Chapitre 8
L'académie magique (Partie 2)
Fine Vs Blight
Une foule d'élèves se forma autour des deux combattants ; les camarades de Fine s'arrêtèrent pour observer.
Les deux adversaires se fixèrent un instant, puis Fine se jeta sur Blight — mais celui-ci sortit une baguette de sa poche et se mit à tracer un signe étrange dans l'air. Fine n'y prêta pas attention au début, jusqu'à ce qu'il se souvienne des mots de Lucka : « Il fallait dessiner un cercle ou prononcer une incantation. »
— Il faut vraiment une baguette, alors ? demanda Fine.
Il s'arrêta net : l'atmosphère autour de lui semblait soudain plus légère, comme s'il flottait — avant qu'une volée de cailloux ne s'abatte sur lui et ne le fasse retomber au sol.
— Il plaisante pas, lui, pensa-t-il, dépité.
Fine cria à Blight que c'était un coup d'enfant, de balancer de simples cailloux. Blight l'ignora et enchaîna avec un nouveau sort :
— Gravity 1000.
Fine se sentit écrasé sous un poids encore plus lourd que la fois précédente, incapable de parler.
Un peu plus loin, deux spectatrices discutaient — une fille aux cheveux rouges et un orc à la peau jaune.
— Blight est vraiment cruel, dit la fille.
— Bruh, répondit l'orc.
— Tu sais toujours pas parler, toi, soupira-t-elle. Laisse tomber. Au fait, t'as vu le gamin épéiste, là ? Comment il s'appelle déjà ?
— Bruh…
— Ah oui, Yannis ! T'en penses quoi ?
— Bruh…
— Aucun talent ? T'es sûr ?
L'orc hocha la tête.
— C'est fâcheux. Dire que son ami le prêtre, lui, a du potentiel — elle s'interrompit soudain, sentant une vague de mana monstrueuse émaner de Fine. Oh, enfin, ça devient intéressant.
Fine se libéra du sort de Blight.
— Comment t'as fait pour te libérer de mon sort ? demanda celui-ci.
— C'est simple, dit Fine en se relevant, essoufflé. J'ai juste dessiné un bouclier au sol, c'est tout.
Des maux de tête commençaient à le tirailler, effet secondaire de son Hageshi de perception. Blight en profita pour relancer une attaque, mais Fine l'esquiva presque sans y penser, surpris lui-même de sa propre réaction.
« Il a esquivé ça ? Attends, ne me dis pas que… » pensa Blight. Dis-moi, qu'est-ce que t'as mangé avant de te balader ?
— J'ai juste mangé, répondit Fine.
— De la viande ?
— Euh… oui ?
« C'est pour ça, alors », pensa Blight. Ce que t'as mangé, c'était du porc doré — ça améliore l'Hageshi, et c'est tellement rare que même les hauts nobles en ont rarement. Comment t'as eu ça ?
Fine n'en savait strictement rien.
— Arrêtez de parler et battez-vous ! cria un élève. D'autres reprirent le chant, exigeant la suite du combat.
Blight voulut répondre à la foule, mais Fine en profita pour se jeter sur lui et lui asséner un coup de poing renforcé par l'Hageshi.
— Pas d'explication, alors, dit Blight en encaissant. Il lança un sort qui arracha presque la terre elle-même.
Tout se mit à flotter — élèves, spectateurs, et même quelques rochers.
— Corps léger. Guidé par le vent. Marcher sur l'air.
Fine bondit de rocher en rocher pour foncer sur Blight.
— Annulation, dit celui-ci.
Tout retomba au sol d'un coup — sauf Fine, resté accroché à une branche d'arbre.
— Comment je fais pour l'approcher, moi… si ça continue, je vais être épuisé, en plus ma tête me fait de plus en plus mal.
— Grafitas !
Fine esquiva de justesse.
— Arrête, t'as pas assez de force pour me vaincre, dit Blight.
— Non. J'arriverai à te battre, même épuisé.
— Toujours les mêmes…
— Comment ça ? Fine sentit soudain ses yeux le piquer. Putain, j'ai l'impression que je vais m'évanouir…
En réalité, Blight venait de lui lancer un sort d'endormissement basique.
— C'était fatigant. Félicitations quand même, dit-il.
Le gagnant est : Blight, le mage gravitationnel.
— Comment ça, félicitations ? dit une voix derrière eux — c'était la fille aux cheveux rouges, accompagnée de l'orc jaune.
— Arlene, Bera, dit Blight.
— Ouaip, c'est nous ! répondirent-elles en prenant une pose mignonne.
Arlene
Âge : 15 ans | Classe : Mage de Lave | Rang : S
Bera
Âge : 19 ans | Race : Orc | Classe : Guerrier | Rang : A+ | Titre : Orc jaune
— Comment s'est passé votre test ? demanda Blight.
— Bah, on a fini aussi, répondit Arlene.
— D'accord. Bera, emmène Fine aux soins.
Bera souleva Fine sans effort et partit en direction de l'hôpital de l'académie.
— À ton avis ? Il est vraiment mage, ce gamin ? demanda Blight à Arlene.
— Bah oui, dit-elle en s'accrochant à son bras.
Après quelques heures
— Hé, réveille-toi, zebi.
— C'est qui qui me réveille, moi, en plein rêve de… — quelqu'un venait de gifler Fine. Aïe, ça fait mal ! Yannis ?
— Réveille-toi, je te dis, pourquoi tu te réveilles pas ? demanda Yannis.
— Je suis réveillé, je te dis, enculé ! cria Fine.
— Peut-être qu'il est mort, en fait.
— Toi, la tête d'homme… Fine commença à préparer un sort pour le cogner.
— Arrête, je plaisante !
Fine regarda autour de lui et demanda à Yannis où ils se trouvaient — mais celui-ci n'en savait pas plus.
— Vous êtes à l'hôpital de l'académie, dit une voix de femme.
— Oh, une voix magnifique, dit Fine, séduit d'avance.
— Arrête tes conneries, frère, même ici tu restes un pervers.
Une elfe venait d'apparaître devant eux.
— Vous êtes pas la sœur de Blight, par hasard ? Vous lui ressemblez un peu.
— C'est qui, Blight ? demanda Yannis.
— Oui, je suis sa sœur. Moi c'est Fatima Blight.
Fatima Blight
Âge : 52 ans | Race : Elfe | Classe : Soutien | Rang : A
— Vous devriez sortir, j'ai encore plein de choses à faire, dit-elle en consultant un dossier.
— Mais madame, vous êtes un vrai canon, non ?
Fine et Yannis se firent expulser sur-le-champ. Une fois dehors, Fine se tourna vers son ami.
— Tout ça, c'est de ta faute, dit-il.
— Comment ça ?
— Ouais, si tu m'avais pas réveillé, c'est elle qui m'aurait réveillé.
— Une femme de la cinquantaine.
— Et alors ? Elle était belle, magnifique, sexy — même sans gros arguments.
Quelqu'un cria leurs noms au loin.
— Wesh, c'est qui qui m'appelle comme ça, déjà ? demanda Yannis.
— Ah, c'est Sandy et Noëla, dit Fine.
— Salut, les garçons, dit Sandy.
— Qu'est-ce que vous faites devant l'hôpital ? demanda Noëla.
— J'ai juste emmené Yannis se faire soigner, rien de grave, dit Fine avec un grand sourire.
— Toi, t'es vraiment con. J'en ai marre de discuter avec toi, dit Yannis en se levant pour partir.
— On se voit après, alors ? demanda Fine.
— Ouais, je vais dormir dans notre dortoir, c'est tout.
Yannis s'éloigna, visiblement agacé, en pensant : « J'ai encore perdu, putain. »
Il partit d'un côté ; Fine prit la direction opposée.
Fine demanda à Noëla où elles allaient.
— On va à la salle des mages, répondit-elle. On va apprendre, ajouta-t-elle avec un sourire.
« J'aime pas étudier », pensa Fine, l'air soudain au bord des larmes.
— Qu'est-ce qui t'arrive, Fine ? Pourquoi t'as l'air si triste ? demanda Sandy.
— Non, c'est rien, j'ai juste une poussière dans l'œil, dit-il en essuyant discrètement une larme.
Ils marchèrent un moment, mais Fine remarqua bientôt un regard insistant posé sur eux. Il pensa d'abord à un simple élève curieux — mais plus ils avançaient, plus son inquiétude grandissait.
— Allez-y devant, les filles, j'ai repéré une fille mignonne, je vous rejoins plus tard.
— Okay, dirent-elles en s'éloignant.
Une fois seul, Fine se retourna pour tenter d'identifier qui les suivait.
— Comment ça marche déjà, l'Hageshi de perception ? Fine se tapota la tête, sans effet. La dernière fois, ça avait marché tout seul. Bon, bref, il faut juste que je repère la personne la plus suspecte dans le coin.
Il scruta les alentours, sans succès.
— Y a rien… je suis peut-être juste paranoïaque, ou c'est un effet secondaire de cet Hageshi à la con.
Il se retourna pour rattraper les filles — et vit un garçon corpulent tendre la main vers Noëla. « Comment ça se fait que j'ai rien vu venir ? » Fine renforça son corps avec l'Hageshi et se jeta sur lui pour lui asséner un coup de poing. Le garçon valsa au loin.
— Approche-toi pas, sale pervers, lança Fine.
Noëla et Sandy se retournèrent, horrifiées par la scène.
— Fine, qu'est-ce que tu as fait ?! hurla Noëla.
Les filles se précipitèrent vers le garçon pour l'aider.
— Approchez pas, il va en profiter, dit Fine, toujours sur la défensive.
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? s'énerva Sandy. Il voulait juste nous rendre nos affaires !
Fine resta figé, confus, pendant que les filles secouraient le jeune homme. Il voulut s'approcher, mais elles l'en empêchèrent.
— Je… je suis désolé, je voulais pas… je pensais que t'étais… balbutia Fine.
— Un gros pervers, compléta le garçon lui-même. T'inquiète, t'es pas le premier à le penser.
— Non, je voulais pas dire ça…
— Non, t'en fais pas, je vais juste y aller. Hé, les filles, vous direz pas que c'est lui qui a été le plus compréhensif, hein ?
Noëla et Sandy s'excusèrent, mais le garçon ne les écoutait plus déjà. Tous les élèves présents les regardaient, et des chuchotements commencèrent à circuler :
— Regarde, le gros pervers a encore attaqué des filles.
— Et en plus, elles sont nouvelles, non ?
Noëla et Sandy s'éloignèrent, laissant Fine seul face à la foule.
— Merde… pourquoi j'ai pensé ça ? D'habitude, je fais pas ce genre d'erreur… merde.
Fine sentit soudain une présence approcher — puis une décharge électrique jaune le propulsa au loin.
— Aïe ! Qu'est-ce que tu veux, toi aussi ? lança-t-il, énervé.
— C'est toi qui as blessé Theo ?
— Non — enfin, oui, mais c'était pas volontaire… Isaac ?
— Ah, c'est toi, Fine, dit-il d'un ton nonchalant. Bon, je vais être clair.
Fine ravala sa salive, sentant une peur sourde face au regard d'Isaac — une aura terrifiante qu'il n'avait pas sentie jusque-là.
« C'est un mage comme moi, qui maîtrise aussi le combat rapproché, ou quoi ? » pensa-t-il.
— Oui, c'est moi qui l'ai frappé, et je suis désolé — je pensais que c'était un pervers.
— Alors toi aussi, tu juges les gens sur leur apparence. Je pensais que t'étais pas comme les autres.
Isaac serra le poing.
— On n'a pas le droit de se battre dans l'enceinte de l'académie, alors je te défie officiellement pour un duel.
Un murmure d'étonnement parcourut la foule — Isaac, qui acceptait enfin de se battre.
— Non, je veux pas, moi, protesta Fine.
— Tu as touché sa fierté. Il essaie d'être quelqu'un de bien, et toi, tu as piétiné ça devant tout le monde, juste parce qu'il est enveloppé ! Demain après-midi, on s'affronte, pour que tu comprennes enfin la vraie valeur d'une personne.
Isaac s'éloigna à toute vitesse, laissant Fine planté là, jusqu'à ce que Blight vienne le secouer.
— À peine sorti de l'hôpital, et tu trouves déjà le moyen de t'attirer des ennuis, dit-il.
— Et alors, répondit Fine. Je te laisse, moi aussi j'ai cours.
Fine s'en alla en faisant un signe d'au revoir à Blight.
La salle des mages
Fine arriva dans la salle de cours ; son professeur lui indiqua une place au dernier rang. Il s'installa en silence, et soupira.
Pendant tout le cours, Fine repensa à ce qui venait de se passer, rejouant la scène encore et encore dans sa tête. Quand le cours se termina, il réalisa qu'il n'avait strictement rien écrit.
— Merde, j'étais tellement absorbé par mes pensées… Fine se tourna vers le tableau, incapable de déchiffrer la moindre note. Je suis dans la merde.
Quelqu'un lui tapota l'épaule : c'était Noëla, qui lui tendit son propre cahier.
— Merci, dit Fine, gêné.
— Je suis désolée, murmura-t-elle.
— T'as dit quoi ? demanda Fine.
— Je suis désolée, je te dis. J'aurais pas dû te crier dessus tout à l'heure.
— T'inquiète pas pour ça.
— Tout ça, c'est quand même de ta faute. La prochaine fois, évite de recommencer, ok ?
— Ouais, bien sûr, répondit-il, pouce levé.
— Bon, je te laisse, je dois retrouver Sandy à la salle des forgerons.
— Elle est forgeronne ? Et toi, t'es une fée, non ?
Sandy Ma
Âge : 16 ans | Race : Naine | Classe : Forgeronne | Rang : B
— Bon, je file, bye-bye.
Noëla partit rejoindre sa meilleure amie.
— Bon, ben, moi aussi alors, dit Fine, un peu plus apaisé.
En traversant les couloirs, Fine remarqua que la rumeur du duel Isaac-Fine avait déjà fait le tour de l'académie.
— J'aime pas trop cette ambiance, en plus tout le monde me regarde… ah, mon dortoir adoré, enfin.
Fine entra dans sa chambre et retrouva Yannis et Andrew.
— Les gars !
Il se jeta sur ses meilleurs potes, mais se fit stopper net par le fourreau de l'épée de Yannis.
— Comment tu vas faire demain ? demanda Yannis.
— Bah, je sais pas trop.
— T'as au moins une chance de le battre ? demanda Andrew.
— T'inquiète, j'ai récupéré les notes de cours de Noëla pour réviser la magie de façon académique.
— Il est foutu, dit Yannis.
— On va devoir lui préparer son cercueil ce soir, ajouta Andrew.
— Mais non, répondit Fine. Demain, je vais m'excuser, prouver que je suis fort, et dissiper ce malentendu.
— Tu connais au moins la classe de ton adversaire ? demanda Yannis.
— Non. Mais demain, on verra bien, dit-il avec un sourire affiché.
De son côté, Isaac
Isaac préparait ses deux dagues, sorties d'une boîte magique.
— T'inquiète pas, mon ami. Je vais changer ta réputation dans cette académie — c'est pour ça que je vais enfin bouger.
Ses dagues s'enveloppèrent d'un éclair jaune crépitant.