Chapitre 2
Où suis-je ? Je ne vois rien. Mes mains refusent de bouger. En fait, ce n’est pas que je ne peux plus les bouger mais que je ne les sens plus. C’est le noir qui m’entoure. Je stresse mais ne sens plus ma poitrine battre la chamade. Je ne sens plus mon cœur, plus mes mains, plus la chaleur de mon corps, plus mes longs cheveux venant chatouiller mon dos. Ma voie a disparu et ma bouche crie du vide, ai-je encore un corps ? Est-ce que le temps passe dans ce vide ? Le vide détruit la notion du temps. C’est alors qu’un bruit stridant éclate cette bulle de non-sens. Une voix grave et posée nait. Un sursaut me prend dans le néant et elle vient rompre la solitude et le silence qui règne depuis l’éternité temporaire. Je ne peux toujours rien faire, rien affirmer, mais rien que cette présence me rassure. Je ne vois toujours rien autour moi.
La voix prend parole :
« Eiji, futur Transcendant… dans ce monde où vie et mort se croisent, une partie du destin repose entre tes mains. »
Je ressens un poids se poser sur mes épaules. Elle continue :
« Le mal est le bien, qui sait ? Transcende le cycle, diverti moi. » Elle ajoute. « Si tu trouves la voie, alors tu retrouveras ton chez-toi… »
L’entité se tait et un silence de mort renait.
Je me réveille, le ciel grisâtre se présente à moi. Je ne saurai dire combien de temps j’ai dormi. Mes yeux s’ouvrent lentement au milieu d’un champ de fleurs blanches. Une faible lumière dans ce brouillard éclaire mon corps. Une clairière clôturée de pins s’étend autour de moi, où sont éparpillés les membres de ma classe. Je me suis réveillé en premier, ils sont tous à terre et endormis. Encore insouciants des problèmes de cet endroit inconnu qui vont nous arriver.
Je me lève sans difficulté et observe les bois. Je regarde autour de nous. Une odeur de pins flotte dans l’air et vient se mêler à celle de l’iode. Un parfum qui me rappelle les vacances de cet été. C’est un ciel brumeux qui se présente à moi. L’épais nuage m’empêchant de voir à plus de cent mètres. Je ne vois même pas la cime de certains arbres. Cela ne peut pas être la réalité. Un rêve, serais-je en train de dormir en cours de philosophie. Je me pince le bras et la douleur ne se fait pas attendre. Je regarde encore autour de moi, essayant de trouver des repères. La forêt m’entoure et m’oppresse. Les arbres, grands murs, se mêlent de plusieurs espèces. Épiant le moindre signe de civilisations, je trouve ce climat familier et inconnu. Je ne suis pas retenu par cette forêt mais la peur m’emprisonne à cette clairière. J’attendrai que d’autres se lèvent pour explorer. Je fais quelques pas sans problème. L’herbe froide sous mes pieds nus me fait frissonner. La rosée du matin coule sur ma peau. Une nature luxuriante est à perte de vue. Le soleil brise les nuages. Des rayons commencent l’éclairage de ce mystérieux endroit. Les chênes et les pins se livrent des duels accompagnés par certains saules. Je caresse les douces pétales une petite fleur dorée. De son pistil sort une bille de lumière qui s’évapore en nuage de paillettes dorées dans le ciel. Son pollen scintillant s'infiltre en moi, je me sens léger. Les pétales commencent soudainement à faner. La plante mourra dans la minute. Les odeurs boisées s’entremêlent et de petits arbousiers essayent de se faire une place parmi ces géants.
Pour ce qui est de mes habits, ceux-ci ont laissé place à de simples tissus. Je ramasse un bâton pour me servir de support. Je m’inspecte et remarque que le cauchemar n’est plus. Comme si ce cauchemar n’avait jamais eu lieu. Je garde le bâton pour mes premiers pas. Je peux la mouvoir comme si rien n’était jamais arrivé. Nager m’est-il à nouveau permis ? Rêver est-il devenu réalité ? Rivaliser, m’est-il demandé ? Comment rentrer chez moi. Cette illusion est trop belle. Je l’examine cherchant la moindre cicatrice. Rien, tout est parfait. Aurais-je rêvé de l’accident ? Comment ma jambe serait revenue ?
Quelques minutes se sont écoulées depuis mon réveil et je peine encore à réaliser la situation. Le brouillard s’est dissipé et tout le monde se réveille en même temps comme si l’on m’a laissé le temps de tout examiné tranquillement. C’est le calme avant la tempête. À peine réveillés, les premiers paniquent, je fais semblant de venir de me lever. Certains me regardent étrangement. Morice prend la parole et s'exclame comme si sa voix valait plus que les nôtres. Je propose d’analyser la situation, mais je n’ai pas eu le temps de terminer ma phrase que Morice, ce grand gaillard de deux mètres, m’abime à nouveau les oreilles avec ses remarques inutiles. Il faut que Ten rajoute une couche. C’est alors que Camillia se met à se plaindre. Une voie parmi le groupe demande si quelqu’un manque à l’appelle et Takeo fait le compte des présences. C’est un grand gaillard, il a des courts cheveux bruns. Il possède un physique élancé qui lui a permis de remporter la dernière course organisée par le lycée. Eden propose un regroupement et une discussion calme et posée. Takeo commence à proposer une gestion de la crise. Pendant ce temps, Valentine continuait à se lamenter.
« On est perdu, on fait quoi ? On va mourir ? »
Une voix grave répond de manière assurée.
« Je suis là donc c’est bon. »
C’est encore Morice, le gorille de la classe. Il a le même âge que moi et pourtant me dépasse d’une tête. Je ne comprends pas comment on peut être aussi imposant à son âge. Il a déjà de la barbe, c’est un titan. Personnellement, je ne me sens pas bien à côté de lui. Son impression d’être le plus important me dégoûte. On est un groupe, tout le monde est égal. Je répondis à sa phrase de manière sèche.
« Et tu vas faire quoi ? »
Il répondit à ma question avec son arrogance habituelle.
« Je possède les muscles et la force pour survivre et vu que je suis le Héros de cette "réalité" ! »
C’est alors qu’Eden nous interroge :
« Qui vous a dit que vous êtes les seuls héros ? » La classe le regarde, étonnée. Eden vient nous aider avec son raisonnement.
« Pour ma part, je sais qu’on m’a nommé "Héros", mais je ne crois pas être le seul. »
Morice, encore fixé sur ma remarque précédente, me dévisage et lance :
« Il faudrait toujours que tu sois moins pitoyable pour que je te prenne au sérieux, héros de pacotille. »
Alors que le conflit grossit, Takeo intervient.
« Calmez-vous, nous sommes des héros ici, nos puissances doivent être équivalentes. »
Eden propose d’explorer les lieux, et la classe accepte. Nadia demande timidement :
« Mais ce n’est pas dangereux ? »
Ten répond sérieusement : « Le plus dangereux, c’est de ne rien savoir de ce qui nous entoure… »
Le sentiment d’être observé grandit en moi. Kaze annonce qu’il va chercher de l’eau avec Takeo ; Ten les suit aussi. Les trois partent détendus, contrairement à la plupart des autres, qui commencent à s’activer. Thomas s’attelle à construire un abri et Nicolas pense au feu. Quelques filles partent chercher de la nourriture en petits groupes. Je ne sais pas quoi faire ; le vent frais m’incite à explorer.