Chapitre 19
remordsJe décide de continuer à marcher sur ce chemin. La pierre laisse trop souvent place à la boue et aux autres racines débordant du sol.
J’arrive dans une zone où un petit mana est imprégné dans le sol. Le chant de la forêt n'est plus. Un vide plane sur ce bois. Par sécurité, je me crée des dagues de glace.
Deux pauvres loups passent alors en face de moi. Pas de grognement, pas de posture d'attaque. Ils s'immobilisent simplement, les oreilles dressées, et regardent quelque chose derrière moi. Ils ont des colliers autour de leurs cous. Ce sont sûrement des bêtes apprivoisées. Leur maître ne doit pas être loin. Ils m’observent attentivement. Je ne savais point que l’on pouvait les dompter.
Je sens une grande quantité de mana se diriger vers mon dos. Je crée rapidement un mur d’eau derrière moi.
Proprement avec technique, en cherchant l'angle où l'épaisseur sera la plus fine. Un pilleur y plante son arme. Il connaît ce type de défense ou il en a déjà vu.
L'homme habillé d'un manteau de cuir crasseux, d'une capuche rabaissée sur un visage sombre, avec son regard de chasseur qui ne me quitte plus.
Quel lâche de m’attaquer de dos. Il va le regretter.
Son arme est automatiquement broyée par les courants qui circulent dans mon mur. Un archer me tire dessus avec une lame d’eau renforcée de mana.
Ils sont plusieurs !
J’absorbe son attaque et utilise son momentum pour la renvoyer de manière oblique. Il se fait alors transpercer de sa propre flèche d’eau.
Encore deux autres se jettent sur moi. Le premier essaye de me trancher le cou, mais je pare son coup avec ma hache. Le deuxième, qui fait une tête de plus que moi, enflamme ses poings en feu que j’éteins. Le feu est mon adversaire préféré.
Le premier vise mon ventre cette fois. d'un geste court, entraîné. J'esquive d'un courant d'air latéral, mais trop tard pour le grand qui arrive par derrière, vers mes genoux. Je saute par-dessus lui. Mon atterrissage est lourd et je perds un peu d'équilibre.
Le premier recule immédiatement pour créer de la distance. Le second avance pour m'y maintenir. Ils travaillent ensemble depuis longtemps.
L'archer à qui j’avais renvoyé son sort est mort. Il tombe de son arbre et fait un bruit lourd en s’écrasant quelques mètres plus bas. Une bouffée d’énergie m’envahit. Les autres, encore choqués de cette mort rapide et silencieuse, restent statiques. Je ne pensais pas le tuer avec un seul sort.
Il ne devait posséder aucune armure solide pour succomber si facilement d’une seule flèche d’eau et de poisson. Peut-être est-ce simplement le poison qu’il avait infusé dans son eau. Son venin s’est retourné contre lui. J'abats les deux familiers qui les accompagnaient avec mes dagues de glace. Mon mana est encore stable.
Ils veulent venger leur collègue et ils m’insultent de tous les termes.
Ils se lancent alors sur moi. Dommage pour eux, j’ai eu le temps d'insuffler la zone de mon mana, écrasant le leur. Je les enferme dans des cages d’eau. Seul, le boxeur aux poings de feu arrive à sortir de sa cage. Il veut sauver ses collègues. Ils sont tranquillement en train de se noyer. Je l’empêche grâce à mes assauts d’aller les sauver. Ils n’avaient pas prévu de tomber sur un mage si fort et si jeune.
Le boxeur de feu veut me faire la peau, il fuit ? Je m’élève entouré de glace. Il essaye de se cacher derrière un chêne centenaire. Je dissèque l’arbre d’une attaque coûteuse en magie.
Il est alors à ma merci…
Il s’est coupé pour faire couler de son sang sur le sol ? Il dessine quelque chose avec ?
Un cercle de sang écarlate au sol !!! Il est à une dizaine de mètres de moi. Il va passer un pacte avec un démon. Une lame d’eau que je fais sortir de l’eau tranche sa main avec une partie de ma réserve de magie avant qu’elle ne touche celle du démon. Je sens ma glace se fragiliser.
Il hurle sa douleur, elle se fait entendre en un lieu autour de nous. Le cercle de pacte se brise et disparait.
J’ai mal géré encore une fois mon mana, mon pilier de glace se brise sous mes pieds. Je vais devoir le tuer à la hache.
Par rage, il fonce sur moi, tend son glaive avec son unique bras. Il se brise au contact de ma hanche. L’acier brise le fer. Je lui tranche le deuxième bras avec simplicité. Puis lui envoie un violent coup de hache dans le ventre. Heureusement pour lui, son armure a tenu le coup. Je briserai sa défense au prochain coup. Une perte de beaucoup de sang le fera mourir dans quelques secondes. Il rampe sur la terre boueuse.
Les deux autres ont réussi à se libérer de leur cage vu que je ne possède plus de mana. L’un, malgré ses essoufflements, essaye de me planter sa dague empoisonnée dans le ventre. Imprécis, il me loupe de peu, je l’étrangle et lui brise le cou avec une impulsion de mon énergie restante. Une flèche m’arrive dans l’épaule, c’est le deuxième qui a utilisé son arc.
Arh…
Un genou au sol, je les observe.
Le boxeur lâche son dernier râle, il est mort de son hémorragie. Une nouvelle haine m’envahit.
Il ne reste plus que le dresseur des bêtes. Par panique, me voyant épuisé, il m’attaqua avec une épée magique. Je m'arrache brutalement la flèche de mon épaule et la lui plante avant qu’il ne puisse réagir.
Il a disparu, ce n’était qu’un clone. Il apparait dans mon dos !
Je me retourne et lui envoie un coup de pied dans le ventre.
La pluie tombe… Elle vient refroidir mes muscles. Je suis totalement crispé. Mon corps dans son entièreté tremble. Je m’avance lentement vers le mage. Sans ses petites créatures, il n'est rien. Son regard est devenu celui d’une proie. Il me parle dans une langue que je ne connais pas et qui me supplie de l’épargner. Ou plutôt une langue que je me refuse à comprendre.
Je le tue simplement d’un coup de hache dans le cou. Sa tête flanche légèrement avant de tomber dans la boue. Je nettoie le sang sur ma hache et m'essuie les mains avec l'une de leurs capes.
Je viens de tuer quatre personnes sans pitié.
Je viens de tuer quatre…
Personnes…
J’ai tué quatre…
Personnes…
Non, des criminels…
C’est mon devoir…
Si ce n’avait pas été moi, peut-être qu’une âme innocente serait morte.
Je ne leur ai pas parlé, aucune information sur leur motivation. Juste des regards, des regards de tueurs qui voulaient ma peau. Je les ai tués de sang-froid. Presque rien ne m’a fait regretter cette action. Je n’ai rien à regretter, Eiji, tu es le héros !
J’ai beau être le vainqueur de ce duel déloyal, j’ai un petit remord d’avoir tué quatre personnes. Cette faiblesse mentale… C’était ma vie ou la leur. Je suis le nouveau héros qui nettoie les forêts de la vermine.
Je m'écarte de la scène. Je ne veux plus voir les cadavres. Mon corps fatigué me lâche peu à peu. Mes jambes m'obligent à m'asseoir.
Ça fait du bien.
Le calme me trouble. J'aimerais me poser et dormir un moment, un œil ouvert pour ne pas devenir une proie. Mon regard se pose sur un écureuil courant entre les branches. Il ne se soucie ni de moi, ni de mes actes. Il passe. Le silence qui régnait dans la forêt commence à s'estomper. Les oiseaux recommencent à chanter. Un léger vent siffle doucement dans les feuilles. L'odeur des pins et autres conifères vient chatouiller mes narines. Le bois semble se soigner et renaître du silence que j'ai imposé.
Posé contre le tronc d'un vieux chêne, je suis en vie. Si je pouvais raconter à mon passé ce que je suis devenu. Ma famille serait enfin fière. Un héros puissant qui accomplit son devoir et protège les autres. Je ne suis plus ce perdant qui peut seulement contempler la gloire des autres. Cet isekai est un paradis. C'est un rêve éphémère qui serait devenu réalité.