Chapitre 35
Chapitre 35
La porte du repaire claque, me voici dehors, capuchonné, un katana dans le dos. Je sors de la zone de non-droit.
J’avance dans les ruelles étroites de la ville. Ici les habitations délabrées s’enchaînent. Des formes mendient dans ces allées noires où la lumière est aussi faible que l’espoir d’être encore vivant le lendemain. Certains corps blancs dans leur repos éternel attendent à même le sol que quelqu’un vienne s’occuper d’eux. La majorité des personnes vivant ici sont des soldats inaptes ou des petits voyous qui croient jouer dans la cour des grands. C’est moins dangereux ici que dans l'endroit où se trouve le requiem. Les gardes patrouillent régulièrement, n’ayant aucun problème à gérer ces vermines.
« Toi, tu fais quoi ici ? »
Je ne me retourne point, il y a des affiches de ma tête dans toute la capitale. Je suis recherché.
« La capuche, c’est à toi que je parle. »
C’est l’un des gardes qui surveillaient les cachots. Il ne faut pas qu’il voie mon visage.
« Tu vas me répondre ? Je t’ai donné un ordre. »
Je reste le dos tourné et réponds.
« Je livre un colis pour un client. »
« Décline ton identité et montre-moi ton colis. »
Je me présente comme Dagon. Je lui tends l’arme. Il me l’arrache des mains violemment. Il regarde le katana et le jette au sol. Je ne me suis toujours pas retourné. Il me pousse et commence à me tabasser avec son collègue. D’un sourire malicieux, il me dit.
« Tu pourras dire à ton employeur que tu as renversé ton colis puis que tu as insulté un garde de l’autorité publique. Tu vas le payer. Je vais te montrer qui c’est qui dirige ici. »
Il est tout aussi heureux de me passer à tabac. Je ne dois pas riposter. Je dois encaisser, il ne doit en aucun cas apercevoir mon visage. Le maître m’a interdit de frapper, je ne dois pas éveiller les soupçons.
Je voudrais leur rendre la pareille.
AHR…
Un de leurs coups de pied vient s’enfoncer dans ma tête. Je vais les battre à mon tour… non, je ne dois pas. C’est un ordre d’Edgard.
AHHRR…
Un violent coup dans ma jambe de cristal, je suis maintenant au sol.
Les passants me regardent, toujours inactifs. Pour eux, c’est normal. Pour ma part, c’est honteux.
AHR…
Il vient de planter sa lance dans ma jambe droite. Pourquoi je dois me laisser faire déjà ? Je suis le héros qui va créer la justice dans ce monde.
« Alors… C’est agréable… RÉPOND !!! »
Ok, je vais les buter. J’aspire l’air autour de nous, ils vont payer.
C’est alors qu’un gars en armure vient d’éjecter les deux gardes. Il est imposant, un corps d’athlète, des longs cheveux noirs attachés.
« Monsieur Mang, pourquoi avez-vous défendu ce cloporte ? »
« J’attends un colis de sa part. Je ne crois malheureusement pas que vous ayez pris soin de mon précieux colis. »
« Nous sommes désolés. »
Ils partent sans demander leurs restes.
« Tiens, une potion de soin. »
Il me tend une petite fiole transportant un liquide incolore.
« Raiden m’a beaucoup parlé de toi. »
Il jette dans les décombres le sabre que j’ai pris tant de peine à rapporter.
« Le katana n’était pas le colis que j’attendais, mais le mobile de son déplacement. Appelle-moi, Sir Mang. »
Je le suis dans la ville souterraine.
C’est un colosse qui ne passe pas inaperçu. Il a aussi une aura autour de lui mais je ne saurai la décrire. Jamais l’aura qui entoure quelqu’un n’a été aussi développée. Les gens s’écartent et le saluent. Il leur sourit et les salue à son tour. C’est une vraie star, il porte sans peine son titre. Nous arrivons devant ce qui semble être sa demeure, on entre. Il ouvre une armoire et me lance une armure de protection en bambou et une épée. Nous entrons dans une vaste pièce. Il explique que l’argent de beaucoup de ses victoires est parti dans ce terrain d’entraînement.
Devant moi se trouve une grande arène. Un certain Lok est assis sur le côté et vient nous saluer. C'est l’élève de Sir Mang et maîtrise les techniques sanguinaire.
Deux autres personnes s’entraînent. L’un des deux autres élèves maîtrise les ombres et est un nécromancien. Il invoque sous forme de familier des squelettes pour l’aider dans son combat. L’autre ressemble à un assassin et mise tout sur la vitesse. Il maîtrise la foudre… Il semble taillé pour les assassinats furtifs.
Patiente, je le reconnais, c’est le gars qui était en cellule avec moi.
Il m’a vu, s’arrête net, pare l’attaque de son adversaire et demande une pause. Il range ses deux lames et s’approche de moi. L’autre me dit aussi quelque chose. Le premier me tend la main.
« Tu as gagné en puissance depuis notre dernière rencontre, jeune héros. Edgard doit avoir confiance en toi pour t’envoyer dans notre groupe. J’étais sûr que tu étais un héros dans ce cachot. »
Sir Mang rétorque.
« Il est en période d’essai. »
« Ah oui, j’ai oublié ma politesse. Je m’appelle Raiden et l’autre faible qui se cache derrière ses incantations, c’est Armin. »
Armin est juste un mètre derrière et fronce les sourcils.
« Je crois avoir mal entendu… »
Il fait apparaître sans souci une épée entourée d’une aura maléfique dans sa main. J’ai intérêt à ne pas le froisser.
Raiden se reprend immédiatement.
« Ma langue a dû fourcher. Je voulais dire fort. Oui… fort. »
« En tout cas, bienvenue parmi la septième troupe d’élite de Requiem. »
L’assassin renchérit.
« Ici, ce n’est pas pour les faibles. Testons-le au combat. »
Cela me plait fortement.
« Patientez, il n’a pas encore d’arme, ni de lames. S’il vient ici, c’est pour devenir le meilleur des outils. Une arme qui fera gagner Requiem en réputation. »
Armin s’interroge.
« Donc il est déjà plus fort que nous sans arme ? »
« Non, mais il maîtrise les ténèbres, l’eau, la glace et le vent. Il possède deux yeux maléfiques et possède la vision thermique de l’énergie magique. Il sera deuxième mage offensif. »
Lok explique.
« Cela fait quelque temps que l’on t’élimine et ton massacre des bandits nous a convaincus de plutôt t’embaucher. Edgard voulait être sûr que tu ne meurs pas par accident dans les cachots, on a donc envoyé Raiden. »
Ce vers quoi Raiden avance.
« J’ai dû me faire emprisonner pour être sûr de ne pas te perdre. Mais j’ai gagné des points au classement. »
Armin soupire.
« Il ne pense qu’au classement. Il veut absolument atteindre le top 15. »
Lok me fait une tape amicale. Il possède une énorme puissance noire, lui aussi.
« En tout cas, sois le bienvenu, Eiji. Ne les écoutez pas, ils se disputent toujours. Personnellement, je crois en toi. Montre-moi de quoi tu es capable, collègue des ténèbres. »
Le nécromancien continue de m’interroger. Il semble sceptique.
« Arrives-tu à utiliser les morts comme familiers ? »
« Non, j’arrive seulement à créer des esprits faibles. Ma maîtrise en nécromancie est très faible. »
Raiden s’intéresse.
« Tu ne maitrises pas une magie noire, les malédictions ? »
« Malheureusement pas encore. »
Sir Mang revient avec une question dérangeante.
« Venons à la question principale. Eiji, combien de héros ont été invoqués avec toi ? »
Que dois-je lui répondre ? Nous étions une vingtaine. Je pense que la vérité fera peur, mais elle pourra me valoriser si je lui explique comment sont les autres héros. Ou au contraire, je vais me faire remplacer. Je parlerai de tous sauf d'Eden, il pourrait compromettre ma place.
« Je crois être le seul. »
« Ce n’est pas ce que pense ton maître. »
« Comment ça ? »
« Vous êtes minimum trois d’après lui. »
Edgard m’aurait menti, et m’aurait écouté raconter mes mensonges sans broncher.