Chapitre 10
Mon camarade se présente. Il s'appelle Marcel et vient d'un petit village du nom de Stelin, proche de la capitale. Il me parle de ses origines. Il est artisan et possède une boutique à la capitale, mais fait ce long voyage plusieurs fois dans l'année pour des raisons personnelles.
Ses nouvelles questions visent encore mes origines. Ne sachant que répondre, je lui dis venir d’un autre continent. Son regard change, il me demande si je connais ma géographie. Le seul autre continent qui existe d’après mon interlocuteur est celui des démons et aucun humain ne pourrait y vivre. Il repose sa question et ajoute d'un ton sec.
« Ou bien serais-tu un petit démon sous couverture ? »
Devrais-je lui dire la vérité ? Il me regarde fixement. Au vu de sa froideur, il n’acceptera pas un deuxième mensonge, mais la vérité est encore plus bizarre à expliquer. Je prends une grande inspiration et lui dis que je viens d’apparaître depuis deux jours dans ce monde inconnu. Un sourire naît sur son visage. Le grand barbu rigole puis s’exclame qu’il ne croyait pas que le héros pourrait être si faible et seul. Je m’observe, il est vrai que ma carrure est loin de celle d’un guerrier et fait pâle figure devant lui. Je lui réponds que ce n’est qu’une question de temps. Il accepte de m’amener voir le roi pour que je puisse y mettre mes pouvoirs à contribution. Cela me ferait aussi gagner de la puissance et de l'autorité. Le destin me forge enfin un chemin.
Notre route vers la capitale démarre. Enfin, mon aventure va pouvoir commencer. Le temps fut bon après l’orage d’hier. Le soleil guide notre route. Mon collègue n’est point bavard et marche rapidement malgré son équipement. Il m’a conseillé d’aller voir un seigneur si je suis réellement le héros que je prétends être. D’après lui, mes services lui seront utiles. Parto, capitale de l’épée blanche, est l’un des grands royaumes des terres connues et son roi exploite de nombreux mercenaires et guerriers. Ils sont souvent très bien payés par les rois qui louent leurs services. Si je suis le héros invoqué, c’est que les 5 anciens sont morts d’après mon collègue. Il m’explique durant notre journée que les héros apparaissaient normalement en groupe, pour pouvoir surmonter les épreuves de leurs périples. Mais non, personne d’autre avec moi. S’il y en avait eu un, je l’aurais vu, non ?
Nos discussions continuent comme notre chemin. Celui-ci est rude mais mon guide est là pour m'aider. Au soir, nous arrivons en haut d’une petite montagne d’où nous pouvons voir les lumières de la capitale en contrebas. Je peux m’endormir sur mes deux oreilles avec mon camarade à mes côtés. Je suis chanceux d'avoir pu le rencontrer, sans lui le parcours serait plus compliqué. Je commence à tomber dans les bras de Morphée et à rêver.
Mon rêve se passe quelques jours après mon accident. Je ne sais dire combien de temps je suis resté dans le coma. Ma vision est encore floue, je me sens lourd. Autour de moi se trouvent mes parents et des médecins. Ils discutent et m’observent d’un air inquiet. Je sens plus ma jambe gauche. Encore sous l’effet du réveil, je ne comprends pas ce qui se dit dans la pièce. Je suis affalé dans ce lit blanc d'hôpital. Puis la fatigue de ce premier réveil m’emporte. Je rouvre les yeux, je suis debout et valide. J’avance alors dans un long couloir blanc, une porte grisâtre se trouve en son fond. La pièce est légèrement éclairée par de simples bougies à intervalle irrégulier. Je m’approche de cette porte, j’entends des murmures m’interdisant de l’ouvrir. Je fais encore quelques pas. Les murmures s'intensifient. Ma main fébrile se rapproche, tremblante, de la poignée. Elle effleure celle-ci. Mon regard se brouille à nouveau. Un mal de tête me prend. J’entends encore des pleurs. Je rouvre les yeux et suis maintenant dans une chaise roulante. Il fait nuit noire, une horloge figée dans le temps au fond de la pièce. J’ai une jambe en moins. Mon fauteuil tremble. Je suis pris de vertiges et appelle un surveillant de nuit. Aucune réponse, je rappelle. Rien… Personne n’est dans cet hôpital mort, le silence froid sera ma seule réponse. Mes mains faibles essaient de faire avancer l’engin tremblant. Mais mon fauteuil roulant est bloqué comme si on avait soudé les roues. Le siège commence à vaciller. Le navire chavire. Je tombe… Je tombe. Je tombe ! Arh !!!
Je me réveille en sursaut. J'inspire profondément, ce n'était qu'un rêve, juste un rêve. Marcel est en train d’alimenter le feu. Il me regarde et me demande si je viens d’avoir la vision d’une prophétie future. Je lui réponds que ce n’est qu’un simple rêve. Il doute et me demande si l’apocalypse m’a été annoncée. Je hoche négativement la tête, juste un simple cauchemar sans importance. C'est ici que mon aventure commence enfin.
L'épée blanche, me voilà !