Chapitre 33
Chapitre 33
Une vieille chaise en bois, voilà sur quoi je me suis réveillé.
La pièce était sombre, seulement éclairée par de fines lumières. De petites torches accrochées contre les murs en pierre éclairent une silhouette au fond de la pièce. Je ne peux précisément dire à quoi elle ressemble. C’est un homme, il semble avoir une barbe touffue. Il joue avec un poignard entre ses doigts.
Il se lève et s’avance. Je n’ai plus mes liens. Je suis libre.
Il n’y a aucune suppression de mana dans la pièce. Je matérialise une lame de glace dans ma main.
Il reste immobile et m’ordonne d’un ton froid.
« Attaque, vas-y, montre-moi qu’il ne s’est pas trompé. »
Je me lève de la chaise, je suis sur une seule jambe. Comment faire ?
Je prends ma dague, la lui envoie dessus, il l’esquive.
La pièce, étant sans fenêtre, me pousse à le noyer.
J’invoque une marée avec mon énergie. La pièce se noie totalement. Il reste de marbre, imperturbable.
Autour de lui, sur un rayon d’un mètre. L’eau ne s’approche point de lui. Je n’arrive pas à le noyer. J’essaie de percer sa défense de mana. Il ouvre sa main et fait disparaître en une fraction de seconde l'eau dans sa main.
Il m’ordonne :
« Continue. »
Je prends une nouvelle dague, la lui envoie dessus, il l’esquive comme la dernière fois. Je vais le piéger.
Je rappelle ma dague sur moi, elle le transperce. Il l’arrête, la prend dans ses mains comme si ce n’était rien. Elle a beau être dans ses mains, c’est encore mon mana qui est en elle. Je la fais exploser.
Je suis stupéfait.
Rien, pas une égratignure.
Il me regarde impassible.
Je ne peux pas me déplacer sans cette situation. Il me faut un moyen de passer outre son mana. Si, je vais fortement propulser d’un coup en concentration mon énergie dans ma jambe et l’envoyer dans sa tête.
Je crée un familier pour détourner son attention.
Il ne s’attend sûrement pas à ce que je bouge.
D’un coup.
Mon corps s’éjecte sur lui. Le familier explose en fines aiguilles.
Ses pupilles se dilatent, il ne s’attendait pas à cela. Je brise sa barrière de mana.
Elle s’effondre en cristaux autour de lui. Mon pied va rencontrer sa tête.
Son bras vient parer le mouvement. Il recule et sourit.
Je tombe comme une crêpe au sol, n’ayant aucune jambe pour prendre appui.
L’homme ne semble point avoir été affecté par l’explosion de mon familier. Il me dit d’une voix grave.
« Tu es moins fort qu’espéré mais tu as du potentiel. »
Je me relève difficilement. Prends appui sur la chaise. Il me reste encore du mana pour ma fuite.
« Tu vas nous rejoindre. »
Je sortirai ici.
« Tu n’as pas le choix. »
Il se tient devant la porte, solide comme un roc. Il veut que je rejoigne son organisation…
« Accepte ton destin, je ressens une grande noirceur dans ton cœur, rejoins les ombres. la puissance ! »
Mon échine se dresse.
« Tu as un immense pouvoir qu’on t’a volé. On a voulu prendre ta vie. Tu vas maintenant prendre celle de ceux qui ne la méritent pas. L’assassin que tu vas devenir va rejoindre « Requiem » ! »
C’est une offre que je ne peux refuser. Il me tend sa main, je sautille pour venir la serrer. Mes yeux s’illuminent. Enfin quelqu’un qui veut de moi.
Je vais pouvoir me venger, enfin faire appliquer une justice véritable. Les dieux m’ont donné la chance que je méritais.
C'est ainsi que commença ma formation.
Je vis maintenant dans les bas-fonds de cette capitale. Des endroits où l'ordre n'existe plus. Aucune patrouille n'ose s'y balader de peur d'y rester. Notre base se trouve dans l'arrière-boutique d'une forgerie.
La première étape est la marche. La magie trouve toujours la solution.
Je l'ai construite moi-même, après un fémur, un genou gauche, une rotule, un péroné, un tibia, façonnés de mes mains. Elle ne fond pas, un filet de mana continue de l'alimenter, discret, constant, comme un cœur artificiel. Cela me coûte, mais c'est supportable.
Edgard m'a dit que la terre m'aurait économisé cette dépense. Je ne maîtrise pas la terre.
Le principal, ma jambe de glace tient.
Avant le soleil, je soulève des pierres.
Les premières semaines, vingt kilos suffisaient à me vider. Mon corps tremblait, mes bras lâchaient avant que ma tête l'accepte. Maintenant j'en soulève cinquante. Je pensais en avoir fini.
Ce n'était pas fini.
La course attendait. Edgard, le barbu, le chef de notre division, a eu la décence d'attendre que je marche sans canne avant de m'y forcer. Une concession unique, il n'en a pas fait d'autres depuis.
Ce matin, Stark m'attend sur le toit.
C'est un homme économe en mots, efficace. C'est mon mentor et le sous-chef de notre division. C'est un maître en clonage et autres créations d'esprits.
Il court devant, je suis derrière. La ville défile sous nos pieds, les toits se succèdent, les sauts s'enchaînent. Ma jambe de glace frappe les tuiles différemment de l'autre. un son légèrement creux à chaque impact que lui seul semble ne pas entendre.
Je loupe un saut.
C'est le vide qui se présente sous moi, six mètres.
Le sol arrive vite. Je vais me renforcer en énergie. Mon bras gauche prend tout.
Le bruit est sec. Je hurle de douleur.
Stark est déjà à ma hauteur. Il sort une petite fiole de sa poche sans un mot, me la tend. La douleur disparaît en quelques secondes, l'os reprend sa place. Je regarde ma main se refermer normalement.
Si seulement elle existait dans le vieux monde.
Je me relève. Stark repart. Je le suis à la hâte.
Edgard me donne aussi d'autres potions, régulièrement, comme le roi le faisait. Pour développer le potentiel plus vite, dit-il. Je prends ce qu'on me donne. Je ne pose pas de questions sur ce que ça fait à l'intérieur. Je me sens toujours plus vivant après leur consommation, je m’approche enfin de mon vrai moi.
Je pourrai rejoindre des groupes d'expéditions quand ma formation de base sera finie. Dans quelques semaines, je ferai mes preuves et personne pour me ralentir.