Chapitre 12
Les grandes portes s’ouvrent devant moi. Nous entrons dans la salle principale. Je marche sur un long tapis rouge sur lequel une épée blanche a été tissée. On m’amène devant le trône du roi. Celui-ci est affalé tel un mort sur son trône. Il est borgne, son seul œil est fatigué. Il a des cheveux couleur poussière, une gorge usée, un nez bossu qui surplombe un épais buisson gris. Dans lequel on peut y distinguer une bouche lippue. Il portait sur lui une couronne de bronze doré, un manteau de lin avec de la fourrure, plusieurs pendentifs. Ce n’est pas de bon augure. Tout le contraire de son ministre, un homme bien-portant avec des cheveux bruns mi-longs. Il est habillé d’un assortiment blanc qui lui va comme un gant. Il a aussi une grande cape crème qui portait le rouge symbole de l’épée blanche.
Le maître des lieux sur son trône m’adresse la parole.
« Je vois, tu es faible pour un héros. C’est décevant. Apparaître dans ce monde sans grande réserve de mana n’est pas digne d’un héros. La décadence… »
Son ministre renchérit : « S’il a été choisi, c’est que les dieux nous abandonnent. Un seul héros si faible ne peut être qu’un signe. De plus, il ne possède aucun soutien divin. Aurions-nous déplu aux dieux ? » Je me défends.
« Si je puis me le permettre. Majesté. De plus, je ne connais que le travail. Je suis seul mais je vais devenir plus fort. »
Il me répond sèchement. « Les paroles ne valent rien. Je te croirais seulement si tu fais tes preuves. »
Son premier ministre en rajoute : « Sa Majesté attend des résultats. »
Je l’implore : « Donnez-moi un peu de temps, je ne vous décevrai pas. »
Le roi se redresse dans son siège, ricane et accepte.
Le ministre me fait à nouveau traverser tout le château, nous arrivons dans une salle sombre dans laquelle des jeunes pas plus grands que moi s’entrainent au maniement de l’épée. Je me demande si l’épée me conviendra. Il me lance une épée de bois renforcé. On me présente au reste des élèves comme le fils d’un riche qui vient s’entrainer. Le statut de héros est temporairement totalement oublié. Je commence l’apprentissage de l’épée. Je ne croise le fer qu’avec l’enseignant. Il pense que la force est la seule force d’un héros. Il m’explique que la maîtrise de son arme sert à sublimer sa puissance. Il me raconte avoir sauvé le roi grâce à ses techniques d’un assassin, il y a quelques semaines. Le fou sera d’ailleurs pendu dans quelques mois après avoir subi deux-trois interrogatoires. L’après-midi, on me fait descendre dans une salle semblable à celle de mon premier test. Un sorcier m’enseigne les bases de la magie et du mana. Des étagères remplies de livres tapissent les murs. Le mage prend une dizaine de grimoires qu’il dépose sur une grande table en bois. Il me demande de les lire pour commencer mon apprentissage. Ce fut une longue et ennuyeuse après-midi de lecture. J’ai pour autant appris certaines choses intéressantes, comme la naissance de la magie dans ce monde. Un bouquin plus grand que les autres attira mon attention. Il y était inscrit « Naissance d’un monde ». Sur la couverture se trouve un chevalier affrontant un démon portant une couronne. De magnifiques reliures couvrent sa bordure. Le mage m'oblige à lire ce livre pour que je comprenne mon importance dans ce monde.
D’après le grimoire « Naissance d’un monde », un jour des dieux sont nés dans le néant. Ils étaient une vingtaine, chacun d’entre eux possédait une grande puissance et un mana pur. Ils se mirent alors à bâtir ce monde dans l’harmonie. Ils créèrent une hiérarchie pour eux pour mieux organiser ce monde. Mais comme toute bonne histoire pour enfant qui se respecte, un jour, l’un d’entre eux croisa une entité différente. Une entité maléfique, celle-ci lui offrit un pouvoir. Ce pouvoir corrompit la divinité folle qui la partagea avec certains dieux. Ceux-ci devinrent fous à leur tour. Les grands et puissants dieux durent tuer les déchus. L’entité originelle du péché étant trop puissante, elle fut scellée sous la terre. La bataille fut rude et du mana divin fut perdu durant la bataille, permettant aux humains de manier à leur tour la magie. Le mana impur des divinités corrompues explosa totalement sur une partie du continent. Cela contamina des pauvres humains qui furent transformés en démons, obtenant des pouvoirs obscurs. Les héros sont des individus spéciaux que le destin choisit pour empêcher l’entité de revenir en allant la vaincre dans son sceau. Certains héros reçoivent certaines fois des bénédictions de divinités pour les aider dans leur quête. C’est donc ça, mon destin.
Ce soir-là, je mange à la table du roi, je suis un animal de cirque, il invite les riches de la ville pour leur apprendre la nouvelle : « l’unique héros a rejoint l’épée blanche ». Je sers des mains à ne plus compter. On m’habille des meilleurs habits. Je suffoque à l’intérieur, ils sont bien trop chauds. Je dois représenter la puissance de l’épée blanche et c’est un honneur d’avoir cette chance. Je vais devenir le bras armé du royaume. D’après les dires du ministre, avec un entraînement régulier, je terrasserai seul des armées grâce à ma composition physique et mon mana. Je vais devenir le symbole de puissance de ces terres. Ce n’est pas comme si j’avais le choix, je suis coincé pour le moment entre les murs marbrés de ce château.
Je discute avec certains nobles s’intéressant à moi. Ils me demandent si je compte prendre part et vaincre les armées d’Irmselia lors de la prochaine guerre. Je leur réponds que je ferai mon devoir. Ils m’interrogent sur mes pouvoirs. Le ministre vient les interrompre. C'est un secret d'État d'après et je ne dois point parler de cela avec les invités. On me fait discrètement sortir du banquet.
J'avoue être déçu, j'aurais voulu pouvoir me créer des liens avec certaines fortunes de la capitale.
Chaque jour, un quotidien monotone, long et fatiguant s’enchaîne. Je manie de mieux en mieux l’épée. Pour ce qui est de la magie, je possède une très faible réserve de mana d’après les analyses. Ma maîtrise est grandement centrée sur l’eau et le vent. On m'explique que je serai un meilleur duelliste que mage. Je n'aime pas manier l'épée ou la claymore, je préfère les dagues et les haches, des armes moins classiques, ce qui fait râler mon entraîneur.
Le soir, on me fait boire différents remèdes pour m’aider à développer plus rapidement mes capacités. Ceux-ci sont répugnants, mais si cela peut m’aider à progresser plus… J’aimerais connaître leur moyen de création. Même si je pense que ce n’est pas très glorieux vu comme mon maître en magie refuse catégoriquement de m’en parler. Peu importe, je dois devenir fort pour éradiquer les rois démons qui protègent l’entité et vaincre celle-ci, telle est ma mission.
C’est une mission divine que les sept divinités m’auraient confiée, d’après le roi. Je pense aussi qu’il me veut pour l’instant afin de m'utiliser et de gagner des guerres contre ses ennemis. L’Épée blanche est actuellement en conflit avec Irmselia, qui est un royaume frontalier. Irmselia sera donc mon premier réel ennemi. Sera-t-il vraiment à la hauteur de ma puissance ?