Chapitre 18
L’adrénaline du combat contre Loïc n’est toujours pas terminée.
Je fuis dans la forêt. Je vais rentrer au royaume et leur dire que je n’ai malheureusement pas réussi l’assassinat et que ma fuite est compromise.
Ils me poursuivent à cheval et certains essaient de me rattraper. Je leur envoie des tirs d’eau concentrés. Je cible les pattes des chevaux. La majorité des cavaliers s’écroulent avant de me rattraper. Je cours entre les arbres et les bosquets le plus vite que je peux. Essoufflé, je m'arrête. Je vais affronter et vaincre le cavalier qui reste.
C'est Loïc. Il ne reste plus que Loïc, toujours aussi déterminé. Il l’a choisi, on va terminer ça ici et maintenant.
J’agrippe mon arme et esquive son attaque, broie une jambe du cheval avec ma hache. Mes doigts glissent sur le manche de la hache, humides de sueur. Loïc saute du cheval avant que celui-ci s’écroule. J’utilise mes sorts d’ombres et l’aveugle. Je crée de l'eau et fonce sur lui. Il est en position de défense. Il se prépare à contrer une attaque mortelle. Mes jambes s'arrêtent. Je le regarde, il est en piteux état. Le temps semble ralentir. Il est en défense. Il attend, attend son destin. Je pourrais le tuer. Il est encore blessé de notre combat. Il possède un léger trou causé par ma glace sur le flanc gauche. Le cheval à côté de lui souffre le martyre.
Devrais-je vraiment le tuer pour terminer ses souffrances ?
Je revois mon cheval, mort. J’hallucine : un bain de sang. L’odeur du sang m’écœure. Mon ventre me fait mal et ma bouche vomit immédiatement. Ma tête se retourne pour nier mon acte. Je vomis une deuxième fois. Je me relève et regarde Loïc.
Loïc, mérite-t-il la mort ?
Je ne les tuerai pas. Cela ne me sert à rien.
Je pars.
Je laisse Loïc seul.
Il était affaibli, une simple proie qui attendait son destin. Mes pensées et concepts moraux continuent à se battre sur la question de la vie de Loïc. Je n'y arrive pas.
Je commence une marche lente vers le royaume. Penser me fatigue plus que marcher.
La route est longue, certains loups osent se montrer. Je les massacre comme de vulgaires mouches.
Je passe la nuit dans un arbre à l’abri des loups et autres monstres.
Mon professeur de magie disait… Il y aurait des gobelins et quelques orcs dans ces forêts… Les orcs sont normalement en train de descendre dans ces forêts avec l’hiver qui approche. Et alors ?
Ils quittent les montagnes pour venir dans les forêts où les proies abondent. Est-ce vraiment important ?
Je me sens seul. Mon corps fatigué ne tient plus. Il me reste un tout petit peu d’énergie. Je crée un esprit d’ombre avec le mana qu’il me reste. Il me préviendra si des ennemis s’approchent de mon arbre. Mon sac de provision va me faire un oreiller pour cette nuit. Je m’endors difficilement, malgré la nuit paisible.
Le lendemain, je décide de continuer le chemin pour repartir au château.
En chemin, je me questionne. Pourquoi Eden m’a donné cette arme ? J’étais déjà assez fort. Je repasse vers la rivière où Eden était, il y a deux jours. Plus rien, pas une seule trace. Peut-être est-ce la dernière fois qu’on se voit.
Je continue mon chemin dans cette forêt que je connais trop bien.
J’ai échoué la mission et j’ai rencontré Eden. Je devais tous les tuer. Aucun ne devait vivre. Ils sont tous en vie par ma faute. Le roi sera déçu. Je ne suis pas encore un héros.
Le chemin est long, je continue à marcher toute la journée. Quelques loups viennent me saluer, je les massacre comme à mon habitude. Je fatigue et la nuit tombe, j’utilise la même technique que la fois précédente.
Je me décide à observer les étoiles. La lune me parait gigantesque aujourd'hui, comme si cette beauté allait s’écraser sur notre planète.
C’est alors que le bâton d’Irmin se met à trembler. Eden apparait sur un petit écran, il déclare :
« Eiji,
Si tu lis ce message,
C’est que tu es tombé sur plus fort que toi. Sache que c’est surement la dernière fois que je peux t’aider de la sorte. L’Irmin va disparaitre et revenir dans son domaine d’ici une minute.
Ne m’en veux pas, ne t’en veux pas. Tu sais que l’échec cache un succès. J’espère que tu as pris conscience des dangers de ce monde.
N’oublie jamais qui tu es et d’où tu viens.
Ce sont des phrases simples, je sais.
Un ami »
Je ne sais pas pourquoi une larme a coulé de mon œil gauche. Cela devait être la fatigue de la journée. Le bâton disparait, mon corps se sent lourd. Il n’avait plus cette énergie.
Je détourne le regard.
Pathétique.
Je suis juste fatigué de tous mes exploits, un peu de repos me fera du bien.
Pour la première fois, je me suis senti faible et cela m’a écœuré. Je me suis au plus vite endormi pour refuser cette faiblesse.
La nuit s’est déroulée normalement.
Je ne sais si je devrais m’arrêter aux auberges les prochaines fois, mais elles sont plus chères que les arbres et moins dangereuses. Mais sincèrement rien ne vaut une bonne branche d’arbre.
Je ne pense pas que beaucoup de gens sachent que je suis un héros… Car je ne le suis peut-être pas… Mais je devrais faire attention maintenant. Ariel, avait-elle réellement percé à jour mon identité ? Comment ?
Mon identité… Suis-je un héros ? Mon titre est caché depuis le début. Pourquoi… Je suis pourtant considéré par les analystes comme un « héros ». Peu importe, je suis le héros de l’épée blanche.
Je dois continuer à avancer, j’arriverai dans l’après-midi au château. Il me demandera surement pourquoi je n’ai pas assassiné Ariel. Je lui dirai que les adversaires furent plus nombreux et puissants qu’imaginé.
Si je quitte ce royaume, je pourrai rejoindre Eden ? et l’on pourra vivre tranquillement ? Je sais vers où il est normalement parti, Irmselia. Peut-être les rejoindre après avoir discuté avec le roi de ma future quête.
Si ma route était d’être un puissant héros solitaire autodidacte. J’en suis capable. Il me faut juste faire encore quelques efforts.
Je ne sais pas. Après tout, seuls les stupides dieux savent.