Chapitre 34
Chapitre 34
Avec du recul, ce monde pose des questions auxquelles je n'ai pas de réponses. Un dieu l'a fait, c'est une certitude ici, pas une croyance. J'ai vu trop de choses pour encore nier l'évidence. La question qui reste est différente : est-ce que croire m'aiderait à devenir plus fort ? Il existe de nombreuses divinités qui pourraient m'offrir leur bénédiction. J'aimerais le sceptre qu'Eden possède. Mais je veux ma liberté, ne jamais avoir à obéir à une certaine force supérieure.
Je n'ai pas encore tranché. Eden a déjà fait son choix. Peut-être, c'est celui des faibles. Je n'ai besoin de personne pour avancer.
Parfois je pense encore que c'est un rêve… Un grand jeu vidéo avec seulement 20 joueurs… Tous étudiés dans un laboratoire… Puis mes muscles parlent. La douleur du matin est ma nouvelle horloge, mon seul repère fiable.
Cette semaine, je n'ai pas fait un seul rêve mémorable. Du vide, du noir, rien qui mérite d'être retenu.
Je commence à vivre comme un vrai assassin.
L'entraînement au combat reprend après le repas.
Stark a cinquante ans de maîtrise des lames dans ses bras. Sa vitesse me dépasse sur tous les points. Son arme principale reste le clonage, des copies parfaites qui se battent comme lui, pensent comme lui, frappent comme lui. J'ai appris à les distinguer par la chaleur qu'ils dégagent.
Les clones sont légèrement plus glacés.
Ce matin, quelque chose a changé.
Je cligne des yeux. Autour de lui, une flamme bleue danse, unique à un seul clone. Une flamme sans chaleur, elle est lumineuse et vide. Elle ne semble point physique. Moi de même, sur mes mains ce feu danse sans me causer la moindre douleur.
Autre chose…
Son mana.
Je vois le mana !
Je cligne à nouveau. La vue bascule, revient. Je peux contrôler ce basculement. Les clones sont maintenant évidents. Leur flamme est terne, presque éteinte comparée à la sienne. Je les détruis l'un après l'autre sans hésiter.
Stark s'arrête.
« Tes yeux. Ils ont changé. »
« Je vois le mana. »
Il s'approche, m'observe. « Il y a une nuance bleue autour de l'iris quand tu utilises ton mana. Edgard a donc réussi à t'éveiller. L'ennemi saura immédiatement à qui il a affaire. » Un silence. « Reprenons. »
Il m'attaque avec ses dagues. Voir le mana me donne une fraction de seconde d'avance. Il concentre son énergie juste avant l'impact. C'est suffisant pour anticiper, pas encore pour éviter. Je prends une raclée. J'arrive à le frôler une fois avec ma hache.
Il me met quand même à terre.
Je reste au sol un moment. Même si je le touchais vraiment, il y aurait encore sa résistance naturelle. Pour lui je suis un menu fretin, une chips. C'est là où j'en suis, je dois l'accepter pour avancer. Jamais, au grand jamais, je ne dois stagner. Des résultats positifs doivent bientôt arriver.
Stark, derrière moi, m'interpelle.
« Tes haches brisent les défenses. L'épée affaiblit. Les dagues terminent. Nous travaillerons le maniement de ton épée demain. »
Je hoche la tête et range mes haches dans l'armoire.
Il part contrôler les autres sans se retourner.
Après cette belle surprise, je continue et je pars préparer la forge pour qu’elle soit opérationnelle dans deux heures. Je ne connais pas les autres élèves. Pour le moment, comme je n'ai pas leur niveau, je ne les défierai donc point. Je ne connais toujours pas l'art du feu et de la terre, cependant toutes mes autres capacités se sont améliorées.
Je maîtrise maintenant l’eau et l’air avec facilité. La glace, c'est plus compliqué et ça me demande une lourde concentration. J'ai aussi développé sans aucune difficulté une magie occulte, c'est un art démoniaque d'après mon mentor. Les esprits et les familiers sont des êtres constitués de mana plus sombre et renforcé. Il faut avoir un péché profond. Il existe une deuxième méthode, c'est de l'apprendre auprès d'un démon. Je suis spécial, donc c'est normal que j'arrive à de telles prouesses. Il semble fier de ma maîtrise de cet art. Je ne manie pas de bouclier, mais des haches dans les deux mains. J’ai aussi appris à assassiner des mannequins depuis des hauteurs. Tous les jours, mes réflexes s'affûtent et ma précision augmente.
Mon titre est, d’après monsieur Stark, celui du héros. Je me pose encore beaucoup de questions. Ils disent tous que je suis le héros. Pourtant je crois qu'on m'avait donné un autre titre ? Je n'ai plus le souvenir. Peut-être a-t-il évolué avec le passage du temps. Aucune idée, il faudra en parler à Edgard. C'est lui qui sait tout sur ce monde.
Tous ces titres, comment le dieu en a-t-il eu l’idée ?
Comment la science explique-t-elle ce monde, fonctionne-t-elle dans ce monde ? Sur certains points, j’aimerais dire « oui » et sur d'autres « non ». Eden pourrait sûrement répondre à tout cela.
Ce n'est pas important de comprendre tant que cela fonctionne pour moi, c'est suffisant.
Plus je regarde mes pouvoirs, plus je me sens puissant. J'ai l'impression que cet univers était mon seul chez-moi.
Plus le temps passe, moins l’idée que ce monde soit réel me pose un problème.
Les jours et les entraînements laborieux s'enchaînent sans que je ne puisse encore dater mon arrivée dans ce repaire, les premières neiges sont déjà tombées dans les montagnes autour de la capitale.
Aujourd’hui, je dois livrer un katana à un dénommé « Felix Mang ». Il habite une maison dans les souterrains de la ville. Il est un ancien combattant royal qui est devenu un gladiateur qui ne vit que pour l’arène et la foule qui crie. Il possède un style oriental.
D’après ce que je connais, il vient d’une île à quatre jours de bateau depuis la côte. C'est un client différent des autres. C'est le seul dont Stark me parle avec admiration. Il faudra que je livre l'arme sans attirer l'attention et passer par la rue principale où le soleil m'épiera d'un mauvais œil. Pour autant, rien de réellement compliqué, c'en est presque trop simple.
Edgard me prépare-t-il une sorte de test ?