Chapitre 17
Le soleil daigne enfin se montrer, pendant ce temps, je déjeune. Je suis déjà en retard. Je mange la nourriture préparée par le cuisinier royal, mais tout est insipide, surtout le pain. Cette fadeur trahit une accélération artificielle de la croissance du blé, dopé au mana jusqu’à l’excès. Une odeur mortuaire embaume la pièce, j’ouvre les fenêtres pour aérer la chambre. J’ai remarqué une rivière non loin du village. J’irai m’y baigner pour y chasser mes dernières hésitations. Peut-être que l’eau effacera le souvenir de ce repas soi-disant savoureux.
Je descends à petits pas les escaliers, quelques gaillards sobres sont déjà levés et me scrutent. Un de leurs collègues aventuriers est ivre, allongé contre le sol. Je les salue et sors de l’auberge.
Je m’apprête à quitter le village lorsque Loïc, toujours autant armé, m’interpelle.
« Jeune homme, où vas-tu ? Tu dois rester. »
« Non, je vais me baigner et toi ? Que fais-tu ? »
Sûrement, a-t-il été chargé de ma surveillance. Ils savent que le roi veut leur mort et qu’il peut envoyer des assassins à tout moment. Je vais juste vivre normalement jusqu’à demain. Je ne sais pas, mon cerveau, encore emmêlé, ne sait que penser.
« Je protège le village. Comment oses-tu ne pas aller prier les saints dieux pour te protéger en ces temps de conflits ? De plus, l’eau de la rivière est profonde et son courant, rapide. Tu risqueras de t’y noyer. »
Je lui réponds que je suis athée et que ce n’est pas pour l’offenser, mais je ne crois pas en les dieux. Dieu n’a jamais existé, ce ne sont que des légendes.
Comment peux-tu dire « tes » dieux ? Ce sont les dieux universels. Tu devrais les prier ou des malheurs t’arriveront. Je peux te montrer où est l’église du saint Malleus pour te repentir de ton ignorance. D’où te vient cette vilaine arrogance ?
Il est vrai que de nombreuses légendes aiment mettre des dieux comme créateurs d’un monde. Il y a peut-être des lois différentes de chez moi. Mais les dieux, ça n’existe juste pas. Je vais faire profil bas et exécuter ma mission. Je lui réponds que j’irai après ma baignade.
Il me lance un sourire froid et déclare : « Tu me fais pitié, je ne sais pas pourquoi on aurait besoin d’un faible aventurier pour nous aider. »
Je rétorque, énervé : « Je suis si faible que ça à tes yeux ? »
« On ne joue pas dans la même cour. Tu es sûrement de la cour. »
« Si j’étais toi, j’attendrais la discussion avec ta cheffe avant de faire des suppositions. »
Il pointe sa lance sur moi.
Je tourne les talons à mon adversaire. Il ne va rien faire à part serrer le manche de sa lance. Quand je reviendrai de mon bain, alors il se plaindra à la cheffe, mais ma langue vaincra. Mon instinct entend son cœur qui s’emballe. Il s’élance sur moi…
Il va m’attaquer !
Je sors ma hache et dévie sa lance avec. Je contre-attaque en envoyant un violent coup de genou dans le ventre. Une éclaboussure chaude vient tacher ma tunique. Il tombe à terre, le souffle bloqué.
Ariel nous a vus depuis sa fenêtre. Quelle est vraiment cette deuxième raison pour sa mort déjà ?
Ses braises n’ont rien loupé de notre petit duel. Je fais semblant de n’avoir rien remarqué et sors du village pour aller me baigner. Loïc qui en veut encore, me lance son bouclier dessus. J’esquive de peu grâce à une protection d’eau faite de mon mana et le nargue :
« Donc voici un preux guerrier ? »
Il se relève et crache un peu de sa salive contre la terre. Ariel s’avance d’un pas rapide vers deux. Ses impacts font trembler le sol.
Elle instaure le respect, contrairement à son sous-fifre. J’ai toujours apprécié les grands leaders.
La première raison de l'assassinat parlait des taxes et la deuxième ? Je ne sais plus.
Elle s’avance vers nous avec une certaine méfiance, je ressens son mana. Celui-ci n’épouse point son corps, il est éparpillé en de petites mèches. Les habitants se précipitent à leurs fenêtres pour voir le spectacle.
Loïc s’approche d'Ariel et lui murmure des mensonges. La cheffe s’approche de moi et m’interroge :
« Comment une brebis royale se serait égarée, si ce n’est pour nous exterminer ? »
« Je ne vois point à quoi vous faites allusion. »
« Nous l’avons senti dès que tu es arrivé, tu es un envoyé royal pour mettre fin à notre race ! »
« Comment ça ? »
« Si tu bats Loïc en duel, alors tu seras épargné. »
Je crains que je n’aie de choix. Le héros doit savoir prendre en mains ses responsabilités.
Nous sortons du village, certains habitants aussi. Le combat va se faire en lisière de forêt vers la rivière. Ils viennent regarder. Je le détruirai et montrerai que je suis le meilleur. Comment faire pour tuer ce maire maintenant ? Loïc n’est pas le seul guerrier de son village. Je ne pourrais point l’atteindre rapidement. J’aurais dû ne point hésiter hier et accomplir la tâche sans réfléchir. Ma morale me joue des tours et voici dans quelle belle situation je me retrouve.
J’avance vers Loïc, cinquante mètres nous séparent l’un de l’autre. Un corbeau vole dans le ciel. Ma vision se contracte sur lui seul. Je perçois en lui un mana sombre et brûlant.
Loïc envoie une lance enflammée sur moi. Il s’élance sur ma gauche. Son javelot arrive devant mon œil droit. Ma hache l’a bloqué encore de justesse.
Il est à ma portée, je crée une vague derrière son dos. Il se retourne pour la briser. C’est à ce moment que je l’attrape à la nuque.
Je le plaque au sol avec un sort de liaison aquatique. Je me crée une arme en glace, très fragile mais très bien aiguisée. Je la plante dans sa jambe droite. C’est la jambe sur laquelle il s’est propulsé avant. Il hurle. Son corps devient brûlant. Je recule, gardant mes armes de manière défensive.
Il s’enflamme, c’est une torche humaine.
Il se téléporte grâce à un cristal et avec un deuxième il se soigne. Il a gagné une apparence démoniaque sous cette forme. Cela doit lui consommer beaucoup de magie de rester sous cette forme. Il se décide à utiliser un arc fait braise pour me maintenir à distance.
Il tire une flèche que je supprime avec de l’eau dans le creux de ma paume. Je suis malheureusement pour lui sa plus grande faiblesse.
Il m’en relance une salve, ce qui m’oblige à ériger un mur d’eau. Il pense m’avoir bloqué le champ de vision avec l’eau. Il plante donc sa lance à travers le mur. Malheureusement pour lui, j’inverse le courant et, avec la pression, je brise sa lance et l’envoie valser dans les cieux.
Il sort alors une rune et la brise. Je n’en connais les effets, vu que je n’ai pas eu le temps d’observer le symbole qu’il a brisé.
Le combat s’intensifie. J’invoque deux simples esprits d’eau, c’est une combinaison de magie noire pour la conscience et d’eau pour le corps. Ils me serviront de bouclier. À peine le deuxième invoqué que Loïc transperce le premier. C’est exactement ce que je voulais. Les deux invocations explosent et projettent des épines d’eau. Loïc aurait dû se les prendre mais elles ont été arrêtées par Ariel. Elle utilise sa magie de vent pour les faire disparaître discrètement.
Je suis offusqué : avec moi ce genre de triche ne passe pas.
J’attire de l’eau autour de moi et l’éjecte sur mes opposants. Le sol craque sous ma glace naissante. Je viens de refroidir l’eau avec mon énergie. Ce blizzard instantané les gèle sur-le-champ.
Je m’avance vers Loïc qui est encore figé par mon attaque. C’est alors, dans mon dos, qu'Ariel surgit. Grâce à ma magie d’eau, je glisse rapidement sur une petite distance. Les attaques de Loïc et d’Ariel s’entrent en choc.
J’attrape Loïc et l’envoie dans une cage d’eau. Il va suffoquer tranquillement le temps que je m’occupe d’Ariel. J’allais finir Loïc d’une flèche glacée alors que ma cage d’eau se brise. Loïc l’a détruit sans peine. Nos lames se rencontrent violemment. Mes bras vibrent sous le choc.
Trop proche. Le vent tranche avant l’acier.
Ariel m’attaque à nouveau avec sa claymore. Cette fois, elle veut réellement ma mort. L’intention me touche avant sa lame. Dans ces yeux, un rouge sang est né. Un instinct primitif apparaît dans son mana.
Il n’y a pas d’eau proche de moi. Je vais en créer avec du mana.
Impossible, elle est trop proche, mon corps se propulse par réflexe en arrière. Même mes réserves de mana sont affaiblies. Je ne possède juste pas encore assez d’énergie.
Ariel invoqua à son tour des esprits de feu.
Les villageois sont armés, je ne ferai jamais le poids.
Certains essayaient de m’abattre avec des flèches. La majorité sont des guerriers armés jusqu’aux dents. Ils savaient que ce combat n’avait pour but que de me fatiguer, j’aurais dû la tuer immédiatement. Ils m’encerclent totalement. C’est un vrai enfer, je suis piégé.
C’est que je me rappelle du cadeau secret d’Eden. Je brise la petite pierre précieuse. Entre mes mains apparaît le sceptre d’Irmin. Je sens mon mana s’intensifier dans mon cœur. Les fluctuations diminuent, mon corps se sent transformé. Une puissance divine coule au sein de mes veines.
Ils pensent pouvoir me battre. L’un d’entre eux m’attaque avec sa lance.
Je peux à nouveau créer de l’eau. J’inonde les terres qui nous entourent. Les guerriers sont pris de court.
J’esquive certains puis fonce sur la première personne qui avait lancé l’arme et lui envoie un coup de poing dans le visage. C'est personnel. Il s’écroule lourdement au sol.
Je me domine, ces âmes. Une minorité est armée. C’est parfait, ils sont encore cinq, je vais m’occuper d’eux…
Pourquoi je me bats ?
Ai-je envie de mourir ?