Chapitre 32
Chapitre 32
Je me réveille en sursaut au passage des gardes. Mon dos est trempé, je suis au sol. À ma droite, le guerrier est assoupi sur la planche vétuste. Son bras droit est laissé balançant sur le côté. De l’autre côté, l’assassin et le voleur discutent. Rien n’a changé, je suis toujours cette même cellule. Enfermé au plus profond du château. Ce trou m'aura fait rencontrer de belles personnes. Même si ce sont des criminels, ils auraient mérité une seconde chance. Personne ne mérite la peine de mort.
J’attends mon heure. Mon cerveau ne me laisse pas respirer. Je cherche un moyen de m'échapper. Je veux canaliser mon énergie dans mes mains.
Rien, impossible.
Les barreaux de cette prison sont faits pour absorber le mana, m'empêchant de le concentrer pour m'en servir. Je n'arrive pas à créer de la matière ni à en attirer.
L’assassin semble calme et apaisé, tout le contraire du brigand qui fait les cent pas dans ce petit carré.
Les soldats royaux viennent nous chercher, c’est l’heure.
On nous attache les mains avec des sortes de restreintes en bois infusées dans de la mana. Même le plus fort d’entre nous n’arrive plus à se débattre. Nous sommes chacun escortés par deux gardes lourdement équipés. Ils me tiennent par les épaules, m’obligeant à sautiller sur ma seule jambe pour avancer.
Les portes s’ouvrent sur nous et la lumière semble me transpercer les yeux. Le soleil brûle pour la dernière fois mon corps pâle. Ma jambe avance à petits pas, faible. L’avenue principale est remplie. Tous se pressent pour me voir. Tous crient de joie. C'est la fête dans la capitale.
Le soleil éclaire sans répit ce cortège. Les habitants de la capitale attendaient ce spectacle. Le ministre ouvre la marche. Il porte ses meilleurs habits, ils illuminent le décor. C’est un grand évènement. Il est acclamé en héros et représente son altesse pour cet évènement. Son rôle lui offre la gloire. Cette place aurait dû être la mienne. Le peuple est heureux, après cela tout ira mieux. Il y a même des chevaliers saints qui assistent à nos erreurs avec classe dans leurs tuniques blanches.
Cette foule nous observe avec mépris. À une jambe, je trébuche sur les pavés, on rit de moi. Nous sommes le malheur de cette société. Nous tournons dans une allée secondaire, mais le monde ne désemplit point. L’allée mène vers une estrade. Ce n’est point une estrade de fortune, elle est renforcée par une armature en métal. Les dorures se mêlent aux taches rougeâtres sèches. Sur celle-ci, un arbre fin et taillé où pendent de drôles de fruits. Nous serons les prochains.
Des marches en bois me servent d’épreuve avant le dénouement. Sur cette place, les passants continuent encore de nous observer de manière dénigrante. Ils parlent de nous comme d'animaux. Ces gens dans la foule sont impatients. Certains préfèrent éviter de croiser nos regards vides. Une mère cache à son fils l’horreur humaine en changeant de rue. D’autres amènent justement leurs enfants pour leur apprendre la morale.
Je ne mérite pas ce sort. Les autres, bien sûr, ce sont des ennemis du royaume. Je ne suis pas comme eux. Je suis le héros de cet empire. Je devrais en être l’exécuteur, pas l’exécuté. Mes mains toujours attachées dans mon dos sont toutes fripées par le stress. Mon cœur panique. Je veux fuir, m’enfuir. Partir loin, s’en aller loin. Juste que l’on me laisse vivre. Je pourrais peut-être renoncer à cette gloire dont je rêve si l’on me laisse vivre.
Le ciel commence à s’assombrir.
Devant moi, on me présente ma corde, je suis à un mètre d’elle. C’est déjà trop. Je regarde autour de moi, cherchant une porte dérobée. Je suis tenu solidement par deux colosses. Impossible de bouger.
Des gouttes commencent à tomber des nuages.
On nous rapproche les cordes, tous sauf le vrai assassin semblent paniquer. Le ministre ne daigne me regarder. Il prend place devant nous et commence son discours.
« Chers citoyens,
Voici les traîtres qui nuisent à notre royaume.
Devant vous seront pendus : un guerrier d’Irmselia et trois assassins des Lames noires. Ils sont punis par le divin. Prenez plaisir à les voir souffrir. Que notre dieu de la guerre n’accepte point ces lâches entre nos aînées. Qu’ils rejoignent les âmes des démons !
N’oubliez jamais le droit chemin.
Vive notre roi ! »
Tous semblent atteindre notre fin.
Un léger craquement se fait entendre…
C’est alors que l’estrade explose sous mon pied !
Un nuage de poussière s’étendant sur toute la place.
Je suis laissé à même le sol, la foule crie. On me court dessus. C’est la panique. Des éclairs tombent sur la foule. Rien n’est plus certain. Devant moi, le ministre, debout, statique, il semble impassible. Son épée est sortie de son fourreau. De sa main, il attrape un éclair le visant et l’écrase entre celle-ci. Toute sa garde est à terre autour de lui, n’ayant pas supporté le choc. Ce n’est pas l’épée que le roi lui avait permis d’utiliser face à moi. C’est une lame plus simple sans aura de mana. Des ombres l’attaquent de chaque côté. Des monstres de tout type semblent naître dans cette épaisse brume. Le mana jaillit dans tous les sens. Mes mains sont encore liées dans mon dos. J’essaie de me relever difficilement, impossible avec une jambe. Le combat continue, les lames se croisent.
Une voix s’exclame derrière moi.
« C’est lui dont je vous ai parlé, prenez-le. »
Pas le temps de me retourner, un violent coup m’atteint par l’arrière du crâne.