a amusé de voir sa tête. »
Eden me rassure :
« Je ne t’expliquerai comment. Mais je sais que tout le monde a reçu des titres. Je ne connais pas le tien mais ce n’est pas Héros avec certitude. »
Il me connaît trop pour ne pas remarquer quand je mens. Ses intuitions sont étonnantes mais me rassurent. Puis il me demande comment je compte vivre avec cette nouvelle chance et s’il est prévu que je nage à nouveau. Nous sommes dans un nouvel univers et je ne compte pas gâcher cette chance. Je veux être encore plus fort.
Eden m’explique comment il prévoit la survie ici, sachant qu’une sorte de mana existe. Il m’explique qu’une sorte d’énergie magique est présente et me le démontre en faisant apparaitre une petite flamme dans la paume de sa main. Je lui supplie de m’enseigner comment faire. Il ne le sait pas vraiment lui-même. Eden nous bricole des outils en pierre tout en sifflant. Il chante une mélodie chaleureuse apprise l’an dernier en cours de musique, c’était une belle époque.
Trente minutes plus tard, équipés d’armures rudimentaires, nous avançons dans la forêt grâce au courage donné par nos frêles protections. Nous apercevons une clairière où le soleil plonge ses rayons dans une eau cristalline. Je m’écrie.
« Regarde ! un lac. »
Eden propose de fabriquer une canne à pêche. Je lui réponds.
« Un don m’a été fait, je dois en profiter. »
Je lui propose de venir. Il répond que son niveau est pitoyable et qu’on sera trempé. J’enlève mes simples habits et plonge. Glacée, elle me rappelle ma douche matinale. Quel plaisir de retrouver mon élément favori. J’insiste pour qu’Eden vienne nager mais il refuse. Je me laisse flotter sur le dos, les yeux fermés, réchauffé par les rayons du soleil. Rien ne peut interrompre ce moment : je ressens la liberté. En nageant, je sens une facilité déconcertante. Même pendant les compétitions, je n’ai jamais glissé ainsi.
Eden accepte enfin de me rejoindre. Il entre à son tour mais l’eau le freine, comme si elle refusait de lui offrir le même plaisir. Nous supposons que, grâce à la magie de ce monde, peut-être que certaines de nos capacités se sont améliorées. Je remarque aussi que le simple contact avec l’eau me permet de courir plus vite, mon corps devient léger. Mais quand je perds le contact avec l’élément, ma masse et ma lenteur reviennent. Eden m’interpelle, il est temps de rentrer, le soleil commence malheureusement à descendre. C’est bizarre, à peine sorti de l’eau, je ressens une peur que cette baignade divine soit la dernière. On se demande si d’autres personnes sont capables de créer de petites flammes comme Eden. Peut-être d’autres possèdent aussi des capacités spéciales ; il faudra apprendre les pouvoirs des autres pour évaluer leur utilité.
C’est alors qu’une bête difforme apparaît devant nous, des champignons poussent sur son dos, comme des parasites. Eden dit calmement.
« Le sanglier là-bas doit être faible, testons-nous. »
Je suis sceptique et rétorque.
« Faible ? Il a des champignons sur lui, c’est tout. »
Eden réplique simplement.
« Il doit être en fin de vie et nous devons ramener de la nourriture au groupe. »
Le sanglier nous voit et fonce dans notre direction. Eden lui enfonce un bâton dans la carotide. L’animal ne s’arrête pas et réengage. Je frappe la bête avec une hache de fortune, son sang coule, la mort l’attend. Le sanglier se retourne, boitant, Eden l’achève. Il commence à inspecter le sanglier, une odeur nauséabonde se répand. Le corps était déjà mangé de l’intérieur par le champignon. Nous l’avons tué mais ce n’était qu’une question de temps. Dégouté, je propose de rentrer au camp ; Eden se nettoie les mains et n’est pas du même avis.
« Ce serait dommage de ne rien rapporter. »
Ne voulant pas le laisser seul dans cet endroit inconnu, je le suis. Eden montre de belles baies noires comme des myrtilles et dit.
« Ne les touche pas, elles ressemblent à des belladones donc sont sûrement toxiques. »
J’avoue que j’admire ses connaissances de la nature. Plus loin, nous croisons un cochon visiblement en bonne santé. Nous menons une sorte de danse maladroite qui finit par le tuer. Nous rangeons nos armes et nous nous penchons sur le corps encore chaud. Eden sort une petite lame et me demande.
« Sais-tu dépiauter un animal ? »
Je réponds négativement. Il me dit.
« Quand nous serons au camp avec les autres, je vous expliquerai. »