Chapitre 11
Les jours de marche s’enchaînent. Je ne fatigue plus avec ma nouvelle jambe. Je profite du bon air de la montagne. Rien n’est plus agréable que ces moments. Je sais que mon histoire ne fait que commencer. Je me sens inarrêtable face aux futurs défis.
Sur notre route pour la capitale, nous passons devant une petite auberge. Cette maison se tenait au bord du chemin, massive et simple. Mon compagnon, Marcel, m’explique les bases de la magie :
« Si tu dépasses ta limite, cela peut impacter ta santé, le manque de mana peut avoir des conséquences graves… »
Mon esprit est ailleurs. Ces murs de pierre, poutres apparentes, toit de tuiles assombries par le temps. Rien d’extraordinaire, et pourtant… comme un retour dans un passé lointain.
« Commence par les branches élémentaires comme le feu… »
L’enseigne de bois grinçait doucement, peinte d’un symbole que je ne connais pas. Une lanterne diffusait une lumière chaude. L’air sentait le bois brûlé et il y a comme une soupe épaisse d’hiver.
« Certaines sont plus simples à canaliser avec un sceptre. Privilégie toujours les options sans mana en premier. »
Je perds le fil de la conversation un instant. Ce décor n’avait rien d’irréel. Juste sa place était dans les manuels d’histoire. Je secoue ma tête et lui demande combien de temps nous devrons encore marcher.
« Je pense deux jours avant qu’on la revoie en sortant de la vallée. Dans quelques jours, nous serons à ses portes »
Nous avançons dans la journée et quand la nuit tombe, nous nous posons et allumons un feu. Notre périple aura duré en tout six jours. Il me raconte qu’il fait ce trajet deux fois par année pour subvenir aux besoins de son oncle. Celui-ci habite à la frontière avec un autre pays du nom d'Irmselia. Des bandits rodent sur ces routes et aucune caravane ne passe sur ces routes. Il reste encore quelques mines dans la région, mais celles-ci sont souvent pillées.
Nous arrivons enfin à la capitale. De grands étendards à l’honneur et à la fierté de l’empire flottent contre les murailles de marbre blanc. Les étendards sont constitués d’une simple épée blanche sur un fond noir orné de roses rouges. L’entrée principale possède deux grandes portes gardées par des gardes en armures lourdes. Il y a aussi quelques magiciens en tunique légère, certaines ornées de pierres précieuses. Nous avons été arrêtés pour un contrôle et mon camarade a dû payer une taxe pour l’entrée dans la capitale. N’ayant aucune marchandise sur nous, ce contrôle a été rapide et j’ai réussi à garder mon calme et mes armes. Le contrôle passé, une grande avenue se présente alors devant nous. Au fond de l’avenue, trônant sur la colline, se trouvait la demeure royale qui illuminait de ses murs blancs la capitale.
De petits commerces sont posés le long de l'avenue. Le forgeron engueule son voisin, le poissonnier. Certaines échoppes comme celle du maraîcher dépassent sur l'avenue. Les clients sont nombreux autour des colliers de perles de la bijouterie. Une boulangerie laisse s'échapper l'odeur d'un croissant jusqu'à mes narines. Je vois un magasin d'armement. C'est ici que Marcel aurait loué sa lance. Il me montre sa boutique et s'y arrête pour déposer certains outils.
On parvient aux pieds du bâtiment. Tout incarne la démesure de la puissance de son souverain.
Les portes massives du palais s’ouvrent devant moi. Elle s’ouvre pour moi. Après quelques explications, je me fais escorter dans le château. Je ne suis pas amené à la salle du trône immédiatement. L’escorte me fait monter et descendre de nombreux escaliers. Ce n’est pas un château, c’est un labyrinthe. Je rencontre pour finir un mage d’une quarantaine d’années.
On me demande de suivre le mage dans une grande pièce. Ils étaient plusieurs autour d’une grande table en bois. Des mages honorables, d’après ce qu’on me dit, à mes yeux, ils ressemblaient surtout à des moines fatigués. Leurs robes ne sont pas très impressionnantes, simplement pratiques, tachées d’encre et usées aux manches. Ils écrivent, rayent et recommencent. Les plumes grattent le parchemin dans un silence lourd, parfois brisé par un soupir ou un commentaire sec. J'aimerais lire le fruit de leur travail.
Je distinguais des lignes, des symboles, des formules alignées comme des équations. Certaines parties étaient entourées, d’autres barrées avec irritation. Ils me regardent avec mépris et méfiance. Je ne suis rien de plus qu’un étranger tombé du ciel.
Au fond de la pièce se trouve une statue à l’effigie d'une divinité guerrière. Une vingtaine de moines prient en son honneur. Un apôtre en toge vient à ma rencontre. Il se désigne comme un apôtre de rang supérieur et commence son interrogatoire. Je me présente comme un héros.
Pour autant, je n’ai pas reçu ce titre. Il approuve, disant que mes émanations d’aura y correspondent. Il prend une boule de cristal et me demande si je connais mes pouvoirs. J’hoche négativement la tête. Peut-être que je pourrais enfin comprendre l’entièreté de ma puissance. Je pose ma main sur la sphère froide. Rien ne se passe.
L’apôtre me demande de retirer ma main. Quelque chose ne s’est pas passé comme prévu. Il m’explique que mon mana est encore faible et qu’il va falloir que le travail soit intense. C’est alors que la porte derrière lui s’ouvre. De celle-ci apparait un grand homme dans la cinquantaine. Il porte une grande robe avec des dorures sur les extrémités. Toute une garde est avec lui. Il me fait signe de m’approcher. Il possède une aura divine autour de lui, peut-être, il pourrait illuminer une pièce à lui seul.
Il se présente simplement comme le ministre de Son Excellence.
Il me demande sèchement pourquoi j’ai l’air si faible étant le seul héros. Je lui affirme que je deviendrai bien plus fort d’ici quelques semaines. À l’écoute de mon discours, il se met à bailler et m’ordonne alors de le suivre. Je continue à essayer de le convaincre. Il me coupe une deuxième et râle qu'aucune divinité ne m'a choisi et que c'est une honte d'après lui. Il se met en marche et reste silencieux tout le long du trajet, seul le bruit de nos pas peut avertir de nos présences. Je n'ose plus parler. Sa garde rapprochée est imposante. Tous émanent une grande puissance. Je me sens un peu ridicule face à eux. Nous traversons tout le château. Nous finissons par gravir de grandes marches en marbre. En haut de ces grandes marches, deux gigantesques portes, couvertes de dorures et de couleurs vives, se tiennent. Elles nous appellent.