Chapitre 1 086
Je m’appelle Mikel.
Je suis le guide d’Alfred-kun.
……..
Je devrais peut-être prendre une pose plus avantageuse ?
Je me le demande.
-0-
Alfred-kun, Kato-san et moi arrivons au domaine du comte Godrake.
Nous les avons prévenus à l’avance de l’heure approximative de notre arrivée. Un majordome vient donc nous accueillir et nous guider.
Ce majordome est impressionnant.
Pas même en voyant Alfred-kun debout à l’arrière pendant qu’il roule.
Quel majordome remarquable.
Bon, il nous arrête quand même quand nous essayons d’entrer dans le manoir à moto…
Alfred-kun est resté sur sa moto même devant le roi, alors évidemment, il n’allait pas en descendre.
Hum ?
On change d’endroit ?
Pour aller dans le jardin ?
Ah, nous n’entrons donc pas dans le manoir. Nous nous dirigeons plutôt par ici.
Compris.
Ce majordome est vraiment remarquable.
À noter que, moi, je suis venu en calèche.
On m’a proposé de monter à moto, mais il n’y avait pas de place pour moi.
Je ne me sentais pas assez sûr de moi pour voyager debout comme Alfred-kun.
Un side-car ?
Je ne savais pas vraiment ce que c’était, mais si j’avais pu voyager en sécurité, j’aurais peut-être accepté.
Enfin, une autre fois, peut-être.
Ah, et je n’ai certainement pas essayé d’entrer dans le manoir avec ma calèche.
Je suis descendu au portail.
-0-
Comme je ne savais pas combien de temps durerait notre entretien avec le comte Godrake, j’ai demandé à ma calèche de repartir devant.
Si la conversation se termine à l’amiable, ils me fourniront probablement une calèche. Sinon, en avoir une dans les pattes ne ferait que nous gêner.
Nous verrons comment rentrer le moment venu.
Pour l’instant, je me déplace donc à pied.
Quant à la moto sur laquelle se trouvent Kato-san et Alfred-kun… elle avance lentement derrière le majordome, à mon rythme.
Ils pourraient facilement le dépasser, mais ils ont la délicatesse de s’en abstenir.
Je devrais vraiment faire des efforts pour apprendre à être aussi prévenant.
-0-
Nous sommes bientôt conduits dans un endroit où les fleurs sont en pleine floraison.
Malgré ce changement de lieu imprévu, des tables et des chaises sont déjà installées, comme si le goûter avait été prévu ici depuis le début.
Les gens du rang de comte ont peut-être toujours un plan de secours.
Ou peut-être avait-il prévu d’organiser le goûter ici depuis le départ ?
Quoi qu’il en soit, je garde un œil sur les alentours.
Pas parce que j’ai l’intention de faire quoi que ce soit, mais pour ne pas gêner Alfred-kun ou Kato-san s’il se passe quelque chose.
C’est assez important.
-0-
Il y a quatre chaises autour de la table.
L’une est pour le comte Godrake et les trois autres sont sans doute pour Alfred-kun, Kato-san et moi.
Kato-san fait office de garde du corps. Il compte donc rester en retrait plutôt que de s’asseoir. Il gare sa moto un peu plus loin.
J’aurais préféré rester à l’écart, moi aussi, mais ce n’est pas une option. Je m’assieds donc avec Alfred-kun.
Le comte Godrake arrive alors avec le majordome, qui apporte le thé.
Je l’ai déjà vu plusieurs fois.
Il est grand et bien bâti.
Il joue un rôle actif dans les affaires intérieures du Royaume de Raywhite, mais il a plutôt l’air d’un homme fait pour porter une armure et se tenir en première ligne.
Le comte Godrake porte une tenue d’apparat.
Il a soigné son apparence comme s’il s’apprêtait à rencontrer la famille royale d’un autre pays.
Alfred-kun et moi nous levons et inclinons la tête.
« Je suis Alfred Machio. Voici mon compagnon, Mikel. L’homme derrière nous est mon garde du corps, Kato. »
Je laisse Alfred-kun faire les présentations.
Après tout, je ne suis que son compagnon.
« Veuillez m’excuser pour cette invitation si soudaine. Je m’appelle Savalka Godrake. »
Le comte Godrake s’incline et nous invite à nous asseoir.
-0-
Le goûter avec le comte Godrake commence par la remise d’un cadeau qu’Alfred-kun lui a apporté.
« Ce n’est pas grand-chose, mais accepteriez-vous ce présent ? »
En temps normal, il n’est pas nécessaire d’apporter un cadeau quand on est invité.
Mais Alfred-kun en a préparé un, car il estime que c’est la bonne manière de faire.
Il a sans doute attendu jusque-là pour le lui offrir, afin de voir d’abord comment se comporterait son interlocuteur.
Je ne lui en ai pas parlé.
-0-
Le comte Godrake accepte le cadeau d’Alfred-kun et le tend au majordome.
Puis ils échangent quelques banalités.
Ils parlent des princes et de leur travail au musée des archives.
En résumé :
Il est ravi que les princes soient devenus raisonnables.
Il soutient également leurs efforts pour développer leur commerce de toilettes.
Après tout, mieux vaut que ce soit propre que sale.
En revanche, il n’apprécie pas trop qu’Alfred-kun emmène des nobles comme Dame Foka avec lui.
Et si des individus peu recommandables s’intéressaient à elles ?
Ce genre de choses.
Une fois tout cela discuté, ils entrent enfin dans le vif du sujet.
Au signal du comte Godrake, une servante qui attendait à proximité apporte un morceau de tissu plié.
Une fois déplié, il semble y en avoir assez pour confectionner une tenue.
Elle le pose devant Alfred-kun.
« J’aimerais que vous y jetiez un œil. »
À la demande du comte Godrake, Alfred-kun examine le tissu.
« … On dirait un tissu ordinaire. Il y a un problème ? »
« Est-ce que vous achèteriez ce tissu ? »
« Qu’entendez-vous par là ? Je l’achèterais si j’en avais l’usage. »
« … J’ai entendu dire que vous aviez acheté tout le stock du domaine du comte Silversilk. »
« Ah, vous parlez de l’acheter comme marchandise. Mes clients sont très loin, et ce tissu ne me rapporterait rien. Vous feriez mieux de vous adresser à des marchands qui commercent avec les régions voisines plutôt que d’essayer de me le vendre. »
« Pourquoi ne serait-il pas rentable ? »
« Les frais de transport feraient grimper le prix de vente. »
« À un prix si élevé, personne ne l’achèterait ? Je parle de ce tissu. »
« Pour être honnête, oui. »
« Le tissu de Silversilk est très travaillé, après tout. »
« Oui. Il avait aussi un aspect luxueux, alors il s’est vendu malgré son prix élevé. »
Exactement.
J’ai vu moi-même le tissu de Silversilk, et il est magnifique.
Les nobles dames seraient sûrement ravies de l’acheter.
En comparaison, le tissu devant nous est de bonne qualité, mais ordinaire.
Il ne convient pas comme marchandise à vendre.
Le comte Godrake doit bien le comprendre, lui aussi.
Alors pourquoi poser la question à Alfred-kun ?
« J’aimerais que cela reste entre nous, mais… »
Le comte Godrake lève les yeux vers le ciel et murmure :
« La nouvelle qu’Alfred-dono a acheté tout le stock de tissu de Silversilk s’est répandue parmi les marchands de textiles de toutes les régions. »
Bon, il n’a pas vraiment gardé ça secret.
Il était naturel que la nouvelle se répande.
« Les marchands de textiles de différentes régions se sont mis à espérer que vous achèteriez aussi tout le tissu qu’ils avaient à proposer. »
Hein ?
Pourquoi penseraient-ils ça ?
Le tissu de Silversilk avait des caractéristiques bien particulières.
Il convenait au commerce.
C’est pour cela qu’Alfred-kun en avait acheté tout le stock.
Pourquoi s’imagineraient-ils qu’Alfred-kun achèterait du tissu ordinaire ?
Je ne peux pas m’empêcher de poser la question.
« Jusqu’à présent, leur propre tissu se vendait, tandis que celui de Silversilk ne se vendait pas du tout. »
Ah…
Le tissu de Silversilk ne se vendait pas parce qu’une grande compagnie marchande entravait ses affaires. Mais s’ils l’ignoraient, je comprends qu’ils aient pu en tirer cette conclusion.
« Ils se sont emballés tout seuls et ont augmenté leur production de leur propre chef. Mais quand Alfred-dono n’a montré aucun intérêt pour leurs marchandises, ils sont venus se plaindre à moi. »
Les marchands se plaignent à un comte ?
« Ils ne sont pas venus me voir directement, bien sûr. En revanche, les seigneurs qui ont des liens avec eux m’ont approché. Ils veulent que j’intervienne. »
Les seigneurs, donc ?
« Les marchands de textiles entretiennent des liens étroits avec les seigneurs de leurs régions respectives. Ils coopèrent pour la production de textiles. Les seigneurs locaux ont probablement aussi investi de l’argent dans cette récente hausse de la production. »
Je vois.
« Certains imbéciles ont même suggéré de vous contraindre à acheter leurs marchandises, si nécessaire. »
……..
« Bien sûr, je les tiens à l’œil. Mais si cela continue, certains pourraient se laisser pousser à agir par les marchands. »
J’espère qu’aucun imbécile ne s’en prendra directement à Alfred-kun…
« Je dois aussi protéger le domaine du comte Silversilk. »
Pour celui-là… ce serait de la jalousie ?
« Silversilk est le seul à avoir fait des bénéfices. »
Quelle galère.
Et ce n’est pas quelque chose que nous pouvons simplement ignorer.
Après tout, Dame Pannacore, la fille du comte Silversilk, aide les princes dans leurs affaires.
Elle connaît Alfred-kun.
Et si elle est prise pour cible à cause de l’achat du tissu de Silversilk… Alfred-kun agira.
Il le fera, c’est sûr.
Le comte Godrake nous a peut-être invités ici pour empêcher Alfred-kun d’agir ?
« Maintenant, prenez ceci. »
Sur ces mots, le comte Godrake tend à Alfred-kun…
Une liste ?
Une dizaine de noms de seigneurs y sont inscrits.
« Ils sont classés selon la probabilité qu’ils passent à l’action. Les chiffres à côté de leur nom indiquent le nombre de soldats qu’ils peuvent mobiliser. Si possible, j’aimerais que vous épargniez ces deux-là, car ils participent à la défense nationale. »
… On dirait qu’il n’a pas l’intention d’arrêter Alfred-kun.
« Voici la liste des marchands qui les montent contre vous. Si les trois premiers faisaient faillite, cela poserait problème, alors je m’occuperai d’eux moi-même. Pour les autres, faites ce que vous voulez. »
Alfred-kun acquiesce et accepte les deux listes.
-0-
Je crois que le goûter va prendre fin, mais il se poursuit.
« Permettez-moi de me présenter. »
La personne qui s’approche de nous est l’épouse du comte Godrake, la comtesse Godrake.
Elle est connue pour rester d’ordinaire sur ses terres et apparaître rarement en public.
J’ignorais qu’elle avait quitté son domaine pour venir ici.
Peut-être qu’en étant ici, elle souhaite elle aussi faire la connaissance d’Alfred-kun ?
« Vous êtes donc Alfred-sama. J’ai beaucoup entendu parler de vous par ma fille, Foka. Apparemment, vous vendez d’excellents produits de beauté… »
Ah, non.
Voilà la vraie raison.
C’est donc pour cela qu’il fallait organiser un goûter.
Je regarde le comte Godrake.
Le grand comte bien bâti s’est voûté pour se faire tout petit.
« Je suis désolé. Je n’ai pas pu résister… Je n’ai pas pu le lui refuser. »
Ça ne sert à rien de me présenter des excuses.
Il devrait le dire lui-même à Alfred-kun plus tard.
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Excellents produits de beauté = ceux de l’entreprise de la femme de Beezel. Alfred les distribue aux femmes comme souvenirs.